Destinations mystères

 

La réserve faunique des Laurentides

Attention, amateurs de camping sauvage  : le gros méchant loup rôde dans le parc des Laurentides sous les traits d’un maniaque qui a une larme tatouée sous l’œil. Il a tué d’innocents campeurs, le grand-père et le frère de Vincent. Il traque maintenant ce jeune de 13 ans entre le chemin des Brumes, le lac du Bûcher et la chute Maligne, « comme si les lieux prédisaient les couleurs du drame ». Que font les chasseurs de la Sûreté du Québec pendant ce temps  ? Ils soupçonnent le père du garçon, perturbé par son récent divorce. Durant une longue semaine, Vincent ne pourra compter que sur lui-même pour survivre. « Nulle âme qui vive. Que du bois à perte de vue. » Du bois, et un piège périlleux  : le village fantôme de Val-Jalbert, qui devient, sous la plume sensible de Jacques Côté, le symbole de la paternité, aujourd’hui dévalorisée. (Le chemin des brumes, par Jacques Côté, Alire, 384 p., 14,95 $)

Pékin

Les Olympiques ne sont pas la tasse d’Oolong de tout le monde. On peut trouver plus stimulant de visiter Pékin en compagnie de la détective Mei Wang, alors qu’elle tente de retrouver un sceau de jade blanc qui aurait appartenu au dernier empereur han. Mei est réservée, d’une politesse extrême (même envers sa sœur odieuse), mais il ne faudrait pas la sous-estimer. Mieux que la force, sa douceur lui ouvre les portes de la tortueuse bureaucratie chinoise, du cabinet d’un expert en antiquités, d’une maison de mah-jong où les joueurs perdent leur chemise, du resto où l’on déguste les meilleurs wontons en ville… Sans oublier les portes blindées du receleur Big Papa Wu, où se trouve l’indice d’un crime qui remonte à la Révolution culturelle. Une autre preuve que les Chinois n’ont pas fini de régler leurs comptes avec cette période noire de leur histoire. (Le secret de Big Papa Wu, par Diane Wei Liang, NiL, 288 p., 29,95 $)

Montréal

Comme l’auteur britannique Iain Pears, André Jacques est un esthète qui aime bien émailler ses polars de références à l’histoire de l’art. La troisième aventure de l’antiquaire montréalais Alexandre Jobin est ainsi l’occasion de découvrir Giuseppe Castiglione, missionnaire jésuite qui, au début du 18 e siècle, devint le peintre favori de la cour impériale chinoise sous le nom de Lang Shining. La jeune Xi Mei Ling a hérité de l’une de ses précieuses peintures sur soie et elle demande à Jobin de l’aider à la vendre. Auparavant, il faudra semer les triades du quartier chinois, les mafiosi italiens, les bouchers russes et les motards qui sont aux trousses de Xi Mei Ling. Jobin est indiscipliné, un peu cafouilleur, facilement tenté par le scotch et la jeune chair, mais on ne lui en tiendra pas rigueur  : ça nous change agréablement des inspecteurs méthodiques et trop souvent mélancoliques. (La tendresse du serpent, par André Jacques, Québec Amérique, 504 p., 27,95 $)

La Palestine

Il faut avoir une réelle maîtrise du problème palestinien — et une objectivité à toute épreuve — pour oser situer un roman policier dans les territoires occupés. Le journaliste Matt Rees, qui a dirigé durant six ans le bureau de Jérusalem du magazine Time, prouve une deuxième fois qu’il est l’homme de la situation. La nouvelle mission de son héros, Omar Youssef, le débonnaire directeur d’une école de réfugiés qu’on avait rencontré dans Le collaborateur de Bethléem, se déroule dans la bande de Gaza, où la corruption gangrène même l’université. En voulant aider un professeur intègre, Youssef se trouve mêlé au vol d’un missile et aux luttes fratricides opposant la police militaire, la police secrète et deux factions d’un groupe extrémiste, les Brigades de Saladin. « Il n’y a pas de crime unique, isolé, à Gaza. Ils sont tous liés les uns aux autres. » Ça donne un sacré nœud gordien. (Une tombe à Gaza, par Matt Rees, Albin Michel, 382 p., 29,95 $)

Bruges

Les écrivains belges flamands ne courent pas les rues. Raison de plus pour s’intéresser au cas du très prolifique Pieter Aspe. Depuis 1995, cet ancien concierge de la basilique du Saint-Sang de Bruges a publié 20 romans mettant en scène sa ville natale et le commissaire Pieter Van In. Le premier de la série, Le carré de la vengeance, vient d’être traduit en français — et quelle immersion saisissante  ! Tout débute lorsque la boutique du joaillier Degroof est vandalisée  : ses bijoux n’ont pas été volés, mais dissous dans un bain d’acide, « comme un cachet d’aspirine dans un verre d’eau ». Le propriétaire, curieusement, cherche à noyer l’affaire. Il faut dire que sa famille cache « beaucoup de linge sale »  : une fille internée, une autre toxicomane… Comme l’intrigue a autant de ramifications que Bruges a de canaux, on a intérêt à suivre le guide. (Le carré de la vengeance, par Pieter Aspe, Albin Michel, 334 p., 29,95 $)

Istanbul

1886. Après un lent déclin, l’Empire ottoman touche à sa fin. À la cour du sultan Abdülhamid, les ministres complotent, les eunuques espionnent et le harem est un nid de vipères malsain — surtout pour les gouvernantes anglaises qui y travaillent. Quand le corps de l’une d’elles est retrouvé sur les rives du Bosphore avec, à son cou, un pendentif portant le sceau du sultan, Kamil Pasha est chargé de l’enquête. Ce jeune magistrat instruit à Cambridge a des méthodes progressistes et une passion pour la culture des orchidées noires. Mais pour percer l’épais voile de mystère entourant le sérail, il lui faudra l’aide de la fille de l’ambassadeur anglais. L’idylle de ces deux personnages est attendrissante à souhait. En prime, les mœurs de l’époque et la montée de la laïcité au sein du pouvoir politique à Istanbul sont brillamment exposés par l’auteure, anthropologue spécialiste de la Turquie. (Le sceau du sultan, par Jenny White, JC Lattès, 442 p., 34,95 $)

QUÉBEC

par Pierre Cayouette

Le bruit qui tue

Un double meurtre sème l’émoi dans un quartier paisible de Québec. À quelques heures d’intervalle, les deux membres d’un couple ont été assassinés. L’homme a reçu une balle en plein front, sa femme a été étranglée. Basta  ! La célèbre détective Maud Graham mène l’enquête. Elle découvrira rapidement qu’il s’agissait de gens peu appréciés du voisinage, notamment parce qu’ils étaient bruyants et très portés sur la fête.

En règle générale, il n’y a presque rien d’autobiographique dans les romans de Chrystine Brouillet. Pas cette fois. Un voisin tonitruant n’est pas étranger à la trame de ce nouveau polar. Trop de décibels dans notre environnement immédiat « nous donnent l’impression d’être pris en otage dans notre propre demeure », dit la romancière. Pour un écrivain en mal de silence, le supplice est encore plus grand, plus insupportable. Il y a longtemps que Chrystine Brouillet, reine du polar au Québec, voulait écrire sur ce fléau trop peu connu qu’est la pollution sonore. Parions que ce nouvel épisode des aventures de Maud Graham fera beaucoup… de bruit. (Silence de mort, par Chrystine Brouillet, La courte échelle, 376 p., 29,95 $)

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