Denis Brott, homme de chambre

Il caresse de son archet un instrument qu’il entoure de ses cuisses et qui, de sa voix grave, peut converser avec des partenaires ou parler seul. Soliste acclamé, chambriste recherché, Denis Brott joue avec un violoncelle Tecchler, fabriqué en 1706.

Denis Brott, homme de chambre
Photo : Jocelyn Michel

Le musicien a fait partie du Quatuor à cordes Orford pendant presque 10 ans, enregistré quelque 35 disques compacts, remporté prix et distinctions. Au Conservatoire de musique de Montréal, où il enseigne le… violoncelle, on le sait exigeant, mais attentif et délicat, espiègle et philosophe.

L’artiste s’est longtemps promené à travers le monde ; un jour, il a eu envie de rester un peu dans sa ville natale et de voir ses enfants grandir. Alors, il a fondé le Festival de musique de chambre de Montréal, qui aura 15 ans ce printemps.

Fils de musiciens (Alexander et Lotte Brott), auriez-vous pu envisager une autre carrière : avocat, pilote de course ?

– Nous sommes tous des victimes des circonstances. Nous ne choisissons pas nos parents ni l’environnement dans lequel nous évoluons. La seule façon que j’ai trouvée pour attirer l’attention et l’affection de mes parents fut de m’engager sur le même terrain qu’eux. Mais j’ai pris conscience très tôt que la musique répondait à un besoin plus profond, qu’elle allait devenir une clé pour mieux me comprendre.

Vos quatre enfants ont-ils été les « victimes des mêmes circonstances » ?

– Tous sont passés par un instrument, mais je n’ai décelé chez aucun le talent qui aurait mérité que j’insiste pour qu’ils persistent. Car la musique exige un engagement total.

Justement, quelle est votre définition de la musique ?

– Elle commence là où la parole s’arrête, transcende le langage pour devenir une expérience sensorielle totale, à laquelle tout le monde a accès. Nous vivons présentement un retour aux har­monies après une époque de dis­sonances, on revient à la mélo­die, qui répond à un besoin sociologique de réagir au chaos dans lequel on vit. La musique est un tapis magique qui permet de survoler la vie quotidienne.

Pourquoi avoir choisi, dès les débuts, d’adjoindre un volet jazz au Festival de musique de chambre ?

– Amateur de jazz depuis ma jeunesse, je trouve qu’une petite formation de jazz est l’équivalent d’un ensemble de musique de chambre : pas de chef, pas d’ego, la démocratie. L’idée était aussi d’ouvrir le Fes­tival au plus grand nombre, en associant musique et poèmes, ou projections d’images, ou pièces chorégraphiques.

Il semble que votre souci de démocratisation ait porté ses fruits.

– Il y a 15 ans, le Festival se résumait à trois ou quatre concerts durant une fin de semaine ; aujourd’hui, le programme répartit une vingtaine de concerts sur trois semaines. Depuis quelques années, la station WGBH, de Boston, diffuse nos concerts aux États-Unis, atteignant quelque 5,5 millions d’auditeurs. C’est bon pour les artistes et pour le Festival, mais aussi pour le rayonnement de Montréal. L’an dernier, 13 % de notre public venait expressément dans la métropole pour assister à l’une ou l’autre de nos activités.

Vos programmes mélangent artistes chevronnés et musiciens de la relève.

– Étudiant, j’ai eu la chance de recevoir des leçons de Pablo Casals et l’honneur de jouer à ses côtés ; il avait 92 ans, et moi 19. C’est une expérience qui a marqué ma vie.

À bientôt 60 ans, vous n’avez pas envie de vous focaliser sur votre travail de musicien ?

– Je voudrais ne pas me laisser déconcentrer par des distractions, telle la collecte de fonds. Mais plus de 50 % de notre budget provient de parte­naires privés. Je ne possède aucune formation de gestionnaire, je ne peux offrir que ma sincérité et ma passion pour la musique ; il semble que cela convainque.

 

Le Festival de musique de chambre de Montréal, église St. James du 6 au 29 mai, 514 489-7444 ; billetterie : 514 842-2112.