Denis Côté, le roi des animaux

Dans Bestiaire, de Denis Côté (Les états nordiques, Elle veut le chaos, Curling), pas d’images sensationnalistes, de rut en gros plans, de carnage plein écran, comme on le voit parfois dans les documentaires animaliers. Et surtout pas de commentaires moralistes ou enamourés dits par un acteur, la voix dans la ouate, qui nous explique le pourquoi du comment du ça fait que.

Il se peut donc que cet objet cinématographique de 72 minutes use votre patience : les plans sont longs, la caméra ne virevolte pas, il n’y a pas de musique pour exciter l’ambiance.

Denis Côté a le courage de son audace, de son parti pris : filmer dans un habitat qui ne leur est pas naturel – le Parc Safari, à Hemmingford – le quotidien des zébus, lamas, girafes, autruches, ours noirs, macaques, tigres, etc., en contact avec les soigneurs, les gardiens, le personnel d’entretien. Captés sur deux saisons, hiver et printemps, on voit les animaux à l’intérieur, qui regardent en eux-mêmes, fixant souvent la caméra ; on les voit à l’extérieur, qui regardent l’horizon, ou se donnent en spectacle, désormais habitués à la présence des visiteurs du parc.

Le caractère des bêtes ne met pas de temps à s’exprimer : celle-ci est solitaire, celle-là grégaire ; tiens une coquette, voici un « beauf », une pataude, un curieux… On est au zoo, et pourtant on est chez les hommes. Orgueilleux sous leur ramure ; fragiles ou téméraires ; suiveux de Panurge. En forçant un peu, on les entend parler : d’eux, de nous, de leur condition.

Le film est traversé d’images magnifiques : parfois, on n’aperçoit que des bois, des crinières, des sabots, et tout un monde s’invite dans la tête du spectateur. Ici un rhinocéros prend un bain, là un petit singe reste accroché à son toutou en peluche.

Ce n’est pas un film d’action, quoique ; ce n’est pas un film d’amour, quoique ;  ce n’est pas un film politique, quoique. C’est un film poétique, ça oui. Contemplatif. Métaphorique. Où tout est dit de la résignation des bêtes, de leur instinct, de leur révolte, de leur cohabitation avec les humains.

Vers la fin du film, les visiteurs du Parc Safari, circulant dans un tunnel en verre, apprécient sous tous les angles un lion qui somnole au soleil. Ces gens savent-ils que, pour le félin, ce sont eux les encagés ?

Le film prend l’affiche le vendredi 6 avril.

Laisser un commentaire