Contes, légendes et récits de la Montérégie

Extrait publié avec l’aimable autorisation des éditions Trois-Pistoles.

Lisez la chronique de Martine Desjardins


 

Le pacte entre l’archange et le diable

Par chez nous, il y a une frontière. La frontière qui sépare le Québec de l’État de New York. Le diable, selon les dires, exerçait son métier du côté des États et l’archange Michel, de son côté, protégeait notre patrimoine religieux. Durant cette période mythique, avant que les cailloux deviennent de hautes montagnes, le diable, les saints et les anges se promenaient souvent sur la terre. Lorsque ceux-ci se rencontraient, ils ne pouvaient s’empêcher de faire causette. Un jour, le diable lança un dé? à l’archange. On avait convenu cette année-là que Satan prendrait tout ce qui poussait sous la terre, et Michel n’emporterait que la partie du dessus.

Naturellement, l’archange souffla à tous les saints anges des villages l’idée de ne semer que du blé, du seigle et de l’avoine. Lorsque le temps des récoltes arriva, Michel emporta le bon grain au-dessus du sol fauché en toute vitesse par de célestes moissonneurs et ne laissa en contrepartie, à ce nigaud de Satan, que la paille, les ronces et les racines.

Le diable se mit en beau maudit et, l’année suivante, il voulut prendre sa revanche. Cette fois, il exigea le contraire :

– Qu’à cela ne tienne, dit Michel, prenez le dessus, je me contenterai du dessous.

Sur le conseil de l’archange, les paysans plantèrent des patates, des navets, des carottes et des betteraves. Le diable eut droit aux fanes et aux feuilles. Michel engrangea pour ses protégés les savoureux tubercules, pendant que le diable fut

de nouveau roulé. Humilié, il se retira quelque temps pour refaire ses forces dans les Adirondacks avec les serpents, et il s’enfonça dans ce qu’il est convenu d’appeler chez nous « le trou du diable ».

Robert Payant

Laisser un commentaire