Des documentaires pour changer les mentalités

Deux documentaires sur la police et les pompières sont à l’affiche du festival Rendez-vous Québec Cinéma. Deux films où il est question d’immersion, de franchise et de #Metoo.

Photo du tournage de Femmes des casernes de Louise Leroux

Parmi les films présentés à l’occasion de la 38e édition des Rendez-Vous Québec Cinéma (RVQC), qui se tiendra du 27 février au 6 mars prochain, on compte 80 premières, dont celles des documentaires Résistance : la police face au mur de Charles Gervais et Femmes des casernes de Louise Leroux. Ces deux points de vue immersifs nous plongent dans le quotidien de deux métiers que nous pensons bien connaître, grâce notamment aux nombreuses fictions que nous consommons depuis l’enfance, soit celui des policiers et des pompières. En réalité, ces films prouvent qu’il est grand temps que ces institutions s’ouvrent davantage au monde dans lequel elles interviennent, et nous spectateurs, d’assouplir notre perception de leur travail, essentiel au maintien de l’ordre et de la protection de nous tous, citoyens et citoyennes.

Quelques semaines après l’excellente série d’articles de la journaliste Caroline Touzin de La Presse + sur le projet Immersion du Service de police de l’agglomération de Longueuil (SPAL), on retrouve Fady Dagher, le nouveau directeur de ce service, au moment où il envisageait de telles initiatives. Pour nous offrir Résistance : la police face au mur, le cinéaste Charles Gervais et son équipe ont suivi le chef de police et ses troupes pendant un an et demi, sur le terrain et en coulisses, lorsqu’ils mettaient en place une vaste structure d’intervention pour lutter contre l’exploitation sexuelle. Gervais connaît bien le milieu policier et l’image que cette profession véhicule, sujet qu’il avait exploré avec brio dans un précédent documentaire, l’intense Police sous surveillance.

Cette fois-ci, se nourrissant du charisme naturel et de l’assurance de Fady Dagher, Gervais nous montre concrètement tous les obstacles que le chef bien intentionné aura à franchir pour faire évoluer les mentalités de ses collègues masculins et féminins. « Quand je parle de changement de culture, ce dont je parle surtout, c’est de mieux outiller mes policiers pour faire face à la nouvelle réalité de leur travail. Moi, comme directeur, ma responsabilité morale c’est de l’équiper, de l’outiller pour bien intervenir. Et là je ne te parle pas de taser, de bâton et de pepper spray. Là je te parle d’une mentalité, d’une approche », affirme M. Dagher face à la caméra. Il faut reconnaître que ses propos et sa franchise tranchent avec les discours préfabriqués des responsables des communications de la police auxquels nous sommes habitués, et ça, le réalisateur a bien su le canaliser, s’en servir pour donner un élan aux autres intervenants qui prennent la parole.

Approche plus empathique et moins formatée

Dans Femmes des casernes, Louise Leroux a elle aussi été au cœur de l’action, caméra à la main, enfilant salopette et casque pour suivre ses protagonistes pompières, recrues et vétéranes. Pendant trois ans, la réalisatrice a consacré des dizaines d’heures au côté de ces femmes courageuses qui doivent surmonter quotidiennement les préjugés de ce milieu très masculin, mais aussi ceux de la population en général. Tout comme Charles Gervais concernant la police, Louise Leroux avait déjà côtoyé l’univers des combattants du feu dans son documentaire Pompiers boréals, auprès des sapeurs-forestiers au nord du Québec. Avec une approche plus empathique et moins formatée que la série Pompier : la relève présentement sur les ondes de V télé (qui suit des jeunes à l’Institut de Protection Contre les Incendies du Québec), Leroux est toujours à hauteur de femmes, du cinéma direct qui capte autant leurs angoisses que leurs accomplissements. Impossible de ne pas tomber sous le charme de ces battantes : la déterminée Justine Forget et l’impressionnante Karine Van de Walle, deux finissantes qui rêvent d’être premières répondantes.

Mais celle qui a pour mission de défaire le mythe selon lequel que les femmes ne sont pas assez fortes pour accomplir le même travail que les hommes, c’est Anik St-Pierre enseignante au programme sécurité incendie du Collège Montmorency. Depuis plus d’une dizaine d’années, cette pompière dont le terrain est une classe, s’efforce à déconstruire les préjugés face à ses étudiants majoritairement ou exclusivement masculins (au moment du tournage, elle ne comptait aucune étudiante dans son département). Louise Leroux a eu la brillante idée de faire entendre autant les clichés d’usage de certains jeunes hommes derrière leur pupitre, entre autres leurs craintes d’avoir une collègue incapable de les sortir d’un édifice en feu, qu’une voix inattendue d’un camarade qui a vu une femme se distinguer en temps réel.

Des témoins de cette vague de changements

Ces deux documentaires arrivent à point, à la suite de la condamnation cette semaine de l’ancien producteur Harvey Weinstein. Ils s’inscrivent dans l’air du temps, du mouvement #MeToo, de cette idée que les comportements déplacés n’ont plus leur place dans notre société. Ces longs métrages sont des témoins importants de cette vague de changements dont nos institutions ont tant de besoin. Le Québec se transforme, les services qui nous protègent doivent eux aussi suivre cette mouvance. Fady Dagher est le premier à reconnaître la rigidité de la structure des services de l’ordre, de la hiérarchie gradée.

Selon lui, le Québec est beaucoup trop influencé par les États-Unis, pays qui pratique la répression de manière spectaculaire, à l’image de leur cinéma hollywoodien. Il ajoute « le problème c’est que l’on ne travaille pas assez en amont. Alors qu’est-ce que l’on fait? On arrive en réaction, tout le temps. Un appel, un char. Un appel, un char. Un appel, un char de police! Ça devient une police sur appel ». Comme ces documentaires le confirment, répondre n’est pas l’unique solution. L’humain doit revenir au centre de toutes leurs interventions, les guider pour choisir entre la force ou la parole, l’échange.

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