Dans le décor

Casque de cheveux rebelles, voix de sable chaud et yeux d’un joueur de (mauvais) tours. À 65 ans, le sculpteur Michel Goulet garde la curiosité d’un scout.

À 65 ans, le sculpteur Michel Goulet garde la curiosité d’un scout.
Photo : Jocelyn Michel

Il a constamment des idées, du désir ; tout ce qui se crée d’intelligent, de novateur le stimule. (Voir son site Internet) Avec lui, la sculpture n’est pas seulement volume, mais rythme et tension, pulsation et affirmation graphique. Il a remporté tous les prix importants au Québec, tenu une centaine d’expositions, régénéré l’art public, dont il est une sorte de calife. Pas moins de 25 villes (New York et Lyon, entre autres) arborent une de ses œuvres extérieures. Avec ça, juste assez baveux, polémiste et tendre.

Ses intentions ne cherchent pas midi à quatorze heures : « Je veux être un observateur de ma société et je voudrais laisser des traces. » Mission déjà accomplie avec les chaises – motif récurrent dans son œuvre -, qui ont assis sa réputation et ouvert un dialogue avec le public, place Roy ou parc La Fontaine, à Montréal. Pour le 400e de Québec, il en a installé une quarantaine, ornées de poèmes, dans le sentier qui jouxte la place de la gare du Palais. Faut voir le recueillement des visiteurs. On se croirait au théâtre, où Goulet fait, en 1993, une entrée fracassante en réalisant la scénographie de Roberto Zucco, à l’invitation du metteur en scène Denis Marleau, qui ne l’a pas beaucoup lâché depuis (une dizaine de collaborations en témoignent).

« Le théâtre m’ennuie quand il essaie de faire du cinéma, mais il me passionne quand il interroge notre manière de regarder le monde. » Jean-Paul Sartre n’y manque pas dans Huis clos. « Je croyais le texte dépassé ; il est habité par ce que l’on vit maintenant. » Lorraine Pintal, metteure en scène de la pièce, lui a proposé d’imaginer « l’enfer », lieu de l’action. Et alors ? « J’ai fait enlever le plancher de scène et les sous-sols, je n’ai gardé que la structure, sur laquelle j’ai déposé une boîte grillagée en acier qui semble flotter sur le vide. » Il ne se promènera pas dans son propre décor, vu qu’il a le vertige. Mais les comédiens y trouveront
de quoi alimenter le feu de leur jeu.

« Je ne me pose pas la question de savoir si ce que je fais est beau ou pas, mais si c’est vrai, authentique. » L’art, pour Michel Goulet, ne consiste pas à transgresser pour transgresser, mais à se maintenir en déséquilibre, à n’être pas où on l’attend. L’artiste retrouvera bientôt, à Paris, Denis Marleau, qui signera son premier spectacle à la Comédie-Française. Mais avant, Goulet ira planter dans le Jardin botanique de Montréal une sculpture intitulée Un jardin en soi, au centre de laquelle trône une… chaise, bien sûr ! Quand on souligne l’abondance de son travail, il répond simplement : « C’est par les œuvres qu’on bâtit l’avenir d’un pays. »

Huis clos, Théâtre du Nouveau Monde, à Montréal, du 9 mars au 3 avr., 514 866-8668.

Les plus populaires