Dans la peau d’Anne Frank

À compter de janvier, 70 ans après la mort d’Anne Frank dans le camp de Bergen-Belsen, Mylène St-Sauveur incarnera cette dernière dans la pièce Le journal d’Anne Frank, d’Éric-Emmanuel Schmitt, mise en scène par Lorraine Pintal au Théâtre du Nouveau Monde.

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Mylène St-Sauveur dans le rôle d’Anne Frank – Photo : Olivier Gossot/TNM

À 18 ans, un âge où vacances rime avec jeux de plage et légèreté plus souvent qu’avec étude des grands enjeux du XXe siècle, Mylène St-Sauveur partait en solo pour l’Europe avec une idée fixe : tout savoir sur la Shoah. Un intérêt profond dont elle a du mal à expliquer d’où il lui vient, elle qui n’est pas juive.

« Mon sens de l’empathie prend parfois des proportions démesurées », dira-t-elle simplement.

On la comprendra, celle qu’on a vue beaucoup au petit écran (Les invincibles, Destinées) comme au grand (Maurice Richard, 5150, rue des Ormes) se pince encore d’avoir décroché, pour son baptême des planches, le rôle d’Anne Frank.

À compter de janvier, 70 ans après la mort de l’auteure dans le camp de Bergen-Belsen, Mylène St-Sauveur incarnera en effet cette dernière dans la pièce Le journal d’Anne Frank, d’Éric-Emmanuel Schmitt, mise en scène par Lorraine Pintal au Théâtre du Nouveau Monde.

Plus qu’un rôle, elle y voit un rendez-vous : « Le théâtre ne faisait pas partie de mon plan de carrière, mais quand j’ai su qu’on organisait une audition pour trouver l’interprète d’Anne Frank, je me suis dit que je ne pouvais pas passer à côté. Mon but était moins d’obtenir le rôle que d’incarner, ne serait-ce que pendant quelques minutes, cet être qui m’a toujours fasciné. Il se trouve qu’on m’a choisie. Pour mon enthousiasme, peut-être. »

Peut-être, mais pas seulement. Les responsables de la distribution ont très certainement perçu chez la comédienne une compréhension du sujet étonnante de la part d’une Québécoise de 24 ans.

« C’est vrai, tout ce qui concerne la Deuxième Guerre mondiale m’interpelle. Durant mon voyage, j’étais allée au camp de Sachsenhausen, au nord de Berlin. J’avais même participé à l’une des “marches de la mort” symboliques organisées là-bas », se souvient-elle, évoquant ces marches forcées, à la fin de la Deuxième Guerre, durant lesquelles des milliers de Juifs ont été tués.

La vérité sort de la bouche d’une enfant

La pièce de Schmitt a évidemment pour point focal le célèbre Journal, mais se penche aussi sur les rapports d’Anne avec son père, seul survivant de la famille. C’est par le truchement du cahier d’Anne, qu’on vient de lui remet­tre, qu’Otto Frank va revivre leurs années de clandestinité dans l’Annexe, leur désormais célèbre cachette à Amsterdam.

« Le texte révèle au père tout ce qu’elle traversait, il y voit une petite fille en train de devenir femme. D’ailleurs, on ne peut pas faire abstraction de la guerre en arrière-plan, mais je me plais à croire que si on enlevait cet aspect, le Journal serait encore très riche. Il y a dans ces pages des choses qui touchent toute jeune femme. Je m’y reconnais, moi qui ai quitté l’adolescence il n’y a pas si longtemps. »

Quant à ce qui a trait à la guerre elle-même, Mylène St-Sauveur souligne à quel point les réflexions d’Anne Frank vont au-delà du conflit qui la touchait. « Il y est question des conflits armés en général. Elle pose des questions qui résonnent encore aujourd’hui : pourquoi donner autant à l’industrie militaire et aussi peu à la recherche en médecine, à la lutte contre la pauvreté, par exemple ? Que cette petite fille ait eu une telle conscience des incohérences du monde des adultes, c’est fou. »

La comédienne revient souvent sur la vivacité d’esprit d’Anne Frank. À plusieurs reprises, elle prononce le mot « vif-argent » : « C’est un terme qu’on emploie beaucoup en répétition. Je l’imagine comme ça, Anne, je veux que mon personnage ait ce côté “vif-argent”. »

À voir briller les yeux de son interprète, nul doute qu’il l’aura.

(Du 13 janvier au 7 février 2015, au TNM, puis en tournée)

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Rappelons qu’Anna Frank a été déportée à Auschwitz à l’âge de 15 ans. Ni elle, ni sa soeur, ni sa mère, ni son père n’ont été gazés.
Elle est morte de thyphus à Bergen-Belsen,. 10 mois après sa déportation.
L’enfant la plus célèbre de l’Holocauste n’a pas été gazée mais est morte d’une banale épidémie. Pas sûr que Mylène le savait

Le commentaire de Jack2 semble tiré tout droit de l’argumentaire des révisionnistes qui nient la réalité historique des chambres à gaz. M. Jack2 êtes-vous un révisionniste qui ne s’assume pas et qui propage sa propagande en se cachant derrière l’anonymat? J’espère que non! Quoiqu’il en soit, la cause première de la mort d’Anne Frank est l’idéologie raciste et sectaire des nazis. Des millions de personnes sont mortes dans les camps de concentration à cause d’elle. Certaines sont mortes d’épuisement ou de maladies. D’autres ont été tuées par balles ou battues à mort. Enfin, des victimes sont mortes gazées. Voilà la terrible vérité!

À 16 ans j’ai appris l’existence de la Shoah lors d’un cours d’histoire en secondaire V. Depuis lors je lutte contre le sectarisme.

Oui, Mylène doit s’avoir qu’Anne Frank n’est pas morte gazée. Elle doit savoir qu’Anne Frank est morte d’une épidémie causée par une plus grande et meurtrière épidémie : la négation de l’Autre!

Yves Casgrain
Spécialiste des mouvements sectaires
Auteur
Journaliste indépendant spécialisé dans les questions relevant du christianisme