Dans les mots de Patrice Michaud

En tournée dans l’est du Québec du 14 au 23 juill., à Saint-Eustache le 31 juill., à Boisbriand le 8 août. Autres dates : www.patricemichaud.ca

Un artiste est là. Patrice Michaud, 30 ans, signale son talent par un premier album, Le triangle des Bermudes, charpenté, aventurier, chanté les bras ouverts. L’auteur-compositeur-interprète et conteur gaspésien nous emmène dans son folk traversé de guitares et de blues, au milieu d’histoires qui parlent de routes, de déroutes, d’enfance et d’amour qui ne tient pas en place. Pour l’entrevue, on lui a resservi quelques paroles de ses chansons.

Un artiste est là. Patrice Michaud, 30 ans, signale son talent par un premier album, Le triangle des Bermudes, charpenté, aventurier, chanté les bras ouverts. L’auteur-compositeur-interprète et conteur gaspésien nous emmène dans son folk traversé de guitares et de blues, au milieu d’histoires qui parlent de routes, de déroutes, d’enfance et d’amour qui ne tient pas en place. Pour l’entrevue, on lui a resservi quelques paroles de ses chansons.

Photo : Rolline Laporte

« L’amour usé jusqu’aux genoux / mon cœur n’avait rien à se mettre » (« Les trottoirs »), « Ça achève que j’me dis / pis que j’peux pas descendre plus bas qu’ici » (« Klondike »).

— C’est vrai qu’il y a, sur mon album, plus de grisaille que de soleil, beaucoup de solitude, de déchirures, de résilience. Mais il y a aussi de la malice et de l’espoir. Et en spectacle, je désamorce tout cela avec des monologues. Par exemple, je raconte l’histoire de ma première et défunte guitare, une Yamaha rouge, com­mandée, en 1988, dans le catalogue Sears, page 72.

« Faut sortir son derrière / du La-Z-Boy / […] trouver le chemin /de son Himalaya » (« Des trous dans les bas »).

— Paresseux qui a fait la paix avec lui-même, j’appartiens à une génération qui se cherche et qui lambine, entre autres sur le plan politique. On est tous en quête de notre Himalaya, même si peu le trouvent. Mais l’essentiel reste de chercher.

« Pour Noël pis toute la patente / et moi, couché au creux des manteaux des matantes  » (« Cahier Canada »).

— Je suis  fasciné par le travail de la mémoire, la manière dont elle se souvient, distorsionne la réalité, invente. Je ne suis pas nostalgique du passé par rapport à un présent qui serait plus plat, mais l’enfance, comme l’adolescence, créent des scènes fondatrices dont on ne peut se dissocier.  De même, on me dit que ça s’entend dans ma musique que je suis Gaspésien. Comment pourrait-il en être autrement?

« Et j’entends si fort / les tambours de ton corps / Moi, dans mon désordre / je rêve en secret / de mettre mon linge sur ta corde » (« Chercher ton sud »).

— C’est la chanson que je n’avais jamais été capable d’écrire pour ma blonde. Quand j’ai abandonné l’idée de lui composer une « toune », celle-ci est venue.

La lecture de la poésie a été un facteur déterminant pour me trouver en écriture. Je suis un lecteur compulsif, toujours deux ou trois livres en chemin, je lis même en conduisant ; les livres audio font que je peux manger de la route. Mais la poésie, c’est comme la musique classique, il faut prendre le temps de s’y rendre. J’essaie d’imiter ceux que j’admire : Gilbert Langevin, Patrice Desbiens, Gaston Miron, Yolande Villemaire, Richard Desjardins. Ils suscitent la beauté avec le moins d’effets possible. Ce que je vise.

« Au fond des yeux / déjà le bleu se perd / ne reste que le sel » (« Deepwater Horizon »).

— Il y a des jours où l’on est plus perméable au désordre du monde : Deepwater Horizon — plateforme pétrolière qui a explosé en avril 2010, provoquant un désastre écologique — est la goutte qui a fait déborder le vase de mes irritations. Les puissants du monde s’en font si peu avec les conséquences de leurs actes ; dans les médias, une tragédie est vite remplacée par une autre. Cette chanson me permet, avec mes petits moyens, d’apporter de l’eau au moulin de la mémoire et de garder les yeux ouverts.

« On brûle ses jours à faire beaucoup d’argent / Le soir, on disparaît dans les craques du divan / Tout ça pour finir en d’sous d’une dalle de ciment » (« C’est chien pour les singes »).

— Exposer la régression de l’homme plutôt que son évolution : voici ma chanson « claque sur la gueule », pour laquelle je n’avais pas envie d’être subtil. Le divan représente bien sûr la télé. Imposez une semaine sans télévision et c’est la révolution, les gens descendent dans la rue avec des fusils.

« Et dans la nuit cagoule, dans les rues tatouages / Montréal me regarde / comme si elle savait / que j’sais pas où j’m’en vas » (« Cap-Chat / Montréal »).

— Je ne sais toujours pas où je vais me poser, car j’ai encore l’impression d’être sur le trajet de ma destination. Depuis 10 ans, j’habite à Québec, une ville de taille respectable, pour moi qui ne peux vivre à Montréal. Je viens de Cap-Chat : en face de chez nous, il y a un champ ; en arrière, il y a un bois, puis un champ, puis une forêt. Ça se remplace difficilement.

Dans le livret, vous écrivez : « Merci au Garage Jean et R. Michaud de m’avoir fait comprendre que le bodyshop c’était pas pour moi. »

— De ma famille, j’ai toujours eu beaucoup de soutien et très peu de questions. Mais c’est au garage de mon père et de mon oncle que se vendent le plus de disques de Patrice Michaud…

En tournée dans l’est du Québec du 14 au 23 juill., à Saint-Eustache le 31 juill., à Boisbriand le 8 août. Autres dates : www.patricemichaud.ca

>> À lire aussi :                                       
La route de Patrice Michaud
, une critique

du disque Le triangle des Bermudes.

Les commentaires sont fermés.