C’est comme ça

Ce que l’on traîne avec soi des éclats de l’enfance, des blessures d’orgueil, des manquements à l’amour. J’écoute le disque Le mal de vivre, de Barbara (Philips, 1964), et tout me revient : le pick-up de ma sœur, les volutes de fumée de ma cigarette, le mal-être de mon adolescence. Je mesure le temps passé et celui qui m’est désormais compté.

C’est pourquoi il m’arrive de manquer de manières quand, les bonnes semaines, je reçois une dizaine d’albums québécois qui attendent recension. Forcément, je suis injuste, n’accordant pas à chacun l’attention qu’il mérite, en zappant sous prétexte d’un nom d’artiste idiot ou d’une tête qui ne me revient pas sur la pochette. Atteint du virus iTunes, je n’écoute plus de chansons au complet, leur octroyant 30 secondes pour m’appâter, sinon couic ! Quand j’adhère à un artiste, je n’ose pas trop m’attacher, de crainte de le voir disparaître avant la fin du mois.

Dans ma jeunesse — ça commence à faire loin —, j’achetais un microsillon tous les deux mois, que je faisais tourner jusqu’à voir au travers. Je humais l’odeur du vinyle, lisais jusqu’à la dernière ligne les paroles des auteurs. Quand s’ajoutait à ma maigre discothèque une nouvelle conquête, je ne répudiais pas l’ancienne, elles vivaient en bon ménage. Les premières chansons de Barbara, de Vigneault, de Ferland me résonnent encore dans la cervelle, alors que je ne sais plus mémoriser un seul couplet d’aujourd’hui.
C’est comme ça.

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