Délit d’initié

Si le mouvement Occupy Wall Street nous a appris une chose, c’est que les États-Unis sont l’un des champions mondiaux de l’inégalité en matière de distribution des richesses : 1 % de la population accapare 35,4 % de tout le patrimoine du pays.

Cette élite dorée, Cristina Alger la connaît bien, puisqu’elle en fait partie. Fille d’un grand financier mort dans l’attentat contre le World Trade Center, elle a fait son entrée dans le monde au célèbre bal des débutantes, à l’hôtel Waldorf Astoria, et a étudié à Harvard et à l’École de droit de l’Université de New York. Elle a été analyste chez Goldman Sachs et a travaillé dans un grand cabinet de Manhattan. Son mariage a été célébré au club privé Knickerbocker et elle apparaît régulièrement dans la rubrique mondaine des journaux. On ne saurait trouver mieux placé pour trahir les secrets de la haute société new-yorkaise après la crise financière de 2008.

Park_AvenuePark Avenue, son premier roman, raconte la débâcle de la famille Darling, propriétaire d’une société d’investissement qui, aveuglée par des rendements garantis de 14 %, a eu la négligence de confier la gestion de son fonds spéculatif à un individu louche. À l’instar de Bernard Madoff, le gestionnaire a monté une vaste chaîne de Ponzi, multipliant des opérations qui n’existent que sur papier et détournant les fonds pour maintenir l’illusion que ses placements fictifs faisaient des bénéfices. Quand la fraude est éventée et que l’escroc se suicide, les Darling voient leur vie privilégiée s’écrouler. Adieu galas de bienfaisance, collections de voitures, propriétés à Palm Beach, écoles privées à 34 000 dollars par année et shopping illimité sur la Cinquième Avenue…

On aurait presque pitié de ces victimes et de leur propre cupidité si elles n’avaient pas suffisamment d’argent à l’étranger pour continuer à faire bonne figure. Et surtout, si elles n’avaient pas un bataillon d’avocats pour les défendre contre des accusations de complicité. Car elles ne reculent devant aucune bassesse pour préserver leur réputation, quitte à jeter le blâme sur un pauvre innocent dont la femme vient de mourir du cancer, et même à envoyer un membre de leur clan à l’abattoir.

Avec l’objectivité d’un vérificateur de la Securities and Exchange Commission, Cristina Alger suit à la trace « ces minuscules points de basculement » qui ont permis de fermer les yeux sur une spéculation effrénée, et elle expose la faillite morale de ceux qui se sont enrichis sans scrupules sur le dos des petits épargnants. Voilà ce qui arrive, rappelle-t-elle, quand « la partie se déroule selon des règles que le reste du monde ne comprend pas ».

LA VITRINE DU LIVRE

Vivent_la_nuitBoulevard du rhum

Transposez la télésérie Boardwalk Empire en Floride, et qu’est-ce que vous obtenez ? Ils vivent la nuit, deuxième volet de la trilogie de Dennis Lehane, où Joe, le mouton noir de la famille Coughlin, s’oppose à son père policier en défiant la prohibition. Après les ruelles de Boston et la cellule d’une prison en Caroline, il échoue à Tampa Bay, où il deviendra roi du trafic de rhum. L’action est corsée, les dialogues fusent plus vite qu’une volée de mitraillette et le tout sera bientôt porté à l’écran par Ben Affleck. (Rivages, 530 p., 34,95 $)

Gâteau_citronMenue dégustation

Son grand-père avait un odorat de fin limier, son frère peut se rendre invisible à volonté. Rose, elle, a le don de percevoir, dans les aliments, les émotions de ceux qui les ont cuisinés — et des secrets de famille si lourds qu’elle préfère se nourrir de produits sortis de l’usine. Sous le glaçage délicieusement fantaisiste de La singulière tristesse du gâteau au citron, Aimee Bender nous offre une réflexion nourrissante sur le sixième sens des enfants et la parfaite inutilité d’essayer de leur cacher quoi que ce soit. (L’Olivier, 348 p., 29,95 $)

 

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