Dessine-moi un Godbout

L’idée ne manquait pas d’originalité : raconter des pans de son existence à partir des véhicules qui ont marqué sa vie. Voici des extraits de l’Autos biographie de Jacques Godbout, un ouvrage délicieux et magnifiquement illustré par Rémy Simard. (Avec l’aimable autorisation des éditions Les 400 coups.)

berceau godbout

« Dès les premières neiges de 1934, Mariette m’installa sous des monceaux de couvertures de laine, dans le landau anglais qu’elle laissait sur le balcon par des froids sibériens. C’est un miracle que je ne sois pas mort congelé dans cet habitacle, mon premier véhicule tout-terrain. »

voiture godbout

« Djodo me prenait sur ses genoux, me confiait le volant en bois précieux. Je devenais le chauffeur d’une luxueuse berline, quatre portières, deux strapontins, sept places. J’assumais ma tâche, avec tout le sérieux que peut mettre un garçon de cinq ans, en évitant les ornières, suivant avec attention les courbes de la route. Djodo conservait un pied sur l’accélérateur et l’autre sur le frein sans mot dire. J’appuyais ma tête sur sa poitrine, je goûtais la sécurité affective que mon père, janséniste anxieux, me refusait. »

tracteur godbout

« Le soir venu, nous avons vaincu la nature. Abandonnant avec regret le tracteur, je rentre crevé à Montréal; je sens que mon père est fier de moi. Même s’il sait que je ne serai jamais cultivateur, il est rassuré, je saurai me conduire dans la vie comme j’ai conduit le Ford. »

pouce- godbout

« Combien de voitures de Montréal à Jacksonville? Quatre ou cinq par jour, toutes américaines, évidemment, des chauffeurs sympas, intéressés par nos origines, notre accent, notre but : Mexico. La nuit, personne ne s’arrêtait, nous dormions dans les champs de maïs ou de melons au bord des routes. Le melon fait un bon oreiller. »

farine godbout

« Pendant qu’Andé tentait de déjouer la circulation, chemin de la Côte-Ste-Catherine, je fouillais des yeux trottoirs et parterres à la recherche d’inspiration. J’étais tenu d’écrire quotidiennement deux minutes de » dialogues » pour un radio-roman à propos des qualités de la farine Five Roses. […] J’écrivais tout ce qui me passait par la tête à condition de trouver une chute qui évoquait la pâte à tarte, les gâteaux légers, les biscuits de Noël ou toute recette justifiant de recommander la farine » préférée des ménagères « . »

coccinelle godbout

« Nadeau dégotte rapidement un local et je respecte mon contrat : en quelques jours, utilisant ma vieille Coccinelle qui est désormais la voiture de ma femme, j’empile des caisses de livres [ …]. Pourquoi est-ce que j’utilise la Coccinelle? Peut-être parce que le siège arrière bascule et que cela me permet de transporter plusieurs boîtes à la fois. Mais surtout, dois-je l’avouer, parce que je me sens plus à l’aise de descendre à Saint-Henri dans une automobile de prolétaire plutôt que dans mon américaine. »

visage godbout

« Gérald Godin était maintenant ministre dans le gouvernement de René Lévesque. Il avait réalisé un passage réussi entre le poétique et le politique. (…) Je lui avais fait signer une promesse d’élection : il s’engageait à me confier les travaux de voirie de la province s’il était élu. C’est dire à quel point nous ne pensions jamais, ni lui ni moi, qu’il serait député. »

amerindien godbout

« Ce soir-là, au coucher du soleil, avec une équipe qui commençait à douter de ma santé mentale, nous avons roulé dans un champ jusqu’à l’orée d’un bois dont les arbres poussaient en Allemagne et les branches en Belgique. [ …] Abandonnant la Citroën, nous sommes descendus sous terre et avons marché pendant près d’un kilomètre, peut-être en rond d’ailleurs, avant de nous retrouver face à un Piel Petjo Maltais dans toute sa splendeur. »

cheval godbout

« C’est pourquoi tous les samedis matin, de l’âge de trente à soixante ans, j’épluchais les pages de » Carrières et professions » du journal La Presse de Montréal, à la recherche de mon véritable rôle sur terre. Un retour à la nature? De tous les emplois qui me faisaient envie dans les gazettes, et que je croyais pouvoir remplir, c’est celui de professeur d’équitation à Sainte-Anne-de-la-Pocatière qui m’a, un jour, le plus intéressé. »