Des livres contre la haine

Ville lumière, ville des Lumières, Paris a sa façon bien littéraire de répondre aux actes de terreur et de haine qui voudraient modifier son essence même.

CultureDéjà après les attentats de janvier 2015 contre Charlie Hebdo, les éditions Folio avaient écoulé 120 000 exemplaires du Traité sur la tolérance, de Voltaire. Depuis les attentats du 13 novembre, ce sont des exemplaires de Paris est une fête, d’Ernest Hemingway, qui sont apparus devant le bar Carillon et le Bataclan, au milieu des fleurs et des bougies honorant les victimes de la tuerie. Dans les librairies, les ventes de ce récit autobiographique, célébrant la vie de bohème dans la capitale française durant les années 1920, sont passées de 10 à 1 500 exemplaires par jour, forçant l’éditeur Gallimard, en rupture de stock, à en réimprimer 20 000.

Dans le même esprit de résistance, les éditions du Chêne viennent de publier, en format poche et au petit prix de 2,90 euros, la Déclaration universelle des droits de l’homme, dont les 30 articles sont illustrés par autant d’artistes, de graphistes et d’illustrateurs contemporains. Tiré à 200 000 exemplaires, « ce livre est à mettre entre toutes les mains, il doit circuler en tous lieux, il est pour tous les âges », écrit en préface Fabienne Kriegel, directrice de la maison d’édition. « Il est notre bouclier contre la barbarie. Il est un outil pour lutter contre les idées qui font perdre à certains leur humanité. »

Les éditions Points ne sont pas en reste avec Bienvenue ! 34 auteurs pour les réfugiés, ouvrage collectif illustré sur le thème de l’asile, destiné aux réfugiés et aux migrants. Olivier Adam, Mathias Enard, Alain Mabanckou, Lydie Salvayre, Tahar Ben Jelloun, Marie Darrieussecq, Laurent Gaudé, Régis Jauffret sont parmi les 34 écrivains qui ont collaboré à cet effort « pour diffuser un message de tolérance et d’ouverture ». Tous les bénéfices de ce recueil de témoignages et de courtes fictions, tiré à 40 000 exemplaires et vendu 3 euros, seront versés au Haut-Commissariat des Nations unies pour les réfugiés, lequel œuvre tant en Europe que dans les camps près des zones de conflit.

Paris est une fête, et tout le monde est invité à y participer.

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— La France s’est toujours présentée comme la patrie des droits de l’homme. Mais est-ce bien vrai ?

Suite à la Déclaration universelle des droits de l’homme (1789), les massacres révolutionnaires connus sous le joli nom de « Terreur » ont produit sur les seules Bretagne et Vendée quelques 260 000 morts. Bien que les chiffres exacts soient très difficiles à déterminer sur l’ensemble du territoire français, il est estimé que la révolution française aurait coûté la vie de quelques 520 à 650 000 personnes. Les seules exécutions capitales : la guillotines qui elles ont été comptabilisées comptent à elles seules pour 42 000 personnes dont seulement 17 000 à la suite d’un procès. Les autres ont été exécutés sans autre procédure. Ce qui soit dit en passant ressemble exactement aux méthodes expéditives et bâclées de Daech.

Sous la Terreur certaines personnes ont été mutilées, brulées vives, y compris des femmes et des enfants. De multiples objets, lieux patrimoniaux et religieux ont été incendiés ou détruits. Pas vraiment mieux que l’État Islamique.

Les pertes humaines sous les guerres napoléoniennes, sont les premières de l’histoire du monde à dépasser le million de morts. Guerres révolutionnaires menées au nom de la liberté, des droits de l’homme et du citoyen. D’après l’historien David Gates (spécialiste des guerres napoléoniennes), plus de 900 000 français ont péri dans cette aventure dont près de 400 000 au combat. En prenant en compte les alliés de la France, principalement des polonais, ce sont 1 800 000 personnes qui sont tombées sensément pour les droits de l’homme et du citoyen.

Les droits de l’homme encore — années 40, 50 et 60 — ont été parfaitement bien respectés avec la déportation des juifs, les guerres coloniales tant de l’Indochine, que de l’Algérie et dans divers régions de l’Afrique. Y compris dans des conflits beaucoup récents comme au Tchad.

Comme nous sommes en période des « fêtes », je passerai sur la somme des diverses victimes directes et collatérales de ces différents évènements dans laquelle la patrie des droits de l’homme et du citoyens s’est si bien impliquée, mais disons qu’en matière d’humanisme et de tolérance… on pourrait toujours faire un peu mieux !

Et oui ! Sur une note plus joyeuse, Le livre d’Hemingway : « Paris est une fête » (Titre original : A Moveable Feast) est une petite merveille que j’ai lue pour la première fois voici un peu plus de 40 ans — puis relue depuis –, lorsqu’adolescent je croyais que la France était bel et bien le meilleur modèle au monde en matière du respect de tous les droits humains. La vie est une suite continue de toutes sortes de désillusions.

— Disons que par certains aspects, bien des intégristes musulmans qui sévissent actuellement, ont très bien appris de la France dans laquelle ils sont nés. Notamment au chapitre de la cruauté…. L’ombre du Marquis de Sade, n’est jamais très loin.