Daniel Bélanger poursuit son bonheur… et sa tournée au Québec

L’auteur-compositeur-interprète, réputé pour sa voix pyromane, son sens de la mélodie et son goût pour la blague, effectue sa rentrée montréalaise au Théâtre Corona le 21 novembre.

Photo : Jocelyn Michel
Photo : Jocelyn Michel

Il est comme vous et moi, juste un peu plus chevelu et ricaneur, meilleur pongiste et mots-croisiste. Daniel Bélanger écrit des chansons belles à les rendre jalouses les unes des autres — « Sèche tes pleurs », « Rêver mieux », « Les deux printemps », « La fin de l’homme », « Traverse-moi »… — et mélange les couleurs musicales comme un peintre les clairs et les obscurs. Vêtu de rockabilly et de country, son dernier album, Chic de ville, déroule des morceaux en bonne santé qui mettent de l’air dans les poumons. L’auteur-compositeur-interprète, réputé pour sa voix pyromane, son sens de la mélodie et son goût pour la blague, effectue sa rentrée montréalaise au Théâtre Corona le 21 novembre. Il aura 52 ans le 26 décembre.

Vous rappelez-vous m’avoir dit un jour que la musique vous avait sauvé du pire ?
Si vous le dites, je vous fais confiance ! La musique m’a sauvé la vie, parce que je ne m’alignais pas sur de longues études. Mon père, un autodidacte qui s’en est bien sorti, nous encourageait à trouver notre voie. Mais rien ne me tentait à part la musique, car avec elle je suscitais l’intérêt des autres. Sauf que j’ai mis du temps avant de m’y consacrer. J’ai fait plein de petits boulots : chez United Cigar Stores, par exemple, j’aurais pu devenir gérant de district…

Vous manquiez d’ambition ?
J’ai beaucoup rêvé. J’ai tellement rêvé que je n’ai enregistré mon premier album [Les insomniaques s’amusent] qu’à 30 ans ! Je pensais que tout allait arriver de soi, jusqu’à ce que je me rende compte qu’il fallait que je sois l’instigateur du mouvement.

Quand, comme vous, on a lavé les fesses des vieux dans un hospice, a-t-on un point de vue différent sur la vie, le succès, tout ça ?
Tout ce que l’on fait nous construit. Reste qu’à 19 ans, je me trouvais trop jeune pour affronter « ça ». Mais j’ai rencontré au centre d’accueil des gens doués d’un grand capital de compassion et d’empathie. Et j’ai su tôt comment nous allions finir. Pour le reste, je ne suis pas meilleur qu’un autre : il y a des privilèges qui viennent avec la notoriété dont je tire parfois avantage.

Vous fatiguez-vous d’être Daniel Bélanger ?
Souvent. Ça me prend le matin : « Ah oui, c’est vrai, j’ai la face de Daniel Bélanger. » Ce que je vis, c’est le problème de bien des travailleurs autonomes qui traînent leur bureau dans leur tête. Quand je suis tanné de moi, je me dis que je le serais de toute façon, peu importe le boulot. C’est mon profil, je me lasse vite.

D’album en album, votre moteur n’est-il pas justement d’être infidèle à vous-même, de vous étonner ?
J’apprécie la vie quand elle me surprend. Alors, je poursuis mon aventure artistique en essayant d’emprunter des contre-allées pour ne pas me « dupliquer ». En plus de 20 ans, j’ai pas mal fait le tour des sujets qui me préoccupent. Est-ce que je pourrais me satisfaire de labourer une troisième fois le même terrain ? Je m’efforce d’aller voir ailleurs si j’y suis, du moins musicalement.

Jean-Jacques Goldman a dit : « On entre dans une chanson par la musique, on y reste pour le texte. » D’accord avec ça ?
C’est juste. La musique a un pouvoir instantané, s’adresse à ce qu’il y a de primitif en nous. Après la sensualité, l’auditeur veut du sens. On s’expose dès qu’on met des paroles. Longtemps, je suis resté flou dans mes textes, mais depuis quelques albums, ils sont plus directs.

Les thèmes de vos chansons sont souvent graves, mais vous nous faites la politesse de ne pas vous appesantir, d’éviter la solennité, le pathos. Vous voulez nous rendre heureux d’être tristes ?
Il est vrai que je ne veux pas plomber l’ambiance. Est-ce un truc de génération ou d’éducation ? Chez nous, on riait beaucoup, on s’aimait, mais de là à se dire les vraies choses… Par pudeur, sans doute.

Quand on a écrit « Dis tout sans rien dire » [chanson remarquable sur une dépression], on n’a pas envie de s’écrier : « Mission accomplie ! » ?
Je n’ai jamais l’impression d’écrire quelque chose de grand. J’ai plein de complexes face à l’écriture, sauf qu’à un moment donné il faut bien que j’y aille, sinon je vais mourir d’asphyxie. Quand je réussis une chanson, je me sens comme celui qui aime courir et qui gagne une course. Après sa victoire, le coureur se remet à courir, et moi à écrire.

Comment trouver l’équilibre entre vie professionnelle et vie familiale ?
Si j’aime que ma vie professionnelle bouge, c’est parce que je peux compter sur une vie familiale stable [depuis deux décennies avec la même femme]. Et le père de famille que je suis commence à se relaxer : mes filles ont 16 et 19 ans.

Qu’aimeriez-vous laisser à la postérité ?
Sans dénigrer mon travail et encore moins l’amour que me porte le public, je ne m’attends pas à ce que l’on se souvienne longtemps de moi après ma mort. C’est pourquoi j’essaie de vivre au présent avec le monde alentour et de comprendre sans trop dramatiser ce qu’on fait sur terre.

La seule question qui mérite d’être posée n’est-elle pas : « Comment vivre avec les autres ? »
Je dirais : « Comment être ? », pour arriver à ce à quoi l’on croit. Ce qu’il y a de plus dur à atteindre, c’est de devenir et de rester soi-même. J’avais composé une chanson pour mon premier groupe [Humphrey Salade] qui s’intitulait « Qu’est-ce que réussir sa vie ? »

Et quelle est votre réponse ?
Je connais un homme capable de rafistoler une voiture et de faire la cuisine pour 60 personnes. Moi, j’écris des chansons, c’est bien, mais ma crainte, en me focalisant là-dessus, est que je ne me sois pas donné la chance de découvrir autre chose. J’aurais pu apprendre à réparer le verre taillé, par exemple.



Dans « Je poursuis mon bonheur », vous écrivez : « Je ne suis pas sans regrets / Pourquoi faut-il que l’amertume / Ne s’en tienne pas qu’aux agrumes ? » Des regrets, donc ?
Quand j’entends à la télé quelqu’un dire, avec une certitude que je perçois comme de l’arrogance : « Je n’ai pas de regrets », j’en pogne un paquet par réaction ! Comme quand tu navigues sur Facebook : tu vois toujours des photos de gens sur la plage ou qui mangent des homards gros comme ça, tu te dis : « Quelle sorte de vie plate je mène donc ! » Chez chacun, je crois, il y a une gestion de regrets et d’amertume à faire, parce que le temps passe vite et que parfois tu rates un bateau…

Y a-t-il un record que vous aimeriez battre ?
J’ai vendu à ce jour 800 000 exemplaires de mes albums. Ça va être dur, parce qu’il me reste moins de temps et que l’industrie du disque a changé, mais si je pouvais me rendre à un million, je téléphonerais à mes vieux professeurs pour leur annoncer : « Voyez ce que j’ai obtenu, même sans grands diplômes ! »

Quelle est la proposition la plus folle que vous ayez reçue ?
Une femme m’a demandé de lui signer un autographe sur un sein. Ce qui arrive des millions de fois à Éric Lapointe, je l’ai réalisé une fois !

Pauline Marois vous invite à manger. Quelle question lui posez-vous ?
« Qu’allez-vous faire pour les pauvres ? »

Un mot sur le spectacle avant de partir ?
Trois musiciens, les chansons de Chic de ville et des anciennes, bien sûr. Un spectacle que je veux « lousse », comme si on était dans le salon entre amis.

Toutes les dates de la tournée.

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