Des rues avec des noms d’oiseaux

« Quelle est cette urgence maladive à lessiver nos mémoires ? L’Histoire, cette guidoune, est-elle salissante à ce point ? »

Photo : Daphné Caron

Notre époque est marquée par un nouveau puritanisme qui s’infiltre partout et qui emprunte parfois les sentiers les plus inattendus. Rappelons-nous, cet été, l’épisode du déboulonnage de la statue du général sudiste Robert E. Lee, qui a mené aux événements de Charlottesville, et à une mort. En amont et en aval, plusieurs monuments symboles des confédérés ont été jetés à terre.

Une polémique semblable avait aussi entouré le nom et les statues d’Horatio Nelson, jadis héros national en Angleterre, maintenant synonyme de suprématie blanche et d’esclavage. À New York, le maire Bill de Blasio a voulu éliminer le Christophe Colomb de Columbus Circle, jugé offensant pour les Amérindiens. À Montréal, au La Baie de la rue Sainte-Catherine, on a subito presto retiré une plaque à la mémoire de Jefferson Davis, ex-président des États confédérés.

Au plus fort de la polémique, on a annulé la projection, dans un festival de Memphis, d’Autant en emporte le vent, chef-d’œuvre du cinéma maintenant honni pour esclavagisme patent. On a voulu débaptiser les écoles portant le nom de John A. Macdonald, un salaud du mauvais côté de l’Histoire, comme on a rayé avec fulgurance Claude Jutra un an plus tôt…

Mais quelle est cette urgence maladive à lessiver nos mémoires ? L’Histoire, cette guidoune, est-elle salissante à ce point ?

Il se trouve que régulièrement je relis, pour l’enchantement, un chapitre des Remarquables oubliés, l’œuvre que l’anthropologue Serge Bouchard et sa coauteure Marie-Christine Lévesque ont consacrée à des explorateurs canadiens-français, des coureurs des bois, des femmes fortes, des autochtones polyglottes, qui ont sillonné l’Amérique et dont l’Histoire a oublié de s’embarrasser. Je préfère cette méthode douce et pédagogique ; ramener à la vie des personnages et des pans de notre histoire, plutôt que de déboulonner rageusement. Enrichir, plutôt que de purger.

Car à quoi sert l’Histoire, fondamentalement ? À tisser un fil, coudre une mythologie commune, qui intègre et donne à partager. Si ce fil n’existe plus, on ne peut plus remettre la trame en doute ni l’enrichir de voix et de récits discordants.

L’Histoire sert aussi à ne pas répéter les erreurs du passé. Ainsi, l’esclavage, qui nous apparaît aujourd’hui comme une aberration, mais qui était pratiqué dans les États-Unis du XIXe siècle. À juger nos ancêtres avec nos yeux contemporains, nous sommes dans la morale, pas dans la réparation. L’Histoire et ses marqueurs servent de repères pour voir plus loin.

Autre chose. L’Histoire n’est jamais neutre. Elle est écrite par les vainqueurs, qui ont la fâcheuse tendance à se répandre sur le territoire en statues lénifiantes. L’espace public de toutes les nations est occupé par des monuments à la gloire de personnages qui ont du sang sur les pattes. Parfois, ces gagnants sont aussi paranoïaques et autoritaires, et se mettent à effacer des figures historiques. De Staline à Daech jusqu’aux bien-pensants actuels, c’est le même vertueux combat : éradiquons les mémoires conflictuelles.

Qui va décider de ce qu’est la « vraie » Histoire ? En quel nom ? Selon quels critères ? Les considérations à court terme sont mauvaises conseillères. Certains activistes sont les nouveaux censeurs des démocraties occidentales. Leur hyper morale pétrie de rectitude politique forme un cocktail redoutable. Ajoutons le fait que notre jugement est dicté plus par l’émotivité que par la connaissance historique… Entre la culture de l’offense et le politiquement correct, nos rues seront bientôt abonnées aux reposants noms d’oiseaux du Canada et d’arbres de la forêt tempérée, question de ne pas choquer.

Les symboles — statues, films, œuvres, toponymes — sont là comme rappels. Ils sont datés, ce sont des produits de leur époque. Des appels à faire mieux, à regarder plus loin. Chaque période, et surtout celles de grands changements, de révolutions, se réapproprie ces marqueurs. C’est brutal, mais compréhensible. Qu’on souhaite à ce point faire table rase du passé en période de paix est nouveau.

Le danger est qu’en cette époque moralisante qui est la nôtre on veuille abolir des pans de l’Histoire. Certes, elle n’est pas belle, mais c’est celle qui nous a construits. Résistons à cette folie de radicalisme et de rectitude. Proposons des figures différentes. Enrichissons la mémoire collective. Enseignons plus, apprenons mieux les versions de l’Histoire. Explorons ses interstices méconnus, racontons les épopées des laissés-pour-compte, des perdants, dressons de nouvelles statues pour discuter autour. Lisons les Remarquables oubliés !

Bien plus que l’éradication revancharde, que le militantisme amnésique, ça forme des citoyens curieux, des humanistes.

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29 commentaires
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On ne saurait oublier dans le paysage montréalais, cette polémique qui fait encore rage sur la rue Amherst. Si ce n’est que la preuve scientifique n’est pas faite que le virus de la variole ait pu être actif sur de simples couvertures longuement entreposées avant d’avoir été par la suite redistribuées.

À contrario des coureurs des bois qui ne sont pas passés à l’histoire, lesquels appréciaient les douceurs offertes par les amérindiennes, ces coureurs–là furent tout désignés pour propager la variole dans une population qui n’était pas immunisée. Pas suivant l’ordre d’Amherst autant que je sache.

Mais ça fait toujours bien de montrer d’un doigt accusateur le méchant. Surtout quand le méchant n’est plus parmi les vivants.

Pourquoi du côté de la Rive-Sud avoir effacé le nom de Victoria pour celui de Jean Béliveau ? Tout le monde aimait bien Béliveau, tout le monde comprend qu’il habitait sur la rue Victoria, fallait-il obligatoirement effacer le nom de l’une pour afficher le nom de l’autre ?

Fallait-il faire mourir Champlain une seconde fois (comme certains le voulaient) avec son pont qui porte le même nom ?

Doit-on en effet effacer Amherst pour honorer Pontiac comme normalement il se doit ?

Faut-il effacer le nom de Macdonald et en même temps maintenir le couvercle toujours étanche sur Louis Riel ou Gabriel Dumont ?

Pour ce grand écrivain que fut Léon Tolstoï, nous n’écrivons pas l’histoire. Ce sont des forces supérieures qui en rédigent les pages et auxquelles nous obéissons. Les historiens réécrivent ces pages car nous cherchons toujours un sens et des explications mais au final ce qui façonne les hommes (et les femmes) ce sont les évènements auxquels nous sommes mêlés sans savoir même pourquoi nous y sommes mêlés.

— Godspeed ! Comme plaisait à dire le général Robert E. Lee, ce grand amoureux de la Virginie… lequel aimait ajouter à la veille d’une bataille : « Tout est maintenant entre les mains de Dieu ».

Ce n’est pas pertinent de savoir si les couvertures infectées de la variole avaient été efficaces. Ce que l’histoire regarde c’est le fait que le général Amherst ait délibérément utilisé ce qu’il croyait être une arme bactériologique pour anéantir un groupe autochtone. L’histoire regarde l’intention derrière le geste. Amherst a commis ce qu’aujourd’hui on considère comme un crime de guerre et un crime contre l’humanité et les statues ne sont pas des vaches sacrées: on peut les remplacer quand on se rend compte que le héros en question est en fait un zéro.

@ NPierre,

Désolé de devoir vous contredire, puisque la polémique relative à la rue Amherst remonte à 2009. Elle est basée sur une rumeur, attribuée à Amherst sur la distribution soi-disant de couvertures contaminées aux Amérindiens.

L’argument est fondé sur un livre publié en 1981 et intitulé : « Atlas of the North American Indian » par Carl Waldman ; qui d’ailleurs n’est pas historien. Aucun historien sérieux n’a jusqu’à présent pleinement avalisé ces allégations.

Comme nous n’avons pour seules références que celles de Waldman, nous savons qu’il fait mention de trois lettres attribuées au colonel Henry Bouquet adressées au général Amherst. Comme il n’y a pas d’accusé réception, on ne sait même pas si le général Amherst les a lues. Il appert très clairement que l’idée de contaminer les Amérindiens de Pontiac avec des couvertures souillées — tribus contre qui l’armée Nord-américaine était en guerre -, que cela revient au colonel Bouquet et à nul autre que lui-même.

Il n’y a pas de réponse connue d’Amherst au colonel Bouquet à ce sujet ; aucun rapport n’a été produit quant à une quelconque distribution de ces couvertures et autres mouchoirs de poche qui aient jamais été faites aux indiens.

La correspondance d’Amherst au cours de cette période a été conservée. Amherst exprime très clairement auprès d’autres personnes (notamment le député George Croghan) de son intention d’en finir avec les Amérindiens. Si ce n’est que cette rhétorique est propre à tous les officiels de cette époque à l’égard des autochtones. Elle a été reprise par nombre d’autres en Amérique par la suite.

En revanche en date du 23 juin 1763, il est avéré que le capitaine Lecuyer qui était en poste à Fort Pitt, demande des renforts à son supérieur hiérarchique le colonel Bouquet en raison d’une épidémie de variole qui sévit sur le Fort à ce moment-là.

Il est donc parfaitement clair, qu’il y avait une épidémie de variole dans la région et donc nul besoin de couverture de quelque ordre que ce soit pour qu’il y ait contamination. Il y a d’autres véhicules pour transférer des virus, ne serait-ce que des petits rongeurs, des insectes et des oiseaux ou des personnes porteuses de ces affections.

Donc pour moi — contrairement à vous -, c’est très pertinent de savoir si ce sont des couvertures oui ou non qui ont été à l’origine de cette épidémie, si ces couvertures ont été distribuées oui ou non et si c’est bien le général Amherst qui aurait donné l’ordre de cette distribution oui ou non.

Donc à preuve du contraire, vos propos sont stupides puisqu’ils relèvent du « ouï-dire » ; ils signifieraient s’il fallait en faire cas — puisque la nature de vos propos devrait faire jurisprudence -, qu’on peut accuser qui on veut, comme on veut, de quelque façon que ce soit au nom de la liberté d’expression pour conférer à une majorité le droit de tuer qui elle veut, quand elle veut et comme bon lui semble de toutes les façons.

Le droit de la guerre n’existait pas au 18ième siècle comme il existe depuis la fin de la Première guerre mondiale. S’il fallait clouer au pilori toutes celles et ceux qui de diverses façons ont contrevenus au droit de la guerre depuis cent ans. Il faudrait faire du monde un tribunal permanent. La notion juridique de « crime de guerre » ne remonte qu’à 1998 et n’est entrée en vigueur qu’en 2002. Pourquoi vouloir faire d’un seul homme un exemple rétroactivement ?

Scalper une personne sans défense que vous avez tuée ou que vous êtes sur le point de tuer, cela constitue aussi un crime contre l’humanité soi-dit en passant.

C’est avec des arguments déconnectés comme les vôtres, sur la base de mensonges et de contre-vérités qu’on peut estimer que des génocides comme ceux perpétrés au Rwanda étaient en cette occurrence parfaitement justifiés. Qui peut prétendre que des Tutsis n’avaient absolument rien à se reprocher tandis que les Hutus forment bel et bien une majorité et qu’ils ont des droits dont ils pourraient avoir été spoliés ?

Je considère qu’il faut toujours juger les gens d’une époque à la lumière de qui constituait le bagage culturel et social de leur epoque et non de la nôtre. Mon père était un brin raciste lorsqu’il parlait des « nègres » et des juifs. Il croyait que les femmes étaient les « auxiliaires » de leur mari. Comment pourrais-lui reprocher. Il était de son époque. Je hais cette epoque mais j’aimais mon père. Je n’ai pas brulé ses photos.

Dans le monde entier, Jean Béliveau est associé au Bleu-Blanc-Rouge, au Capitaine, au 4, aux Molson. Plus CH que Béliveau ca ne se peut pas.
Nommer une place en son nom en face du Centre Vidéotron sous prétexte qu’il a joué au Colisée d’à-coté entre 1950 et 1953, c’est fort en ti-péché

Mais quel mépris pour les gens d’ à côté !! La grande majorité des joueurs du » CH » comme vous dites proviennent des régions et ce sont eux qui ont fait la gloire et les 25 coupes Stanley du canadien ! Alors avec votre petit nombril soyez humble!

Donald Trump a indiqué la voie: « extreme vetting ». Avant de gratifier un parc, une rue, un monument d’un nom de personnage public, les responsables de la toponymie se doivent de scruter sans ménagement et sans états d’âme les faits et gestes de la personne qu’on veut honorer. Il faut éviter qu’un psychodrame socialement traumatisant ne survienne dans nos communautés. On débaptise et déboulonne pour des raisons « d’hygiène politique ou morale ». Cela devrait être évité. Les responsables de la toponymie ont une responsabilité bien plus importante qu’ils ne le pensent.

Faudrait-il débaptiser toutes les rues portant des noms d’oiseaux (et celles portant des noms d’arbres) afin de les rebaptiser avec des noms de personnages historiques (au risque d’honorer des salauds)? Il y a des municipalités où le travail toponymique à faire serait alors immense.

Personnellement, je suis d’accord avec presque tout votre texte. Par ailleurs, je ne serais pas fâché de voir disparaître à Montréal des noms de rues comme Amherst, Drummond, Wolfe et plusieurs autres. Y-a-t-il beaucoup de personnes pour pleurer la disparition de la rue Craig ? Imagine-t-on une rue Hitler en Europe ? Les connotations sociales, historiques et autres existent toujours ! Rappelons-nous le boulevard Dorchester ! Combien de personnes pourraient expliquer que le nom
persiste dans l’ouest de Montréal et que dans l’est c’est René-Lévesque ?

Je sens ici un petit fumet d’anglophobie. Est-ce que je me trompe?

Montréal a été façonnée par 4 nations dont les emblèmes floraux sont fièrement affichés sur son drapeau et votre rancoeur envers l’Anglais n’y pourra rien. Vous ne referez jamais l’histoire.

Pour ce qui est du boulevard René-Lévesque, j’ai toujours été légèrement perplexe devant cet emblème plutôt questionnable; surtout à la lumière de la façon perfide dont il a été traité par son propre conseil des ministres lors de son deuxième mandat, abandonné qu’il a été par presque tous ses ministres majors dont Parizeau.

De plus, il y a quelques zones d’ombres dans sa vie personnelle et privée qui ont déjà été abordées dans sa biographie et que l’on a préféré exclure de l’étude toponymique.

L’article de Marie France Bazzo m’attirée parce que j’habite sur une rue au nom de l’Épervier et que je suis fière de mon quartier qui rend ainsi hommage à la gent ailée.
Je suis d’accord Marie-France. Il s’agit d’enrichir l’histoire. C’est pourquoi il est bon de parler aussi de ceux et de celles qui l’ont construites sans être reconnus et dans l’ombre, avec leurs qualités et leurs défauts.
Une suggestion aux responsables de la toponymie – il serait bon d’ajouter quelque part une note disant la raison du choix du nom de cette personne, le type de service rendu et une date pour la situer dans l’histoire. Par exemple, Madame Untel, conseillère municipale, ville de Gatineau à telle date.

Entièrement d’ accord avec vous Mme Bazzo! Votre réflexion représente la pensée de plusieurs contemporains qui ont appris l’ histoire à l’ école et qui se sont fait une idée avec l’ ensemble de ces écrits! Prenons l’ exemple du Canada : il y a l’ histoire écrite par les canadiens français, celle écrite par les Canadiens anglais et maintenant nous avons l’ histoire réécrite par les autochtones . Finalement nous ne pouvons nous entendre sur les faits et produire une histoire que l’ on pourrait enseigner à nos jeunes; donc résultat le peuple canadien est un peuple sans histoire et en plus sans identité !!!!!

Effectivement, l’histoire est souvent colorée par la perception des vainqueurs et de ceux qui dominent. Chaque peuple a sa mythologie historique, sa trame (la bataille des Plaines d’Abraham est une libération pour les anglos, un désastre pour les francos), mais ce n’est pas nécessairement de l’Histoire avec un grand H. On tend maintenant à être plus objectif en matière d’histoire mais ce n’est pas toujours facile. Oui, les choses ont changé et les gens dans le passé croyaient bien faire: exemple, les pensionnats autochtones qui, nous le savons aujourd’hui, faisaient partie d’un génocide perpétré par les gouvernements envers les peuples autochtones. L’enfer est pavé de bonnes intentions et quand on se rend compte que les gestes des gens du passé étaient en fait criminels, on a le droit de réagir. En Allemagne, Hitler fut un héros et son portrait se trouvait partout… maintenant les Allemands l’ont éradiqué de leur espace public et privé.

Autre exemple, l’esclavage. Le texte parle de ce qui se passait aux ÉU mais on sait que cela se passait aussi au Canada, en particulier en Nouvelle-France et les Français étaient de grands esclavagistes. Même si c’était acceptable à l’époque, on ne peut garder le statuaire des esclavagistes: les statues ce ne sont pas des vaches sacrées et on ne peut continuer à glorifier les erreurs du passé.

Enfin l’histoire est un bien mauvais enseignant. On pensait en 1918 que ce serait la der des der, la dernière grande guerre. On n’a rien compris et 20 ans plus tard on recommençait… Aujourd’hui nous avons 2 bouffons extrêmement dangereux, Trump et Un, qui peuvent nous plonger dans un désastre nucléaire et on fait quoi? Si on veut apprendre des erreurs du passé, il faudrait commencer par ne pas les glorifier.

@ NPierre,

« (…) maintenant les Allemands [parlant d’Hitler] l’ont éradiqué de leur espace public et privé » (sic) — Faux, il est encore dans l’espace privé et pas seulement en Allemagne. Mein Kampf, l’œuvre emblématique d’Adolph Hitler est désormais publiée à nouveau et en vente libre dans toutes les bonnes librairies.

« (…) et on fait quoi? » (sic) — Eh bien c’est très simple : on commence d’abord par étudier l’histoire avec des historiens reconnus, avant que de n’échafauder des propos que sur des « racontars » passablement avariés ou édulcorés….

Pour en savoir un peu plus sur le Canada, vous pourriez commencer par : « Canada.Québec , 1534-2010 » par Jacques Lacoursière, Jean Provencher et Denis Vaugeois.

NPierre;
certes, il ne faut pas glorifier l’absurde tels les Trump et les Hitler de ce monde par des statues et des plaques commémoratives, mais il ne faut surtout pas les plonger dans l’oubli, car ainsi, nous risquons de mettre en pratique un adage pas très salutaire qui dit : « La vie est un perpétuel recommencement », et cela vaut autant pour les gestes glorieux que pour les calamités. Corriger l’histoire sur des faits avérés, oui, l’effacer… non.

Quel bel article. Enfin quelqu’un qui n’a pas peur de dire les vraies choses. Que vous êtes rafraîchissante en cette ère de »politicaly correct » où les Québécois de souche doivent s’oublier devant les nouveaux arrivants et mettre de coté tout ce pourquoi nous avons travaillé et acquis. Et il faut comprendre que je suis pour l’accueil des nouveaux arrivants mais dans le respect de celles et ceux qui y sont déjà. Pour terminer je vous dis chère Marie-France que vous nous manquer au petit écran….nous nous ennuyons de VOUS.

Si on veut apprendre des erreurs du passé, il faut le mieux connaître. Ce n’est pas en effaçant des noms que cela se fera, car comment tirer des leçons et les partager avec nos descendants si on efface toutes les références offensantes? Il ne s’agit pas de faire le procès de toutes les personnalités historiques. Si au lendemain de la seconde guerre mondiale, le nom d’Hitler et de tous les sbires qui l’ont suivi avait été éradiqué des livres, de même que tous leurs »faits d’Armes » incluant le génocide juif, de la même manière que la Turquie a effacé de ses registres le génocide arméniens au début du siècle dernier? Négation des faits car il n’y a plus de témoins. Sans repères historiques, comment appréhender l’histoire du monde et comprendre comment la nôtre s’y intègre? Les dits repères ne devraient pas être épurés, nettoyés de tous ce qui peut agacer les puritains de notre époque. L’histoire ce n’est pas un café équitable décaféiné édulcoré aux arôme de noisettes avec un collet de mousse et une pincée de cannelle, mais bien un mélange riche, tantôt doux, tantôt amer, âpre ou rude… Ce n’est pas l’histoire qui est un mauvais enseignant, mais plutôt les peuples qui ont la mémoire courte. Concernant Trump et Un, ils s’auto-glorifient. En Corée du Nord vous ne pouvez contredire le petit homme qu’au risque de votre vie, aux États-Unis c’est votre emploi et votre réputation que vous y perdrez.
Effacez l’histoire c’est manipuler la mémoire, pour quelles fins?

Je suis enseignante d’histoire. Premièrement, je ne considère pas que je « lessive » l’histoire du Canada lorsque j’aborde les côtés sombres d’un personnage historique tel John A. Macdonald. J’apporte des nuances à l’histoire qu’on nous enseigne depuis des décennies. Cette histoire qui a été écrite par des hommes blancs d’une autre époque, moi, la jeune femme que je suis, je ne peux m’empêcher de l’aborder sous des angles différents. Je ne réinvente pas notre histoire, je braque plutôt les projecteurs sur des éléments véridiques qui ont été volontairement cachés ou peu montrés. Pourquoi? Pour que mes jeunes élèves connaissent les faits historiques et soient sensibilisés aux problèmes sociaux qui ont façonné notre Canada.

Deuxièmement, nous interprétons des faits historiques et des comportements humains à partir de nos valeurs actuelles. Cependant, certaines valeurs sont fondamentales, telle l’égalité de tous les êtres humains, et on ne peut aujourd’hui tolérer que des comportements inacceptables aient eu lieu dans le passé sous prétexte que c’était à une autre époque, dans un autre contexte. Ainsi, l’esclavage, la destruction des peuples autochtones et les génocides sont totalement inacceptables. Qui oserait utiliser le nom d’Adolf Hitler pour honorer un lieu ou un bâtiment public? Pourtant, ce personnage historique est un incontournable. Nous en parlons en classe. Nous ne l’effaçons pas de l’histoire, mais tous (ou presque) s’entendent pour dire qu’il est responsable d’actes totalement odieux. Il devrait en être de même avec des personnages qui sont responsables de l’extermination ou de l’exploitation d’autres humains, tels John A. Macdonald et Christophe Colomb, pour ne nommer que ceux-là. Parlons-en, mais n’utilisons pas leur nom pour baptiser quoi que ce soit.

Finalement, l’histoire, comme toutes les autres sciences, est loin d’être figée et continue d’évoluer grâce à de nouvelles découvertes et de nouvelles analyses. Nous ne pouvons nous contenter de lire l’histoire telle qu’elle fut écrite dans le passé. De plus, une des compétences fondamentales à développer, en classe et en société, est l’esprit critique. Ainsi, il est tout à fait sain et pertinent de remettre en question les noms que nous utilisons pour honorer nos lieux et nos bâtiments canadiens et québécois; il est tout aussi sain et pertinent d’effectuer des changements de noms pour promouvoir l’égalité, le respect et la justice.

Mme Catherine Miron, je décèle une légère confusion dans votre exposé. Ce que vous dites: « Ainsi, il est tout à fait sain et pertinent de remettre en question les noms que nous utilisons pour honorer nos lieux et nos bâtiments canadiens et québécois; il est tout aussi sain et pertinent d’effectuer des changements de noms pour promouvoir l’égalité, le respect et la justice. » c’est justement ça « lessiver l’histoire ».
Vous semblez justement juger avec vos yeux d’aujourd’hui les événements d’hier. Quand j’avais 15 ans, on disait « c’est un nègre » parce que c’est ce mot là qui était courant et ce n’était pas du racisme. Ça l’est devenu un peu plus tard et c’est bien correct comme ça. Faut-il pour autant dénigrer cette époque parce qu’aujourd’hui ce mot est devenu tabou. Ça reviendrait à dire qu’il faut effacer toute l’histoire et repartir à zéro. Ainsi, en ne connaissant plus notre passé, je vous assure que nous commettrions les mêmes maudites erreurs et peut-être même pire. Alors à vous de choisir, mais pensez à ceci: votre façon de penser et d’agir aujourd’hui sera jugée demain; voudrez-vous qu’on vous efface vous aussi ?

Voilà l’amplitude que permet la perspective sociologique à ceux qui la maîtrisent. Bravo et merci.

Encore une fois bien dit Madame Bazzo.
Autre réflexion. Il est facile aujourd’hui de pointer du doigt Amherst et tous les autres gagnant de l’histoire puisqu’ils ont écrit l’histoire. Quand est t’il des perdants, des battues pour être respectueux ? Pontiac et les autres auraient’ ils été sans reproches?
Et si les autochtones avaient réussi à établir des états non -colonisé par les européens? Auraient t’ils eux établies des état-nations sans reproche dignes des chartes et liberté de notre époque ici en occident? Auraient ils été écolo bio sans reproches?
Maintenant regardez les gagnant historique du moyens -orient.
Laissez moi rire.

La montée d’Adolph Hitler est essentiellement due à trois évènements, le premier est un peu anecdotique et amusant. C’est le fait qu’Hitler a échoué le concours d’entrée à l’École des beaux-Arts de Vienne, lorsque le jury lui a préféré un artiste juif du nom d’Egon Schiele qui était le protégé d’un autre artiste juif : Gustav Klimt.

C’est ce qui explique en partie cette haine du juif qu’a nourri Hitler à leur encontre. Pourtant, il est indéniable qu’Hitler avait un certain talent. Probablement son succès aux Beaux-Arts lui aurait conféré une toute autre destinée.

Le second évènement qui contribue à la monté du national-socialisme à l’intérieur de cette mouvance dans laquelle se trouve le jeune Hitler au lendemain de la Première guerre mondiale. C’est la signature du Traité de Versailles le 28 juin 1919 qui humilie l’Allemagne et impose des dommages de guerre qui seront par la suite considérés comme insoutenables pour ce pays déjà affaibli par la guerre.

Le troisième évènement qui favorise l’accession au pouvoir d’Hitler et donc des nazis, c’est la crise économique de 1929 qui prive pratiquement l’Allemagne de tous accès au crédit et aux capitaux. Le premier bailleur de fonds des Allemands, c’était les États-Unis qui ne peuvent plus soutenir de prêts en raison du « Krach de Wall-Street » du 29 octobre.

On pourrait ajouter un quatrième point : La SDN (Société des Nations) qui s’avère ne pas disposer des moyens indispensables à l’accomplissement de sa mission. Il faudra attendre Lester B. Pearson, pour voir les premiers Casques Bleus (sous l’égide de l’ONU) déployés sur le terrain. Un sujet d’ailleurs d’actualité en ce moment.

On aurait pu peut-être empêcher ou contenir l’invasion de l’ex-Prusse orientale (confisquée aux Allemands par le Traité de Versailles) par l’armée d’Hitler, ce qui mettait en péril la souveraineté de la Pologne notamment.

Ainsi l’histoire façonne les gens au fil et au cours des évènements. La question est donc de savoir jusqu’à quel point nous aurions en tant qu’espèce une grande importance pour influer ce cours positivement ou si les choses sont ainsi faites que nous les subissons.

Deux petites questions en passant : De quels pouvoirs disposons-nous pour réduire l’élévation de la température du globe terrestre actuellement ? Pourquoi n’avons-nous pas le pouvoir au Canada de mettre un terme à tous investissements dans les énergies fossiles ?

Pourtant, c’est probablement l’histoire de ces 100 prochaines années qui est en train de s’écrire en ce moment. Faudra-t-il pour autant dans 150 ou 200 ans débaptiser les rues ou les places nommées en l’honneur de Stephen Harper ou de Justin Trudeau pour leur immobilisme sur ces questions ? Est-ce qu’on s’en tire seulement avec de la promotion ?

Assez d’accord avec l’article, quoique la référence aux noms d’oiseaux, comme l’ultime expression de la neutralité ou de la rectitude politique m’agace, même si je la comprends. Il devrait y avoir de la place sur nos pancartes pour des personnages marquants, mais aussi pour des références aux autres habitants ou éléments du vaisseau Terre sur lequel nous navigons tous et sur lequel nous allons peut-être nous abîmer, sans doute par inconscience. Rien contre une rue des Loutres ) s’il y en avait là, un boulevard de la Baie, une allée des Ormes, une avenue des Tourmalines, si ça a rapport au lieu, actuel ou passé. Parce que bon nombre d’oieaux risquent aussi d’appartenir à l’histoire un jour, si nous continuons d’exacerber notre anthrop0centrisme !

J’ai grandement apprécié votre article. Il m’a rappelé une maxime écrite sur une murale à la sortie d’une présentation vidéo au camp de concentration de Dashau près de Munich en
Allemagne: »Qui ne peut se souvenir du passé,se condamne à le
revivre.. »