Des suggestions de livres pour un été tout léger

Pour les après-midis paresseux où le petit doigt ne se lève que pour tourner des pages, une pile de bouquins fantaisistes comme la brise, à effeuiller nez au vent et sourire aux lèvres.

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ODYSSÉE DE PLASTIQUE

Il reste si peu de terres inexplorées sur notre planète qu’il est difficile de résister à l’envie d’embarquer sur un cargo clandestin et de découvrir ce qu’on appelle le huitième continent : le vortex de plastique où se ramassent tous les déchets flottants de l’océan Pacifique. C’est ainsi que l’héroïne du roman de Marie-Pascale Huglo quitte la misère de son île natale et rejoint une colonie de scientifiques venus étudier le phénomène. De déconfitures en désillusions, cette digne héritière d’Ulysse devra poursuivre son odyssée sous d’autres cieux avant d’entreprendre le voyage de loin le plus déroutant : celui du retour à la maison. Un très plaisant dépaysement.

(La fille d’Ulysse, par Marie-Pascale Huglo, Leméac, 216 p.)

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AGENDA HISTORICO-CULTUREL

Soirée littéraire au château Ramezay, projection de films muets au Ouimetoscope, spectacles au Théâtre des nouveautés, procession de délégués épiscopaux durant le congrès eucharistique, diffusion d’opérettes à la radio, concert au salon du pianiste Alfred Laliberté, dîner au restaurant du magasin Eaton, ouverture du Musée des beaux-arts, lancement de La Revue moderne, audiences de la commission d’enquête sur la prostitution et les maisons de jeu… Une quinzaine de spécialistes se sont glissés dans la peau de journalistes d’époque pour recréer, sous forme de chroniques, un panorama de la vie culturelle à Montréal au début du XXe siècle. Un coup d’œil très divertissant à l’agenda de nos ancêtres.

(De la belle époque à la crise : Chroniques de la vie culturelle à Montréal, sous la direction de Denis Saint-Jacques et Marie-José Des Rivières, Nota Bene, 330 p.)

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CUPIDON CANIN

Les faits divers abondent d’histoires de chiens perdus qui parcourent des kilomètres pour retrouver leur maître. Jules, lui, en fait beaucoup plus. Ancien chien-guide d’Alice, une aveugle qui a recouvré la vue après une greffe de cornée, il est si malheureux sans elle qu’il part à sa recherche en train avec Zibal, vendeur de macarons à l’aéroport d’Orly et brillant scientifique à ses heures. D’imbroglios en quiproquos, de chassés-croisés en malentendus, Didier van Cauwelaert s’en donne à cœur joie dans cette essoufflante comédie des erreurs qui finira en beauté sur la plage de Deauville.

(Jules, par Didier van Cauwelaert, Albin Michel, 288 p.)

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PROMENADES À FLORENCE

Récit de quatre années passées à Florence, Je cherche l’Italie est une quête de sens et de beauté alors que la crise économique et les frasques de Berlusconi secouent le pays. L’écrivain se demande ici pourquoi « les Italiens demeurent si étrangement passifs » devant la corruption, mais aussi devant le sacrifice inutile de milliers de réfugiés africains au large de Lampedusa. L’art de la Renaissance peut-il encore nous aider à échapper à la faillite morale du libéralisme ? Des questions essentielles, éclairées par « le flot de lumière » des œuvres de Dante et de Michel-Ange.

(Je cherche l’Italie, par Yannick Haenel, Gallimard, 210 p.)

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PATERNITÉ RAISONNÉE

Le théorème du homard, qui mettait en vedette un généticien atteint du syndrome d’Asperger, a connu un succès inespéré : Bill Gates en a fait son livre de chevet, et le héros du roman, Don Tillman, a eu droit à son propre compte Twitter. On retrouve ce maniaque de l’organisation et champion des impairs dans Le théorème de la cigogne alors qu’il est marié et sur le point de devenir père — une responsabilité pour laquelle il se prépare en assistant à la naissance… d’un veau. Dans cette suite pleine de fraîcheur, l’auteur australien Graeme Simsion réussit encore à éveiller notre empathie envers un personnage incapable d’en ressentir lui-même. Une formule pas évidente, mais gagnante.

(Le théorème de la cigogne, par Graeme Simsion, NiL, 504 p.)

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RATÉS SYMPATHIQUES

Un prêtre impie qui se goinfre de chocolat et joue au cube Rubik en plein confessionnal, un peintre sans talent reconverti en marchand de faux tableaux… Il n’y a pas à dire, les trois frères Friedland n’ont pas rempli leurs promesses. Leurs mensonges ahurissants sont, pour l’écrivain allemand Daniel Kehlmann, une façon de prouver par l’absurde comment nos sociétés modernes camouflent la médiocrité derrière un rideau d’impostures. Sa démonstration, quelque peu pessimiste, n’en est pas moins hilarante.

(Les Friedland, par Daniel Kehlmann, Actes Sud, 304 p.)

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TOUR DE VIRILITÉ

Dans l’histoire du charlatanisme, John Romulus Brinkley occupe une place de choix. Armé d’un faux diplôme de médecin, il fit fortune dans les années 1920 avec son douteux traitement contre l’impuissance, qui impliquait la transplantation dans le scrotum de gonades de bouc. Poursuivi par les autorités américaines, il se réfugia au Mexique, où il fit construire la plus puissante tour radio au monde pour attirer la clientèle. Robert Hough imagine, avec une drôlerie irrésistible, comment la vie des habitants de Corazón de la Fuente fut chamboulée par ce symbole phallique — et manqua dépérir dans l’ombre qu’il projetait.

(La tour du docteur Brinkley, par Robert Hough, Marchand de feuilles, 456 p.)

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MIROIRS DÉFORMANTS

Si Woody Allen était né en Russie et avait émigré à New York à l’âge de sept ans, reniant du coup son idole Lénine pour tenter en vain de devenir un bon petit républicain, son autobiographie ressemblerait à celle de l’écrivain Gary Shteyngart. Avec le même sens de l’autodépréciation qui a fait la gloire du cinéaste, ce grand satiriste juif raconte ses jeunes années par le truchement d’une série de miroirs déformants : il grossit ses tares physiques et ses névroses, étire la liste de ses échecs et de ses humiliations, ridiculise ses tentatives de séduction. Son portrait, paradoxalement, est criant d’authenticité.

(Mémoires d’un bon à rien, par Gary Shteyngart, L’Olivier, 400 p.)

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CAP SUR L’ORATOIRE

Matthew Quick s’est fait un nom quand le film tiré de son roman The Silver Lining Playbook (Le bon côté des choses) a récolté sept nominations aux oscars, en 2013. Son tout récent, Saisis ta chance, Bartholomew Neil (qui aura aussi droit à son adaptation hollywoodienne), réunit quatre mésadaptés socioaffectifs en deuil et les fait monter dans une voiture de location pour une sorte de pèlerinage déjanté à l’oratoire Saint-Joseph, à Montréal, et au sanctuaire des chats errants de la colline du Parlement, à Ottawa. La description de ces lieux familiers est, pour une fois, fidèle à la réalité, et la scène devant le cœur du frère André mérite à elle seule un grand détour.

(Saisis ta chance, Bartholomew Neil, par Matthew Quick, Préludes, 360 p.)

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