DANSE / Léonce et Léna juste pour rire !

Je ne me rappelle pas avoir ri d’aussi bon cœur à un spectacle des Grands Ballets Canadiens de Montréal. Si on ne s’esclaffe pas toujours en compagnie de Léonce et Léna, comédie satirique écrite par Georg Büchner en 1836, à 23 ans, on a souvent le sourire en place.

Héritiers des royaumes de Popo et de Pipi, Léonce et Léna désertent leur foyer respectif pour fuir un mariage arrangé. Se rencontrant au hasard de leur fugue, ils tombent raides dingues l’un de l’autre. C’est pas beau ça ?

Sous la bluette sentimentale, il y a une critique de la société et du romantisme que le chorégraphe allemand Christian Spuck affirme, en adaptant la pièce en ballet, et additionne de fantaisie débridée, de nombreux clins d’œil à l’histoire du ballet et de musiques variées (Johann Strauss, Alfred Schnittke, Cole Porter), livrées, de la fosse, par l’orchestre des GBC dirigé par Florian Ziemen, visiblement très content d’être là – pas dans la fosse, mais à Montréal pour contribuer au succès de l’entreprise.

Spectacle réussi à plusieurs égards, même si je vais chipoter un peu. Certains admettront avec moi que le ballet longuet (82 minutes, plus entracte) mise parfois plus sur la théâtralité que sur la danse. Cependant, quand il leur est demandé de faire leur métier, les interprètes se donnent sans compter.

Partie prenante de l’esthétique soignée qui participe de la force de la production, les costumes, pour être somptueux, n’en dissimulent pas moins le corps des danseurs – surtout chez les personnages de cour – et distraient le spectateur de leurs mouvements. Et pourquoi vient-on à la danse ?

Enfin, on aurait apprécié que les prénoms de Léonce et Léna, écrits à la craie sur un tableau noir qui apparaît durant la pièce, portent leur accent aigu. Histoire de rappeler, comme ça en passant, qu’au Québec la langue française domine.

Léonce et Léna, Théâtre Maisonneuve (Place des Arts), à Montréal, les 23, 28 et 30 oct., 4, 5 et 6 nov., 514 842-2112.

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Créé en 2008 pour l’Aalto Ballett Theater d’Essen, en Allemagne, qui cherchait un «ballet drôle», le chorégraphe Spuck a bien compris la commande. Voici, par la compagnie allemande, l’ouverture de la deuxième partie de Léonce et Léna :