La chorégraphe danseuse Dana Michel et sa serviette jaune [Le Festival TransAmériques commence le 22.]

Photo : Jocelyn Michel
Photo : Jocelyn Michel

Son corps fuse tel un trait d’esprit au milieu du salon où se consume un bâtonnet d’encens. Dana Michel est venue tard (à 25 ans) à la danse contemporaine, après des études en administration assorties de compétitions d’athlétisme et de football-toucher. Depuis une dizaine d’années, la performeuse, passée par le Département de danse de l’Université Concordia, invente des chorégraphies aux lignes aiguës, avec une matrice commune : sa négritude.
Pour Yellow Towel, solo sorcier présenté durant le Festival TransAmériques, elle a puisé à un souvenir : « Enfant, je m’enroulais une serviette jaune autour de la tête et je m’imaginais avoir les cheveux longs, blonds et “normaux”. » Née dans la banlieue d’Ottawa de parents caribéens, la petite fille chicanait sa chevelure crépue de ne pas onduler dans le vent. « Les cheveux chez les femmes noires : il y aurait un roman à écrire là-dessus. » Aujourd’hui, elle porte des tresses rastas, mais sa mère regrette ses cheveux lisses. Dana se rappelle le peigne en fer brûlant qui faisait psss en défrisant ses cheveux.
De son enfance vécue à la garçonne, elle retient les tiraillements intérieurs, qu’elle expose dans ses créations. « Je me suis longtemps posé la question : suis-je une femme masculine ou un homme efféminé ? Si je vivais dans la réalité les situations que j’explore sur scène — les tabous, la sexualité —, on me placerait dans un asile psychiatrique. »
Quand je lui dis que ses solos musclés nous changent des nombreux spectacles où les danseurs parlent plus qu’ils ne bougent, elle toussote. « Euh, pour la première fois sur scène, j’utilise ma voix. Yellow Towel a surgi d’un poème que j’ai écrit. » Mais sa danse reste physique, et l’humour, pudique dans les œuvres premières, paillette celle-ci.
Elle annonce en riant qu’elle compte « tuer le nom de [s]a compagnie », Band of Bless — allusion aux blessures avec lesquelles vivent athlètes et danseurs. « Même si ma relation avec la douleur reste active, je n’ai pas envie de me coincer avec ce nom ; déjà qu’une compagnie avec une seule personne, ça sonne grandiloquent ! »
À 36 ans, Dana n’escompte pas devenir une Marie Chouinard à la tête d’une troupe nombreuse. « La danse est ma manière de comprendre ce que je fais sur terre, mais je veux garder de la place pour plein d’autres choses, à commencer par l’amour. » L’amour lui a donné un petit garçon, aussi blanc que le papa (Mathieu Léger, directeur artistique d’un studio de création multidisciplinaire).


Yellow Towel, Monument-National, à Montréal, du 24 au 26 mai ; Festival TransAmériques, du 22 mai au 8 juin. Programme.

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