De l’impérialisme à l’hégémonie américaine

Il est de ces livres qui, par leur portée et leur envergure, sont condamnés à ne pas passer inaperçus. Tel est le sort de cet ouvrage collectif dirigé par Charles-Philippe David, titulaire de la chaire Raoul-Dandurand, à l’Université du Québec à Montréal.

Qu’on le dise d’emblée, ce livre s’adresse d’abord à un public universitaire. Chacun des articles qui le composent présente en effet un état des lieux de la recherche sur la politique étrangère américaine. Cet ouvrage intéressera pourtant le lecteur peu effrayé par les notes en bas de page, les amateurs d’analyse du discours et toute personne disposée à fournir l’effort de lecture nécessaire à une compréhension de cette problématique complexe et foisonnante. Les notions fondamentales pour comprendre la politique étrangère des États-Unis sont évoquées et appro­fon­dies?: destinée manifeste, exceptionnalisme, hégémonie, division des pouvoirs et même effet CNN.

Certains articles sont plus accessibles que d’autres, notamment «?Dix tournants de la politique extérieure?», tout indiqué au lecteur novice en la matière, ainsi que «?Théories bureaucratiques du processus décisionnel?», signé C.-P. David, qui met en lumière les ratés du système de renseignements de la Maison-Blanche dans l’affaire des armes de destruction massive introuvables. Soyons franc, la vulgarisation n’aurait pas fait honneur à un sujet aussi grave et complexe. S’y trouve aussi un exposé froid de l’impro­visation qui semblait régner sans partage dans le Bureau ovale sous George W. Qui, de Condoleezza Rice ou de Dick Cheney, a réussi à exercer l’ascendant le plus fort sur cet improbable président?? La réponse n’est pas simple. Étant donné la nature du sujet, les auteurs auraient pu entrelarder l’ouvrage de longues citations en anglais. Or, toutes les citations sont traduites. Applaudissements.

Il s’agit d’une lecture marathon, infiniment satisfaisante, rigoureusement documentée, et assortie d’une bibliographie vertigineuse. Le lecteur qui aime les défis trouvera une certaine fierté dans le fait qu’il pourra comprendre et expliquer la citation suivante?: «?Si Carter ne pouvait discerner la forêt de ses arbres, Reagan, lui, ignorait que dans la forêt, il y a des arbres.?» (Théories de la politique étrangère américaine, coll. «?Paramètres?», PUM, 532 p., 49,95 $)

VITRINE DU LIVRE >>

L’avis du médecin


Chef du Service de médecine d’urgence de l’Institut de cardiologie de Montréal et professeur de médecine, le Dr Alain Vadeboncœur publie une série de textes dont l’objectif commun est de démolir le mythe selon lequel le privé est le remède miracle aux problèmes de notre système de santé. À lire absolument, pour la lucidité du regard, l’humanisme des propos et la délicieuse ironie du ton. (Privé de soins?: Contre la régression tranquille en santé, Lux Éditeur, 298 p., 22,95 $)


Question d’équilibre


Le sociologue et historien Gérard Bouchard propose aux Québécois une conception de l’interculturalisme comme forme de pluralisme intégrateur. Il s’agit en fait de remplacer le multiculturalisme canadien, bancal et décrié de partout, par un paradigme dominé par la recherche d’équilibre, et ce, en considérant les intérêts et les aspirations de la majorité dans l’équation interculturelle québécoise. Quand faut-il permettre des accommodements?? Et pour quelles raisons?? Oui, l’auteur se mouille dans des études de cas. Une invitation à réfléchir, puis à agir. Dans cet ordre. (L’interculturalisme?: Un point de vue québécois, Boréal, 288 p., 27,95 $)


 

 

 

 

 

 

 

Laisser un commentaire