David Altmejd expose au Musée d’art contemporain de Montréal

Dès le 20 juin, le sculpteur David Altmedj présente Flux, sa plus récente expo, au Musée d’art contemporain de Montréal.

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David Altmedj dans son atelier, à New York, où il travaille depuis une dizaine d’années. (Photo : Lance Brewer)

Sa plus récente expo, Flux, s’ouvre sur une œuvre qui ne laisse pas indifférent : le buste d’une femme dont le visage est absent, comme troué par un obus. Malgré la violence qui s’en dégage, la pièce, qu’on pourra voir au Musée d’art contemporain à compter du 20 juin, représente l’une des personnes qui comptent le plus pour le sculpteur : Sarah, sa propre sœur. Bienvenue dans l’univers singulier de David Altmejd (prononcez « Altmaid »), né à Montréal il y a 40 ans et devenu, malgré son aversion pour les plans de carrière et une personnalité effacée, l’une des stars internationales de l’art contemporain. 

Sarah Altmejd (portrait sculpté de la soeur de l'artiste), 2003.
Sarah Altmejd (portrait sculpté de la sœur de l’artiste), 2003.

Ce trou, celui qu’il a infligé au visage de sa sœur — au figuré, il va sans dire — comme à plusieurs des êtres mi-humains, souvent colossaux, qui jalonnent son œuvre, David Altmejd le voit d’abord comme quelque chose de positif. En détruisant la personne « qu’il aime le plus au monde », soutient-il, il crée une tension entre horreur et affection. Il provoque, surtout, la réflexion. « Ce néant ouvre sur l’infini, pour moi. J’aime ce contraste entre la violence apparente et l’aspect paisible de la sculpture, l’amour voué au sujet. Le trou évoque une explosion, mais aussi le passage entre deux espaces, il laisse entrer la lumière. »

On retrouve également ce motif dans L’œil, la sculpture de David Altmejd qui se dresse à l’angle des rues Sherbrooke et Crescent depuis 2011, devant le Musée des beaux-arts de Montréal, sorte d’Icare de bronze troué au ventre, lui. Quant à ce que ce trou veut dire exactement, l’artiste laisse le soin à celui qui regarde d’en décider. « C’est une ouverture, justement. Un espace que je laisse pour l’imagination. D’ailleurs, contrairement à d’autres artistes, je refuse que mon travail serve à dire une chose en particulier. Ce serait le limiter à un outil de communication. Je veux que chacun puisse y entrer ; que l’œuvre ne contienne pas un sens, mais génère un sens. »

Sculpture jazz

Cet espace d’ouverture, David Altmejd aimerait l’étendre à la notion même d’exposition, lui qui s’attriste de voir autant de gens se méfier de l’art contemporain. Son rêve ? Que devant les grandes structures de miroir et de plexiglas qui ont fait sa renommée, que devant ses géants de plâtre et de métal, le public se laisse fasciner, sans trop se poser de questions. « J’ai l’impression que les gens sont souvent sur la défensive, dans un musée d’art contemporain. Qu’ils crai­gnent quelque chose. J’aime­rais tant qu’ils aient dans un musée la même disponibilité qu’ils ont durant une marche en forêt : on peut être ému par une plante, un arbre, sans comprendre leur fonctionnement ! »

Lui-même ne cherche pas à tout déchiffrer. Étranger à la notion de croquis préparatoire comme à celle de plan de carrière, Altmejd improvise continuellement, se laisse guider par la matière, comme un jazzman. Dans son atelier de New York, où il vit depuis une dizaine d’années, il essaie, se trompe, recommence. « C’est dans le contact physique avec les matériaux que des motifs font leur apparition, des animaux, des têtes humaines… L’aspect structuré de mon travail, presque architectural, qu’on souligne sans arrêt, il découle de ces motifs. C’est d’abord un support, une sorte d’échafaudage. J’ai fini par lui donner un rôle artistique, mais ce n’était pas prévu ! »

Loin de l’artiste qui pontifie, Altmejd a la même attitude jusque dans la parole. Il ouvre des parenthèses, ne les referme pas toujours, suspend sa phrase — « Ah non, cette idée-là n’a pas de sens », dira-t-il deux ou trois fois durant l’entretien. « Je sais que j’ai parfois du mal à expliquer, admet-il. C’est qu’à mes yeux rien n’est figé, il n’y a qu’une chose qui compte : la sculpture que je suis en train de faire. Où je m’en vais exactement, je n’en ai aucune idée, et je crois que c’est très bien comme ça ! »

Après tout, si le vide n’est jamais qu’un lieu de passage vers autre chose, pourquoi s’en effrayer ?

(Du 20 juin au 13 septembre)

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1 commentaire
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Public ne vous laissez pas leurrer par ce toc-clinquant absolu qui enrobe cette morbidité détaillée.

Ce n’est justement pas le moment ne pas chercher à comprendre, au contraire!