Derrière les histoires de Patrick Senécal

Depuis 30 ans, ce maître de l’horreur sème l’épouvante avec ses romans noirs. Et il lance cette année sa carrière télé, qui s’annonce prometteuse. Entrevue.

Photo : Danila Razykov

C’est sa faute si on ne veut plus éteindre les lumières, le soir venu ! Depuis 30 ans, ses romans noirs sèment l’épouvante, et son dernier-né, Flots (Alire), s’inscrit dans cette lignée. L’aventure scabreuse que Florence, huit ans, relate dans son journal intime possède tous les ingrédients pour vous filer une bonne frousse. En parallèle, l’auteur amorce cette année une carrière télé qui s’annonce prometteuse : Patrick Senécal présente (une exclusivité du Club illico) attire déjà un heureux mélange d’admirateurs et de curieux. Ce grand lecteur à l’imagination vive est véritablement l’incontournable aux histoires pas racontables !

Quel est votre processus d’écriture ?

Pendant des semaines, je pointe mes antennes sur ce qui se produit autour de moi. Dans les dernières années, j’ai adopté une nouvelle technique : je vais marcher. Il m’arrive rarement de revenir d’une longue promenade sans tenir un germe d’histoire. Ensuite, je laisse le temps passer, je n’écris rien. Les idées viennent toutes seules jusqu’à ce que ma tête soit si pleine que je doive faire un plan. Celui-ci est généralement assez court, mais il contient l’essentiel, et surtout la fin. Je ne peux pas commencer à écrire sans la connaître !

Quelle a été la bougie d’allumage de Flots ?

Dans mes premières réflexions, je me suis intéressé au monde des enfants, que je n’avais pas encore exploré. Pour me mettre dans la tête d’un enfant, j’ai choisi le format du journal intime. J’aimais bien le côté maladroit de la plume d’une fillette qui se raconte. J’avais envie de scruter le mal sans que ce soit par l’intermédiaire d’un jeune psychopathe. Je voulais que la petite Florence ressente des émotions, qu’au fil de son histoire — elle grandit dans un milieu difficile, disons-le ainsi —, elle prenne conscience de ce qui se passe.

Quelle place le lecteur prend-il dans votre processus créatif ?

Le succès peut amener ce genre de question : est-ce que j’écris pour quelqu’un qui me lit déjà ou est-ce que j’ai une liberté complète dans le choix des sujets que j’aborde ? J’essaie de me dégager le plus possible de la contrainte de chercher à plaire absolument, mais en même temps, il m’arrive d’écrire une scène et de me dire : « Ah, ils vont aimer ça, c’est sûr ! » J’ai aussi déjà douté en publiant un livre très différent des autres ; les lecteurs allaient-ils être au rendez-vous ? C’est une incertitude qui ne devrait pas devenir une limite.

Quelle est la partie la plus agréable de votre travail ?

Le peaufinage ! Après avoir rédigé un premier jet, je retravaille mon texte, j’ajoute des détails. Je trouve toujours ce « polissage » très intéressant.

La pandémie est présente dans Flots. C’est important pour vous de parler de ce qu’on vit actuellement ?

En fait, j’ai décidé d’intégrer le contexte de la pandémie seulement lors de la deuxième étape, sans en faire l’élément central. J’ai situé l’action de Flots deux semaines avant le premier confinement. Les gens commencent à porter des masques, mais c’est assez léger. Et le père de Florence ne croit pas à tout ça, il est un peu conspirationniste. Je trouvais que ça ajoutait une couche sociale intéressante au roman.

Quel est le meilleur conseil que vous ayez reçu ?

À l’université, j’avais déjà cinq ou six romans dans mes tiroirs (et ils vont y rester !). Je ne voulais pas les retravailler et, à cet âge, je prenais ma paresse pour de l’intégrité. Un de mes professeurs m’a dit : « Tu es un écrivain, mais tu ne réussiras jamais si tu ne travailles pas. » Cela m’a donné le goût de reprendre mon texte et de le peaufiner encore et encore.

Et le pire ?

Au début de ma carrière, on m’a prévenu qu’il n’y avait pas de marché au Québec pour mon type de livres. Ce n’était pas mal intentionné, on voulait probablement m’éviter des déceptions. J’ai quand même persévéré et, plusieurs (20 !) livres plus tard, je pense bien avoir trouvé un public pour les histoires que j’aime écrire.

Quel genre de lecteur êtes-vous ?

Je ne lis pas vite, mais je lis de tout. Dernièrement, je me suis attaqué à la série Fortune de France, de Robert Merle. Je me plonge parfois dans les classiques, comme Dostoïevski. Mon auteur préféré est Zola. Je lis aussi des romans contemporains : j’ai été soufflé par Ténèbre, de Paul Kawczak, une œuvre inclassable qui aborde l’horreur, la philosophie et l’amour. Fascinant.

Et qui sont vos lecteurs ?

Je crois que les femmes sont majoritaires, mais c’est normal puisqu’elles lisent plus que les hommes en général. Ce qui me touche beaucoup, c’est le fait que mon public se renouvelle constamment. Des jeunes me découvrent, tout comme j’ai des lecteurs fidèles depuis le début. À la base, mes romans racontent des histoires. Et qui n’aime pas se faire raconter une bonne histoire ?

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