Dans ses cordes

Fils d’une peintre et d’un acteur, Alexandre da Costa donnait, à neuf ans, ses premiers concerts. « La seule pression familiale que j’ai subie, c’est ce conseil de ma mère: « Si tu t’engages dans quelque chose, fais-le à fond. » » Le conseil n’est pas tombé dans l’oreille d’un sourd. Le violoniste de 29 ans parle quatre langues, s’est produit presque partout dans le monde et a vécu une décen-nie en Europe avant de revenir au Québec, l’an dernier. Avec l’envie de laisser sa marque.

Crédit-photo : Jocelyn Michel

À 18 ans, vous avez obtenu une maîtrise en violon et un bac spécialisé en interprétation piano. Entre les deux instruments, votre cœur a longtemps balancé.

– Comme je ne voulais pas être un bon soliste, mais un excellent soliste, j’ai dû faire un choix, le répertoire pour les deux instruments étant trop vaste pour l’approfondir.

Vous avez choisi la « diva des concerts ».

– Le violon, qu’on tient dans ses bras, permet une communion physique, évidemment impossible avec le piano. Ce prolongement du corps entraîne une autre façon de penser et de ressentir la musique.

On dit souvent que le violon a une âme.

– L’« âme » est le nom du petit cylindre de bois inséré dans la caisse ! Sérieusement, l’âme de mon violon, c’est d’abord l’âme de celui qui l’a fait, M.Stradivari, puis l’âme de tous les musiciens qui en ont joué. Le violon que me prête la fondation Canimex [et qui vaut une somme faramineuse] est le stradivarius Di Barbaro, de 1727. Il me faut en être digne. Je ne voudrais pas qu’il vive en ma compagnie ses heures les moins glorieuses.

À quoi pensez-vous quand vous êtes sur scène ?

– Je joue la plupart du temps de mémoire des concertos de 40 à 50 minutes, pour lesquels je me prépare comme un athlète. Pendant l’exécution, je dois rester concentré, car les grands concertos sont hérissés de difficultés techniques qu’il me faut à tout prix surmonter. Si une carrière se construit lentement, elle se détruit rapidement.

Votre répertoire ratisse large. Vous jouez même du Jimi Hendrix.

– Si j’intéresse le public au moyen d’œuvres populaires adaptées pour un instrument classique, je me dis qu’il aura peut-être envie de venir m’entendre dans un répertoire plus pointu. Je ne compose pas, mais je peux inspirer les compositeurs. L’an prochain, j’enregistrerai avec l’OSM deux concertos de l’Américain Michael Daugherty, dont l’un est écrit pour moi. Quand je comprends bien une œuvre, je crois être un très bon passeur…

Existe-t-il des interprétations absolues d’une œuvre ?

– Si je n’ose pas jouer le Concerto de Tchaïkovski parce que David Oistrakh [mort en 1974] l’a exécuté infiniment mieux que moi, il serait préférable que je change de métier.

Qu’auriez-vous fait si vous n’aviez pas été musicien ?

– J’aurais choisi les affaires ou les relations publiques. Avec mon frère, qui habite à Shanghai et qui fait des affaires en Chine depuis 25 ans, j’organise des tournées de chefs et de musiciens qui veulent percer ce marché, très difficile à pénétrer. J’ai la tête pleine de projets. Je me verrais bien mettre sur pied une coopérative d’artistes, diriger un petit festival de musique, enseigner…

Je ne suis pas seulement un musicien, un produit à consommer. Je connais le business, je sais ce qui marche et ce qui ne marche pas. Je veux jouer le plus longtemps possible, mais dans 50 ans, j’aurai raté quelque chose si on estime que je n’ai été qu’un concertiste parmi d’autres.

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Invités du Festival international de Lanaudière, Alexandre da Costa et l’ensemble Canimex, sous la direction de Jean-François Rivet, jouent les Valses et Miniatures, de Fritz Kreisler, amphithéâtre de Joliette le 19 juillet, 1800 561-4343.

alexandredacosta.com

PARENTHÈSE

Le dinosaure

Autant, en saison, on cherche à faire le plein, autant, l’été, le vide nous comble. On désactive son cerveau, on le laisse couler dans l’herbe, et parfois on s’allonge à côté. Début juin, les théâtres, la télé,la radio, tous enfilent des tenues légères. Plus besoin de sauver l’humanité, le plaisir prévaut, les idées mollissent.

J’étais donc, déconnecté et béat, à lécher une glace, quand un petit garçon de quatre ou cinq ans, bouche, doigts et chemisette chocolatés, m’a demandé : « Quand t’étais petit, est-ce qu’il y avait des dinosaures ? » J’ai souri, puis, curieusement, j’ai répondu : « À petits pas la mort s’amène. » L’enfant m’a fait des yeux ronds comme des cataphotes de vélo, et je ne parle pas de ceux de sa mère, qui, s’ils avaient eu faculté de parole, m’auraient sans doute dit : « Vieux chnoque. »

Vieux chnoque, ça me va. Imagine, petit gars, j’écris encore à la plume, je ne regarde pas de films sur mon iPod, je ne mets pas mon visage dans Facebook, je ne me suis pas créé d’avatar pour Second Life, je ne « twitte » pas et j’accepte même de ne pas connaître la derniè-re chanteuse qui fait un malheur – du moins jusqu’à demain matin – dans YouTube !

Mais je lèche une glace. Je suis un dinosaure.

Éclairage aux Néos

Ils auraient pu arriver à 11, on s’est entendus pour 3. Julie Dionne, Gabrielle Néron et Sophie Lepage font partie d’un groupe de théâtre-performance : Les Néos, cinq femmes, six hommes, tous diplômés d’une école de théâtre, sauf un… (journaliste et réalisateur).

Les membres se sont rencontrés en septembre 2007, lors d’un atelier donné à Montréal par Greg Allen, fondateur, à Chicago, en 1988, des Neo-Futurists. Coup de foudre pour la méthode et atomes crochus entre les participants, qui décident de relancer Allen pour un stage d’une semaine au Neofuturarium (!). « À cinq personnes par chambre d’hôtel, on est devenu-s par la force des choses des intimes. » Rien de mieux pour former l’esprit de troupe.

Oui, mais c’est quoi, le néofuturisme ? Quelques principes : « On est qui on est. On est où on est. On fait réellement ce qu’on est en train de faire. » Pas de quatrième mur, pas d’illusion théâtrale. L’interprète, qui se présente sous sa véritable identité, ne peut pas faire semblant d’être essoufflé s’il ne l’est pas. Pigé ?

Ces préceptes ne seraient que théories fumeuses s’ils n’avaient pas engendré un spectacle vitaminé, désinhibé et fort couru au festival Fringe, en 2008 : Pièces pour emporter. Soit une trentaine de pièces, dont la durée varie de 30 secondes à 4 minutes, coiffées de titres aussi divers que « Brûler mon soutien-gorge ou l’enlever », « Gravir l’Everest », « Guerre civile dans mon 4 ½ » présentés sous forme de menu. Le spectateur passait sa commande et ça partait au quart de tour et dans tous les genres : poétique, musical, abstrait, dansé, surréaliste, etc. Certaines pièces versaient dans l’anecdote, d’autres témoignaient de préoccupations sociales ou de douleurs intimes. « Il y a quelque chose d’adolescent dans notre ferveur à dire des choses, à ne pas s’appesantir sur les émotions. » D’ailleurs, les ados adorent le concept, même si c’est la tranche des 25-35 ans qui constitue le gros du public.

Pour sa deuxième participation au festival Fringe, le collectif délaisse la forme courte pour une pièce d’un seul tenant, inspirée des personnages du jeu Clue : Dans le salon avec la clef anglaise. Question à l’origine du spectacle : « Qu’est-ce qui pourra-it me faire sortir de mes gonds au point de commettre un meurtre ? » Pour l’occasion, huit Néos sont requis ; Sophie Lepage et Gabrielle Néron s’emploient à fondre dans un même univers huit couleurs d’écriture.

Bien sûr, les membres des Néos désobéissent parfois aux lois du néofuturisme pour jouer à la télé, au théâtre, etc. Mais ils ne se passeraient pas de ce laboratoire qui a fait s’épanouir des talents qu’ils ne pensaient pas avoir, ne serait-ce que celui de prendre des décisions à 11 !

Dans le salon avec la clef anglaise, MainLin-e Theatre, à Montréal, du 13 au 21 juin, 514 849-3378.

lesneos.wordpress.com

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