Des connectés en musique

Dorénavant, plus besoin d’être une star de la pop pour se frayer un chemin vers le succès : du talent, l’art de vendre son art et surtout des qualités de rassembleur de sa collectivité « connectée» font largement l’affaire.

smooth_mc-groove
Smooth McGroove, artiste inconnu du grand public, mais star de milliers d’internautes mélomanes. – Photo : collection privée

Deux mille cinq cents dollars par semaine pour chanter a cappella un classique des jeux vidéos des années 1990 sur YouTube ? On a déjà vu travail moins rémunérateur.

Pourtant, c’est bien le résultat d’une demande massive d’internautes mélomanes faite à un artiste inconnu du grand public, Smooth McGroove. Ce fantasque trentenaire d’Oklahoma City a réussi ce pari un peu fou grâce à la plateforme Patreon, qui permet aux gens de soutenir leurs créateurs favoris à titre de mécènes.

Un dollar de don minimum, et des primes qui évoluent en fonction de la somme versée, comme la possibilité d’influer sur le choix de la prochaine reprise, ou des cours de chant avec le principal intéressé sur Skype. Ce système participatif débouche parfois sur la découverte de niches musicales insoupçonnées.

Car musique et technologie ont accouché d’un nouveau domaine des possibles. Dorénavant, plus besoin d’être une star de la pop pour se frayer un chemin vers le succès : du talent, l’art de vendre son art et surtout des qualités de rassembleur de sa collectivité « connectée » font largement l’affaire.

Se connecter pour mieux faire connaissance, donc. Ce leitmotiv a ouvert des brèches, d’abord chez les poids lourds du disque, qui y voient une source de revenus supplémentaires, mais aussi du côté d’artistes désintéressés, plus enclins à y voir une démarche artistique ou une communication privilégiée avec leurs admirateurs.

Par exemple, Paul McCartney, 72 ans au compteur, vient de rééditer cinq de ses albums en version rematricée sous forme d’applications iPad. De son côté, Björk avait lancé, dès 2011, une application avec l’album Biophilia, comprenant un jeu, des animations et la possibilité de rejouer soi-même certains morceaux.

L’offre pléthorique pour « consommer » la musique a finalement revitalisé toute l’industrie périphérique, avec l’avantage de replacer l’auditeur-utilisateur au centre des débats. De nouvelles formes de communication se déploient maintenant au cœur même des sites officiels des artistes, avec une information plus personnalisée, une ergonomie renforcée, des vidéoclips interactifs ou des webdocumentaires, pour un résultat gagnant-gagnant.

En bon cobaye de ce laboratoire autour de la musique et de ses nouvelles formes d’exploitation, le public en redemande. Autant que de journées à écouter égoïstement ses CD favoris, feuilleter à nouveau le livret à l’intérieur, ou se laisser bercer par son vinyle préféré sur le tourne-disque.

Laisser un commentaire