Comment les magiciens éblouissent nos cerveaux

Aussi magiques que soient leurs baguettes, les Houdini de ce monde sont avant tout des maîtres dans l’art de tromper le cerveau… et d’en exploiter toutes les failles. Découvrez, grâce à ces quelques vidéos, comment ils s’y prennent.

Luc Langevin n’y va pas par quatre chemins, quitte à froisser les plus romantiques de ses fans. « La vraie magie n’existe pas. La magie est dans la tête des gens », dit-il dans le reportage Le cerveau magique, récemment diffusé à l’émission Découverte.

Artiste réputé, mais aussi titulaire d’une maîtrise en optique, Langevin a soigneusement choisi ses mots. En tant que magicien, il sait mieux que quiconque que son art relève davantage de la neurologie que du surnaturel.

Car l’être humain n’est pas à l’abri des tours que lui joue son propre cerveau. Les illusions d’optique en sont la preuve parfaite : ce que l’homme pense voir n’est en fait qu’une interprétation erronée d’une donnée sensorielle. Dans la vidéo ci-dessous, un cube semble flotter au-dessus d’une main. Mais est-ce vraiment le cas ?

Pour exécuter leurs tours abracadabrantesques, les magiciens utilisent cependant davantage les illusions cognitives que les illusions d’optique. Les illusions cognitives font appel à certaines fonctions très importantes du cerveau telles que l’attention, la conscience ou la mémoire.

Les magiciens se jouent des spectateurs en lançant sans arrêt leur attention sur des fausses pistes, les poussant ainsi à regarder là où il ne se passe rien, ou en les trompant sur le but d’un de leurs gestes. Ce que les spectateurs perçoivent comme de la magie n’est en fait rien d’autre qu’une entreprise réussie de piratage du cerveau.

La vidéo ci-dessous démontre à quel point l’attention de l’être humain est faillible. L’exercice est simple : concentrez-vous sur l’équipe blanche et déterminez le nombre de passes qu’elle réussit.

Gare à l’ours… En détournant l’attention des spectateurs sur une action précise, un geste – et, apparemment, un ours ! – peut donc passer inaperçu. C’est, entre autres, en exploitant cet « angle mort » de l’attention que les magiciens roulent le public dans la farine.

En voici une autre illustration. Saurez-vous trouver l’astuce du tour de passe-passe qui se déroule sous vos yeux ?

L’être humain pense la plupart du temps savoir ce qui se passe autour de lui, mais, comme le démontre cette vidéo, le cerveau est incapable de se concentrer sur plusieurs choses à la fois. Lorsque nous portons notre attention sur une action en particulier (ici, le tour de cartes), le cerveau supprime tout le reste. Les magiciens cherchent alors à diriger le regard de leur public loin de l’endroit où se passe réellement l’action.

Stephen L. Macknik et Susana Martinez-Conde, chercheurs à l’Institut neurologique Barrow, à Phoenix, et spécialistes de la « neuromagie », ont travaillé de concert avec des artistes de l’illusion pour comprendre les mécanismes de l’esprit humain. Dans le magazine Scientific American Mind, ils ont présenté les résultats de leurs travaux. Voici, selon eux, les tactiques employées par les magiciens pour induire le public en erreur :

  • Les postimages : Les magiciens peuvent pousser une personne à croire en la présence d’un objet. Par exemple, un pickpocket peut voler une montre en la pressant d’abord sur le poignet de son porteur afin que l’image tactile de la montre se fasse sentir sur la peau même après que celle-ci ait été enlevée.
  • Le boniment : En engageant sans cesse la conversation, le magicien cherche à distraire son public en lui donnant nombre d’informations sans intérêt.
  • La distraction passive : Des objets clignotants, de couleur vive ou en mouvement sont utilisés pour détourner l’attention des spectateurs.
  • La distraction active : Les magiciens peuvent, en demandant à une personne de réaliser une action non pertinente, concentrer son attention ailleurs que sur eux.
  • La distraction temporelle : Un délai entre la préparation d’un tour et sa réalisation peut empêcher les spectateurs de faire le lien entre les deux.
  • Les leurres : Le public ne remarquera pas l’action cachée derrière un geste a priori banal, tel que se gratter la tête.

L’efficacité d’un leurre trouve son explication dans la neurologie, expliquent Macknick et Martinez-Conde. Lorsqu’une personne pose un geste, certains neurones, appelés neurones miroirs, aident les êtres humains à en comprendre l’intention en la reproduisant mentalement et en lui associant une motivation. Par exemple, on pourrait très logiquement se dire que quelqu’un qui ajuste ses lunettes le fait parce qu’il ressent un certain inconfort.

Grâce à ces neurones miroirs, les êtres humains sont capables de se comprendre les uns les autres, de s’imiter, d’apprendre ou encore d’éprouver de l’empathie. Mais à cause de ces mêmes neurones, nous sommes également sensibles aux manipulations. Ainsi, un magicien parvient à tromper une personne en la poussant à faire une interprétation erronée de son geste. Ajuster ses lunettes peut aussi être un moyen de placer un objet derrière son oreille…

Dans le cadre d’un reportage de Scientific American, Macknik et Martinez-Conde ont analysé les gestes d’un illusionniste en pleine performance. Voyez comment le célèbre pickpocket Apollo Robbins utilise les postimages, le boniment, la distraction active ou même les leurres pour exercer sa magie en cliquant ici.

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1 commentaire
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Luc Langevin est vraiment superbe. Moi j’aimerais qu’il me recommande un livre ou un jeu pour mes petits enfants