Denis Bernard, monsieur le directeur

Chaque jour, de Fanny Britt, du 11 oct. au 19 nov., 514 523-2246. Pro­grammation : www.theatrelalicorne.com

Acteur aux nombreux replis, l’un des meilleurs de sa génération, Denis Bernard, 54 ans en décembre, n’est pas du genre à faire des mines dans le miroir ; il préfère l’action. Bouillonnant, intranquille, ce passionné de Tchekhov a accepté, en 2009, un rôle inattendu : directeur artistique et général de La Manufacture — compagnie de théâtre de création fondée en 1975 — et, par conséquent, de son espace théâtral, La Licorne, qui s’apprêtait à subir un sérieux lifting. Quelque 6,5 millions de dollars plus tard, le bâtiment jure de modernité dans la rue Papineau, à Montréal.

Acteur aux nombreux replis, l’un des meilleurs de sa génération, Denis Bernard, 54 ans en décembre, n’est pas du genre à faire des mines dans le miroir ; il préfère l’action. Bouillonnant, intranquille, ce passionné de Tchekhov a accepté, en 2009, un rôle inattendu : directeur artistique et général de La Manufacture — compagnie de théâtre de création fondée en 1975 — et, par conséquent, de son espace théâtral, La Licorne, qui s’apprêtait à subir un sérieux lifting. Quelque 6,5 millions de dollars plus tard, le bâtiment jure de modernité dans la rue Papineau, à Montréal.

Photo : Alexandre Chabot

Vous dites que « le lieu influence le théâtre que l’on fait ». À voir l’immeuble, faut-il s’atten­dre à du théâtre confortable, bourgeois ?

Pas du tout. Les artisans disposeront enfin d’un équipement approprié, les acteurs verront leurs conditions de pratique améliorées et le public s’en trouvera plus à l’aise. Mais La Licorne ne change pas de vocation, elle reste un centre de création. Nous privilégions un théâtre de contenu, concerné, témoin de son temps, qui a du sens. C’est dur de trouver un chemin dramaturgique, il y a des théâtres qui éprouvent beaucoup de difficultés à établir leur langage.

Le programme de la saison 2011-2012 ne manifeste pas de changements importants qu’aurait pu provoquer le nouveau lieu. Où est votre signature ?

Si j’ai accepté la direction artistique de la compagnie, c’est parce que j’en épousais le mandat. Ma priorité est d’assurer la pérennité du répertoire et d’une façon de faire qui marque notre identité depuis plusieurs années. Au fil des saisons, il est clair que ma touche va apparaître. Il y a déjà des signes. Entre autres nouveautés : Mon frère est enceinte (My Pregnant Brother), qui verra quelques représentations données  en version originale anglaise pour créer des liens avec la communauté anglophone ; un projet triennal d’échange avec le Traverse Theatre d’Édimbourg ; une fenêtre ouverte sur la création de Québec ; et six auteurs en résidence plutôt qu’un seul. Un théâtre fort doit avoir une dramaturgie forte.

On a du mal à vous imaginer bâtissant une programmation avec la tête du directeur fondateur, Jean-Denis Leduc (de retour à mi-temps au sein de la compagnie), au-dessus de votre épaule.

J’ai dit à Jean-Denis : « Je n’ai pas besoin d’une belle-mère. » Mais je veux profiter de son expérience, de même que de celle de Philippe Lambert, adjoint à la direction artistique. Il y a des pièces à l’affiche que Jean-Denis n’aurait peut-être pas programmées, qui ont donné lieu à des discussions, mais c’est moi qui ai tranché.

Vous faut-il reconquérir le public que l’itinérance des spectacles pendant le chantier a éparpillé ?

Il a fallu une communication claire : « Ça y est, on est revenus, vous pouvez rentrer à la maison. » Il était important pour moi qu’au retour en nos murs le public — qui nous assurait un taux de remplissage de 98 % à 99 % — reçoive un message de continuité. Pour le préparer par la suite à de petites expérimentations. Rien ne dit qu’un jour je ne ferai pas un laboratoire sur Oncle Vania, de Tchekhov.

Quand Leduc vous a proposé la direction artistique, je rêve ou l’on vous voyait moins au théâtre et à la télé ?

S’il y a des rendez-vous comme acteur que je ne peux rater — Léopold, dans À toi, pour toujours, ta Marie-Lou, c’en était un [au TNM en mai dernier] —, il en est d’autres dont mon ego, déjà rassasié, peut très bien se passer : jouer un quinquagénaire un peu séduisant qui sait porter le veston ! J’accepte un rôle quand il peut avoir une résonance dans mon aventure humaine. Et ces rôles n’abondent pas.

On me voit moins comme comédien depuis que je fais de la mise en scène, acte qui me procure un immense bonheur et me fait terriblement peur. J’ouvre le théâtre en montant Chaque jour — fable métaphorique sur la société québécoise —, dans laquelle un gars lévite littéralement pendant qu’un autre prend le thé. J’aime ce genre de défi ! Des jeunes me disent : « Pour quelqu’un qui a l’air straight, vous avez des idées bizarres. » Je peux manger des toasts dans un téléroman et l’assumer complètement, mais je suis capable de me déculotter et de courir des risques énormes au théâtre.

Une nouvelle ère commence. Tout va bien, donc ?

Un soir, j’ai annoncé à ma blonde : « Chérie, on va gagner 40 % moins d’argent, mais tu vas voir 60 % plus de sourires dans ma face. »

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Chaque jour, de Fanny Britt, du 11 oct. au 19 nov., 514 523-2246. Pro­grammation : www.theatrelalicorne.com

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