Courtemanche : le testament d’un indigné

« Aux morts que l’on ne connaît pas personnellement, on ne doit que le respect. […] La mort n’est pas le temps des règlements de comptes avec celui qui part, ni celui du mensonge admiratif. » Voilà ce que Gil Courtemanche (1943-2011) écrivait dans l’une de ses chroniques du Devoir.

Courtemanche : le testament d'un indigné

Cela étant établi, on se sent moins coupable de rappeler que Gil Courtemanche n’était pas l’être le plus agréable. Le critique Louis Cornellier, du Devoir, évoquait récemment des souvenirs personnels à cet effet. Je me permets d’en faire autant. J’avais interviewé Cour­temanche pour L’actualité lors de l’adaptation au cinéma d’Un dimanche à la piscine de Kigali. Au terme de l’entrevue, je l’avais remercié de m’avoir consacré une heure et lui avais con­fié le plaisir intellectuel que j’avais eu à lire ses livres, y compris ses Douces colères. Il tira sur sa cigarette sans me regarder, me cracha la fumée au visage et répondit : « Je n’avais pas d’autre choix, mon contrat m’oblige à faire de la promotion. »

Qu’importe ! Mon plaisir de le lire ne s’est jamais dissipé pour autant. Comme disait un ancien patron, tout ce qui compte, c’est ce qui est écrit dans le journal. Le reste, on s’en balance. Il y a des gentils et des affables qui ne pondent que des bêtises. Et des rustres qui ont du génie.

Courtemanche avait souhaité faire paraître un recueil de ses chroniques du Devoir, mais la mort ne lui en a pas laissé le temps. C’est son éditeur, Boréal, qui a colligé les textes choisis parmi les quelque 400 chroniques parues de 2002 à 2011. Le mot « juste » dans le titre renvoie au grand Albert Camus, dont Courtemanche se réclamait. Il fut, comme l’auteur de L’homme révolté, à la fois un journaliste de combat et un écrivain, un penseur libre, imprévisible, allergique aux dogmes, incapable de tolérer l’injustice, toujours prêt à se dresser contre les riches et les puissants.

On retrouvera dans ce recueil quelques-unes de ses meilleures chroniques. Souvent inspiré par les grands enjeux de l’actualité internationale, il ne négligeait pas pour autant la scène québécoise. On peut lire ou relire à ce propos ses coups de gueule contre Mario Dumont, Josée Verner ou Pierre Karl Péladeau.

Au-delà de la colère du pamphlétaire, il y avait aussi chez Courtemanche la fragilité de l’écrivain sensible. Observateur de la vie de tous les jours, il savait rendre compte de la complexité de l’âme humaine et des relations entre les gens. C’est cet « autre » Courtemanche que je préférais et que je regrette. Celui qui barbouillait vos samedis et qui vous assenait des phrases comme : « En fait, je voulais vous parler de l’inutilité des grandes explications qu’on trouve dans les livres et les journaux renommés et de l’importance fondamentale des petits bonheurs et des attentions minuscules. Pas les fleurs offertes pour excuser un retard, mais la main tendue, la caresse chaleureuse, le mot amoureux, et surtout l’attention pour l’autre. »

Le camp des justes, par Gil Courtemanche, Boréal, 296 p., 24,95 $.

 

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Des lettres de Falardeau

De 1972 jusqu’à l’année de sa mort, en 2009, Pierre Falardeau a correspondu avec le peintre néerlandais Léon Spierenburg. Rédigées en anglais, ses lettres traitaient de ses projets de films, ses combats, son quotidien, ses passions ou ses idées sur le Québec. Réunies et traduites par Jean-François Nadeau, elles forment une première biographie du cinéaste et pamphlétaire. L’introduction de Nadeau nous rappelle pourquoi les Québécois étaient si attachés à cette grande gueule. On sourit – aux larmes – en lisant l’une de ses dernières tirades acérées, déclamée depuis son lit d’hôpital. « Je n’arrive plus à lire. Je ne peux plus écrire. J’en ai assez. Si je ne peux plus lire et écrire, à quoi ça sert ? Je peux juste écouter la télé, changer de poste à l’infini, m’abrutir avec le câble… Tabarnak, la télé c’est pire que la morphine. Il me reste juste à tenter de me suicider avec le câble. » Plus Falardeau que ça, tu meurs… (Un très mauvais ami, Lux Éditeur, 265 p., 24,95 $)

 


Faut se parler, c’est urgent !

« On a furieusement perdu le sens de l’ensemble, de la globalité, du lien, de la responsabilité. […] Ça appelle à un chantier immense, à un regard nouveau et à beaucoup de compassion envers nous-mêmes. Il en va de notre envie de continuer. » C’est le cri du cœur que lance Marie-France Bazzo dans la postface de ces Fragments d’un dialogue essentiel. Depuis quelques années, sur le plateau de son émission à Télé-Québec, l’animatrice pose la même question à ses invités : de quoi le Québec a-t-il besoin ? Avec ses complices Jean Barbe et Vincent Marissal, elle a colligé les réponses de personnalités du milieu des arts, des affaires, de la science ou de la politique. Le début d’une vaste réflexion collective ? Souhaitons que cet appel à l’engagement soit entendu. (De quoi le Québec a-t-il besoin ?, Leméac, 184 p., 16,95 $)

 

 

 

 

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