De «Twilight» à Baudelaire ?

On l’oublie trop souvent, les auteurs de livres jeunesse sont les guides qui forment les futurs lecteurs adultes. Alors que la Courte Échelle, maison d’édition jeunesse phare du Québec, vient de licencier tous ses employés, voici les réflexions d’une auteure sur l’avenir du livre.

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Image extraite d’une vidéo sur la Courte Échelle (source : YouTube)

Quel est l’avenir du livre?

L’avenir du livre est incertain. Il y aura toujours des individus qui rêvent d’écrire, de même que des lecteurs. La question est : qu’écriront-ils et que liront-ils ? Des livres de cuisine ?

Au Québec, on se targue d’être imaginatifs, créatifs. Or, s’il est vrai que nous publions beaucoup, force est d’avouer que l’on pilonne tout autant. Actuellement, de nombreux titres sont recyclés en pâte à papier sans laisser de traces dans les mémoires, si bien qu’aujourd’hui — et contrairement à l’adage —, les écrits ne restent plus…

Évidemment, tout se joue en jeunesse. Mais nos jeunes lecteurs sont en proie à des phénomènes de mode qui réduisent à néant leurs horizons littéraires. La plupart des adolescents que je rencontre dans les écoles choisissent leurs livres comme ils choisissent leurs vêtements, c’est-à-dire en recherchant une marque, un label, et non en explorant les genres, quitte à prendre des risques.

Dans ce contexte, le livre qui se vend n’est pas le mieux écrit, mais celui qui a été habilement mis en marché, avec des moyens que la plupart des éditeurs québécois n’ont pas. Or, qui dit vente de masse dit recettes faciles, produits homogénéisés, «McDo de l’esprit» et lecteurs coincés dans les culs-de-sac littéraires que sont les amourettes de vampires, les combats de collégiens loups-garous et les contes de fées pour jeunes adultes… Le lecteur d’aujourd’hui n’atteint tout simplement pas sa maturité littéraire.

Si rien n’est fait pour changer cet état des choses ; si les parents, les éducateurs, les libraires et les éditeurs n’interviennent pas, d’une façon ou d’une autre, pour revaloriser la lecture en tant qu’effort intellectuel, invitation au voyage et dépassement de soi, c’est la mort de la littérature à long terme, car, ne vous en déplaise, aucun chemin ne mène de Twilight à Baudelaire… S’il existait un tel raccourci, le pauvre poète se retournerait dans sa tombe !

* Geneviève Mativat a remporté le Prix littéraire du Gouverneur général 2013 dans la catégorie «Jeunesse – Texte» pour À l’ombre de la grande maison (Éditions Pierre Tisseyre).

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Dans ma jeunesse, les années 1950-1960, nous étions une grosse famille, pas trop riche, avec seulement les livres scolaires pour garnir notre mince bibliothèque. Nos parents n’étaient pas des érudits, se contentant du journal pour parfaire leur culture. Nous n’avions pas le droit de le lire, c’était pour les adultes. Mais que faisions-nous? NOUS JOUIONS DEHORS à imaginer le monde de demain avec du sable, de l’eau, de la neige, des branches, des bouts de bois et des cabanes improvisées, les chiens et les chats comme complices. Voilà de quoi a été abreuvée la génération des babyboomers à qui on reproche maintenant d’avoir créer trop de structures et de systèmes pour faciliter leur vie… Voilà d’où vient la créativité, l’innovation. C’est un exemple pour montrer que les livres ne constituent pas la source mais une des sources (pas obligatoire) de l’évolution humaine. C’est la nature et notre environnement qui modèle cette évolution.

Une chose dont je suis fière, c’est d’avoir une bibliothèque bien remplie… Sans Twillight! Si ma fille me demandais de lire Twillight ou autre cochonnerie, je lui présenterais Bram Stocker, Mary Shelley, Lord Byron, etc. Présentement ma fille écoute Monster High, et après qu’elle est fini un film j’ai résumé en conte de fée (avec quelques modifications) Dracula et Frankenstein… Je lui explique que ce sont les papa de Draculaura et Frankie stein! je crois que c’est dans la façon d’éduquer nos enfants et la façon dont le livre est présent à la maison! Chez nous il y a toute sorte de livres et beaucoup de livres québécois et des classiques littéraires. Il n’y a rien de fast – lit…

Cette situation n’est pas nouvelle – je me souviens que dans les années 60 nous lisions les livres de Henri Vernes, une série sur les péripéties de son héros, Bob Morane, et que cela était très populaire chez la jeunesse francophone. Cela m’a donné le goût de la lecture et éventuellement m’a ouvert la voie vers les autres genres de littérature. La différence avec les livres d’aujourd’hui c’est que ces séries étaient écrites en français alors qu’aujourd’hui la majorité des séries pour les jeunes sont des traductions.

Je crois qu’il faut regarder la situation avec plus de nuances. Je suis très triste pour La Courte échelle de même que pour l’édition au Québec, qui se porte mal en général. Cependant, force est de constater que les maisons d’édition survivent aujourd’hui de subventions et grâce à la Loi 51, qui n’est plus adaptée à la réalité de 2014. Comment se fait-il que nous ne soyons pas plus avancés en édition numérique? Que nous n’ayons pas déjà des solutions pour embrasser les nouvelles technologies et pour nous adapter aux changements qu’elles induisent inévitablement?
Je suis de tout coeur pour la littérature québécoise et, oui, je crois qu’il faut la valoriser, mais l’édition doit s’aider elle-même d’abord. Quant aux grandes séries populaires, oui, elles peuvent mener à Baudelaire. Pour ma part, jeune, je lisais autant La Courte échelle que le Club des baby-sitters (en mauvaise traduction, oui), qui était sans contredit ma série préférée pendant un temps. Or, j’ai maintenant une maîtrise en littérature…

Je me demande sur quelles expertise ou étude se base l’auteure de ce billet pour insinuer que la lecture de divertissement ne mène jamais a une lecture plus intellectuelle et/ou littéraire. On ne devient pas grand lecteur à 30 ans, et pour ma part, j’ai pris le goût de la lecture avec Lucky Luke et Bob Morane, des titres qui ne sont certes pas du calibre des prix du DG, mais qui m’ont mené à Jacou le croquant, Kundera, Gary, puis à devenir… éditeur jeunesse.

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