Coup de circuit

Contrairement au Canada, où le hockey n’a inspiré qu’une poignée d’écrivains, les États-Unis ne manquent pas d’auteurs pour célébrer le « passe-temps national » : de 1990 à 2007 seulement, on y a publié 200 romans portant sur le baseball ! Et c’est sans compter les classiques des ligues majeures, comme The Natural, de Bernard Malamud, ou Le grand roman américain, de Philip Roth, auxquels on peut désormais ajouter une nouvelle recrue : L’art du jeu, de Chad Harbach.

Photo : Chuck Savage/Corbis

Ce premier roman, dont les droits ont atteint 665 000 dollars aux enchères, multiplie les coups de circuit depuis sa sortie?: il a été encensé par John Irving et Jonathan Franzen, et sera adapté à la télé par la chaîne HBO. Cet enthousiasme est facile à comprendre. Contrairement à ses prédécesseurs, Harbach n’essaie pas de faire du baseball la métaphore idéale du rêve américain. Il part plutôt du paradoxe que, dans ce sport d’équipe, le joueur est toujours seul face à la balle, pour explorer les champs intérieur et extérieur de la condition humaine?: «?C’était un combat homérique, pas une grande bataille, mais une succession d’épreuves isolées.?»

Le héros, Henry Skrimshander, est l’arrêt-court vedette d’une petite équipe universitaire du Wisconsin. Au moment où il s’apprête à battre le record du plus grand nombre de matchs consécutifs sans faute et qu’il est déjà pressenti pour le repêchage dans les ligues majeures, voilà qu’il perd son don et que les erreurs commencent à s’accumuler «?comme des cadavres dans un film d’horreur?». En fait, Henry n’arrive plus à retrouver le grand vide mental essentiel à la maîtrise des lancers?: «?La possibilité de l’échec s’était ancrée dans son esprit et la différence entre cette possibilité et sa confiance était fine comme une lame de rasoir.?»

Cette incapacité de gérer l’échec est commune aux autres personnages du roman (les coéquipiers, le directeur de l’université et sa fille), mais elle prend une dimension plus épique chez Henry, pour qui la balle devient une sorte de Némésis, comme la baleine blanche dans Moby Dick – roman auquel Harbach (qui est cofondateur du magazine littéraire n+1) ne cesse de faire allusion. L’équipe, par exemple, s’appelle les Harponneurs, et le patronyme de Henry évoque la jambe en ivoire de cachalot du capitaine Ahab.

C’est par ces croisements féconds que Harbach parvient à voir, au-delà de l’apparente futilité du baseball, une activité aussi intro­spective que la littérature ou la philosophie. Après tout, rappelle-t-il, «?le doute a toujours existé. Même chez les athlètes.?»

VITRINE DU LIVRE >>


Les murs ont une mémoire

La villa Tugendhat, qui se trouve à Brno, en République tchèque, est un chef-d’œuvre méconnu de l’architecte Mies van der Rohe. Commandée par un industriel juif en 1928, elle se distingue par ses larges baies vitrées et le luxe de ses matériaux?: sols en travertin, murs en bois exotiques et en onyx poli. Confisquée par les Allemands durant la guerre, elle servira ensuite d’institut de réadaptation pour les enfants atteints de polio avant d’être enfin restaurée. L’histoire de ce Palais de verre (en lire un extrait >> a inspiré à Simon Mawer un roman aux lignes épurées, où la lumière envahit les lieux pour faire sortir de l’ombre ceux qui les ont habités.

(Le Cherche midi, 580 p., 34,95 $)

 

Cœur qui soupire…


À l’aube du 15e siècle, Jacques Cœur a le génie de penser que l’Orient ne devrait plus être l’enjeu de croisades religieuses, mais d’échanges commerciaux. En négociant l’or, les épices et le drap, il deviendra l’homme le plus riche de France et le créancier du roi – un privilège qui lui rapportera la prison et l’exil. Avec autant d’affection que de passion, Jean-Christophe Rufin raconte, dans Le grand Cœur, le destin exceptionnel de cet habile visionnaire, qui fut aussi un grand amoureux.

(Gallimard, 511 p., 34,95 $)