Connaissez-vous cet homme ?

Nous sommes en juillet 1958. Notre unique chaîne de télévision n’a que six ans. La télé privée n’existe toujours pas ; Radio-Canada, en situation de monopole, remplit encore son mandat éducatif et culturel : théâtre, concerts, danse, affaires publiques…

Mais on commence à parler de mesure de l’audience, de rating. Un critique de télévision, devenu plus tard célèbre, exprime ses inquiétudes dans l’hebdomadaire Vrai sous le pseudonyme de Jean-Marc Rigaud (car il est lui-même employé de Radio-Canada) :

« Est-ce que le rating doit être le premier et le dernier juge de la qualité d’une émission ? C’est une manie américaine, bien sûr, mais elle est surtout le propre de toutes les agences de publicité qui ont des clients à cajoler. Le jour n’est pas encore venu où l’on pourra, sans ridicule, demander à un manufacturier de bretelles de commanditer un programme de musique de chambre… Mais cette manie du rating gagne d’autres domaines, où la qualité seule devrait posséder des pleins droits.

« De sorte qu’aujourd’hui on se demande ce qu’il adviendra ; est-ce que la chose commerciale ne va pas abaisser continuellement le niveau de qualité des émissions ? Est-ce que l’appui d’un commanditaire décidera toujours de la présence ou de l’absence d’un programme ? Jusqu’où iront les concessions et dans quelle mesure la SRC acceptera-t-elle d’aller contre les préférences du grand public et des annonciers ? Jusqu’où, vraiment, ira la manie du rating ? N’est-elle pas déjà rendue trop loin ? »

Qui est cet homme qui avait tout prévu ? On le connaît mieux sous le nom de Gilles Carle.      

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