Denis Côté, l’étonnant cinéaste qu’on connaît tous… sans le connaître

Combien de ses longs métrages avez-vous vus ? Un, deux ? Avec 14 films au compteur, ce cinéaste s’est pourtant constitué une œuvre à la fois fort diversifiée et divertissante. Voici quels films regarder en premier pour entrer en douceur dans son univers.

Stéphane Cardinale / Getty Images

Notre collaborateur cinéma, Daniel Racine, vous propose de le suivre cet été à la découverte (ou redécouverte) de cinéastes talentueux. Parions qu’il saura vous faire tomber amoureux de l’œuvre de Luc Picard, Anaïs Barbeau-Lavalette, Denis Côté, Alanis Obomsawin et Monia Chokri !

Un été comme ça, le 14e long métrage de Denis Côté, arrivera en salle en août. Ce cinéaste demeure pourtant assez méconnu du grand public québécois, et ce, bien qu’il soit très populaire dans le circuit des festivals de cinéma partout dans le monde. À Berlin, où il compte parmi les habitués, il a déjà concouru quatre fois en compétition officielle et sept fois dans des sections parallèles. Son film Vic + Flo ont vu un ours y a remporté le prix Alfred-Bauer (Ours d’argent de l’innovation) en 2013.

Il y a de multiples raisons de tomber amoureux du travail du réalisateur natif de Perth-Andover, au Nouveau-Brunswick. Denis Côté ne se répète jamais, tentant toujours de nous surprendre comme spectateur avec ses œuvres inclassables. Ses personnages sont des marginaux de leur plein gré, souvent des êtres assez singuliers qui piquent notre curiosité. Cet ancien critique aime profondément le cinéma, s’amusant avec les genres en se les réappropriant tout en intégrant une touche d’humour noir. De plus, il a l’audace d’offrir des rôles atypiques à des comédiens et comédiennes, à leur plus grand bonheur.

Voici cinq films pour découvrir l’œuvre de cet artiste talentueux et original.

Vic + Flo ont vu un ours, de Denis Côté (2013)

Où le voir ? iTunes Store

En vedette : Pierrette Robitaille (Pas d’chicane dans ma cabane !, La passion d’Augustine), Romane Bohringer (Une sirène à Paris, L’accompagnatrice), Marc-André Grondin (Mafia inc., C.R.A.Z.Y.) et plusieurs autres

Ça prenait l’œil affuté de Denis Côté pour offrir à la comédienne Pierrette Robitaille le rôle de Victoria, ex-détenue qui s’installe au fond des bois après avoir passé plusieurs années derrière les barreaux. Vic + Flo ont vu un ours est une œuvre touchante et poignante, qui recèle néanmoins beaucoup d’humour noir grâce aux savoureux dialogues qu’a écrits le cinéaste. Si la menace de « l’ours » est palpable, impossible de prévoir ce qui arrivera à ces deux femmes amoureuses, mais que tout oppose. Romane Bohringer insuffle toute sa fougue à sa Florence, et Marc-André Grondin campe un agent de probation droit et fort sympathique.

Curling, de Denis Côté (2010)

Où le voir ? iTunes Store

En vedette : Emmanuel Bilodeau (la série Toute la vie, La déesse des mouches à feu), Philomène Bilodeau (les séries Cérébrum et Toute la vie), Roc Lafortune (Aline, Boris sans Béatrice) et plusieurs autres

Avec son cinquième long métrage, Denis Côté propose son film le plus accessible. Jean-François Sauvageau, que joue à merveille un Emmanuel Bilodeau méconnaissable, est toutefois son personnage le plus anticonformiste, lui qui ne permet pas à sa fille de 12 ans, Julyvonne, de fréquenter l’école et, en somme, de sortir de la maison. Impossible de ne pas voir aujourd’hui une anticipation de la pandémie actuelle en suivant l’histoire de cet homme qui semble vouloir s’effacer du monde. Magnifique œuvre hivernale truffée de scènes marquantes, Curling a confirmé le talent de Denis Côté pour créer des univers à la fois cohérents et chargés de mystère.

Répertoire des villes disparues, de Denis Côté (2019)

Où le voir ? Boutique Maison4tiers, Crave (abonnement requis), iTunes Store

En vedette : Robert Naylor (Maria Chapdelaine, Le bruit des moteurs), Diane Lavallée (De père en flic 2, La passion d’Augustine), Josée Deschênes (la série 5e rang, La petite reine) et plusieurs autres

En adaptant très librement le roman éponyme de Laurence Olivier, Denis Côté s’entoure pour la première fois de nombreux personnages. Dans le village d’Irénée-les-Neiges, les morts reviennent visiter les vivants, mais nous sommes très loin des zombies assoiffés de sang. Ce film se veut davantage une réflexion sur le dépeuplement des régions et la crainte des étrangers, au sein d’une population qui semble tissée serrée. Probablement l’œuvre la plus politique de Denis Côté, Répertoire des villes disparues bénéficie de la présence du fantastique, qui donne à son constat bien réel sur notre ruralité une résonance plus forte. Saluons la beauté des images tournées en 16 mm par le directeur photo François Messier-Rheault, ajoutant juste assez d’étrangeté à l’ensemble.

Hygiène sociale, de Denis Côté (2021)

Où le voir ? iTunes Store

En vedette : Maxim Gaudette (Confessions, Incendies), Larissa Corriveau (Un été comme ça, Répertoire des villes disparues), Ève Duranceau (Il n’y a pas de faux métier, Elle veut le chaos) et plusieurs autres

Le bien nommé Hygiène sociale deviendra peut-être la référence lorsque l’on pensera aux films sur la distanciation en temps de pandémie. À plusieurs mètres les uns des autres dans de grands champs, les protagonistes clament haut et fort leurs réflexions sur leur vie. Pourtant, Denis Côté avait imaginé ce long métrage très théâtral bien avant mars 2020. Cette comédie en plein air surprend par ses longs plans fixes, où les décors naturels évoluent sous nos yeux ébahis. Nous tombons sous le charme du jeu grandiloquent de Maxim Gaudette et de celles qui gravitent autour de lui, particulièrement Larissa Corriveau, nouvelle muse du cinéaste. Encore une fois, avec son 13e long métrage, Denis Côté se réinvente tout en étant constant dans sa fascinante démarche artistique.

Bestiaire, de Denis Côté (2012)

Où le voir ? The Criterion Channel (abonnement requis), Vimeo

Quand Denis Côté s’est rendu avec son équipe réduite de tournage au Parc Safari, à Hemmingford, il n’avait pas l’intention d’y filmer un documentaire animalier traditionnel. En pointant la caméra sur des bêtes captives, le réalisateur s’amuse à les mettre en scène dans des cadrages plus serrés que leurs enclos, révélant ainsi leur sensibilité et leur nature réelle. La fiction est très présente aussi dans le travail sonore, où l’ingénieux bruitage évoque une menace hors du cadre. Véritable ovni cinématographique, Bestiaire montre toute la créativité dont est capable Denis Côté, avec un très petit budget.