Souvenirs de la Deuxième Guerre mondiale

Les souvenirs d’un millier de vétérans canadiens de la Deuxième Guerre mondiale sont désormais immortalisés dans Internet dans le cadre du Projet Mémoire. Leurs témoignages sont tantôt douloureux, tantôt empreints d’humour. En voici quelques-uns.

Les souvenirs d’un millier de vétérans canadiens de la Deuxième Guerre mondiale sont désormais immortalisés dans Internet. Ces témoignages, tantôt douloureux, tantôt empreints d’humour, ont été recueillis dans le cadre du Projet Mémoire, de l’Institut Historica-Dominion, organisme voué à la promotion de l’histoire, de l’identité et de la citoyenneté au Canada.

Depuis quelques années, des vidéastes parcourent le pays pour rencontrer ces retraités de l’armée. Le temps presse. La moyenne d’âge des vétérans de la Deuxième Guerre mondiale est de 87 ans. Sur le million de Canadiens envoyés au front entre 1939 et 1945, 175 000 sont toujours vivants. Chaque année, par contre, 25 000 d’entre eux disparaissent.

Jusqu’à présent, 1 500 anciens combattants ont été interviewés. Leurs témoignages audio ainsi que la transcription de ceux-ci sont rassemblés dans le site de Projet Mémoire. L’organisme est toujours à la recherche d’autres témoignages.

En voici quelques-uns.

jacques-nadeauJacques Nadeau, Montréal, QC

Armée, Régiment des Fusiliers Mont-Royal

Jacques Nadeau a été l’un des derniers à débarquer lors du raid de Dieppe en 1942. Il raconte avec un détail impressionnant l’appréhension des soldats la veille du raid et sa capture sur la plage. Nadeau fut prisonnier de guerre en Pologne jusqu’à sa libération par les Russes en 1945.

Extrait :

« …les Allemands sont descendus sur la plage. Il y en avait un grand qui je vois encore la façon dont il agissait …Et moi, je faisais le mort; j’avais mon bras droit, ma main droite sous mon menton et puis quand il était arrivé à moi il m’a mis le pied dans l’aisselle droite et puis moi je suis très chatouilleux et donc j’ai eu une réaction il m’a dit, il dit : « Komme komme mein liebe », ça veut dire : viens viens, mon cher! Il dit : « pour toi la guerre est finie. »

 

 

Corinne-SevignyCorinne Kernan Sévigny, Montréal, QC

Corps des femmes de l’armée Canadienne (CWAC)

Engagée parmi les 1500 premières femmes du CWAC, Corinne Sévigny raconte l’effet révolutionnaire qu’a eu la guerre dans la vie quotidienne des femmes.

Extrait :

«Nous étions les pionnières, c’est nous qui avons démontré que les femmes pouvaient prendre des positions sérieuses. Je voulais faire partie du groupe de la défense, de ce qui se passait dans le monde. C’était tout de même ce qui était le plus important dans le monde à ce moment-là!…Mais remarquez à ce moment-là, les femmes ont entré dans les usines. Ce n’était jamais pensé avant ça! Des milliers de femmes sont entrées dans les usines. Ça été une révolution féminine extraordinaire! »

 

 

Albert Lalonde, Montréal, QC

Armée,  Régiment de la Chaudière

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Albert Lalonde était parmi les 17 000 canadiens qui ont débarqué en Normandie et témoigne de l’expérience marquante du Jour-J.

Extrait :

« À partir de Bernières-sur-Mer à aller à Carpiquet, c’est de la bataille, ça lâche pas, vous prenez pas un pouce de terrain sans vous battre, c’est garanti, c’est une bataille d’un bout à l’autre. C’est là qu’on a perdu les trois quarts du régiment…Après ça, le pire, c’était à Falaise. C’était pour fermer l’encerclement… ça sentait la merde, les humains, les allemands qui étaient morts, les cheveux, des vaches, des cochons. Tout ça trainait là, dans la rue, c’était terrible. C’était pas respirable, mais fallait le faire quand même. Ça a été une méchante place là, Falaise. »

dumaine-portraitPaul Dumaine, Saint-Hyacinthe, QC

Armée, Régiment des Fusiliers Mont-Royal

Participant au raid de Dieppe, Paul Dumaine témoigne de la violence de cette attaque, durant laquelle il a été blessé, mais aussi de l’émouvant parcours d’une histoire d’amour avec sa fiancée qu’il a retrouvé à la fin de la guerre.

Extrait :

« Il faut que je raconte ça; parce que il n’y a pas que la guerre; il y a aussi l’amour. J‘ai rencontré une jeune fille, que j’ai fiancée. On ne voulait pas se marier parce que la guerre existait assez forte que j’aurais pu être blessé ou tué…À la guerre j’ai souffert, mais mon plus beau souvenir c’est mon mariage avec elle… J’étais malade. En arrivant en Angleterre, j’ai été à l’hôpital pendant un mois de temps. Moi je suis couché dans mon lit. Ils me disent, « Dumaine, vous avez de la visite. » Elle arrive là. Trois ans. Quand je l’ai vu là, elle était si belle. Je l’ai pris dans mes bras. »

 

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Paul Mimeault, Rivière Madeleine (Gaspésie), QC

Armée, Royal 22e Régiment

Paul Mimeault a servi à Naples, en tant que renfort, en avril 1944.  Il raconte la lutte déterminée et épuisante des forces alliées dans l’attaque sur la Ligne Gothique—l’une des ultimes lignes de défense ennemie franchie en automne 1945.

Extrait :

« Le Colonel Allard il nous dit : Vous voyez là bas, c’est la Ligne Gothique (Italie) on part ce soir, on marche toute la nuit, et demain matin on attaque. J’ai dit, seigneur dans quoi est ce que je me suis embarqué moi!  La Ligne Gothique, ça a 16 km de profondeur, des barbelés, des mines, des pillboxes comme on appelait, des tourettes de char…On a pris un mois.  On était tellement fatigués, tellement épeurés, on savait plus ce qu’on avait, la barbe longue, les yeux sortis de la tête, ça a duré trente jours, ça, jours et nuits, ca a été terriblement dur, on a perdu beaucoup d’hommes. »

 

 

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bouchardCharles Bouchard, Gaspé, QC

Armée, Royal 22e Régiment

Comme membre des transports du corps royal de l’armée canadienne, Charles Bouchard a participé à la libération de la Hollande et à la Victoire en Europe en 1945. Il décrit  pensivement l’effrayant déluge de balles qu’a subi son régiment lors de la campagne italienne.

Extrait :

« Ca a été assez dur pour le moral pis pour les nerfs, si on veut, parce qu’on se faisait tirer dessus, je peux pas tout compter toutes les fois que je me suis fait tirer dessus, j’ai été chanceux,  mais je peux vous dire que quand vous entendez siffler à votre oreille, c’est parce que la balle est toute proche, est pas loin, et ça, ça m’est arrivé plusieurs fois… On était couchés dans des trous, pis on se faisait bombarder pis on était avec les rats. »

 

 

Romuald Joseph Pépin, Farnham, QC

Forces aériennes, escadrille 425 Alouette

Ayant servi avec l’escadrille 425, « l’Alouette, » une des seules unités entièrement francophones des forces de l’air canadienne, le bombardier Romuald Pépin raconte ses souvenirs dans les airs d’une Europe occupée.


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Extrait :

« C’était très dangereux parce que c’était des bombes incendiaires de 500 livres chacune…on avait le feu en bas qui montait 85 mm et puis qui était pas mal juste. On avait les avions ennemies en plus de ça et on avait notre cargaison de bombes qu’il fallait jeter aux bons endroits… quand les bombes se lâchaient, on avait une caméra qui était scellée dans l’avion. Une caméra qui donnait, en revenant, c’était des officiers spéciaux, puis il ne fallait pas toucher à ça jamais, mais c’était en étudiant où les bombes avaient été lâchées, qu’ils savaient quel dommage avait été fait. »

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Raymond Bérubé, Saint Jean Port Joli, QC

Marine, HCMS Prince Rupert

Raymond Bérubé raconte le souvenir perturbant d’un pétrolier torpillé, et l’effort de son équipage pour sauver les survivants.

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Extrait :

« Ça explose, il y a le feu qui prend et puis les membres de l’équipage sautent à l’eau avec leurs chemises en feu. Ils tombent à l’eau, il y en a plusieurs qui ont été tués dans l’huile. C’était dur. C’était des atrocités qu’on ne voit pas souvent…. On a arrêté le bateau, on l’a convaincu d’arrêter notre capitaine …Un bateau ce n’est pas stable, ça roule. Chaque fois qu’on arrivait sur le bon bord avec des grappes et des grappins et toutes sortes d’affaires, on les ramassait. C’est un peu comme les anguilles, c’est gluant ça. Il y en avait qui avaient des lambeaux brulés sur les bras, les cheveux, la tête, les yeux. Y’en a dans l’eau qui nageait les mains en l’air et ils appelaient “au secours!” On voyait qu’ils avaient les yeux ouverts mais ils étaient tous remplis d’huile… Ils ont brulé là-dedans comme s’ils étaient rôtis sur la poêle. C’est dur à prendre. Au bout d’un certain temps il a fallu les laisser… On n’était pas supposé d’arrêter du tout…. On a été obligé d’en laisser.  »

 

tremblay-portraitLouis Antoine Tremblay, Ville St. Laurent, QC

Armée, Régiment de la Chaudière

Un participant au Jour-J, Louis Antoine Tremblay partage ses pensées les plus intimes et ce qu’il a ressenti quand il est retourné sur les plages du débarquement de Normandie 40 ans plus tard.

Extrait :

« Ça a été difficile toute ma vie parce que j’ai jamais oublié mes compagnons qui sont morts, j’y pense à tous les jours. D’abord, moi j’étais un des plus des vieux, j’avais des jeunes de 18, 19, 21 ans. Quand je perdais un homme, c’est pareil comme si je perdais un de mes enfants. Je les ai jamais oubliés.  Je suis retourné au bout de 40 ans, lorsque j’ai été sur la plage où j’avais  débarqué, là, j’ai pleuré… J’avais visité le petit cimetière de Bény-Sur-Mer, et je voyais le nom de mes gars qui sont décédés là,  je me disais comment ça se fait que toi tu dors là depuis 40 ans  pis moi je suis encore debout. »

 

Turcot-PortraitÉmile Turcot, Montréal, QC

Armée, Fusiliers Mont-Royal

Généraliste assigné au régiment des Fusiliers Mont-Royal, Émile Turcot a traversé l’Atlantique pour participer à la libération de la Hollande. Il décrit le combat dans les rues de Groningen et la capitulation des soldats Allemands qui a suivi.

Extrait :

« Finalement, on est arrivé à Groningen [Pays-Bas]. Groningen était une ville où il y avait beaucoup, beaucoup d’œuvres d’art. Donc on nous avait demandé, autant que possible, de ne pas se servir de l’artillerie quand on attaquait la ville pour ne pas détruire les monuments historiques qu’il y avait là. Mais on a été obligé parce qu’on s’est battu de maison en maison pendant trois jours. On s’est aperçu que les allemands avaient des tunnels. Quand on prenait une maison, ils revenaient par l’autre maison qu’on avait pris la veille, par en dessous. On les avait en avant et en arrière. Finalement, on perdait beaucoup d’hommes. »
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Voilà un dossier très intéressant et qui rappelle le souvenir d’anciens combattants (et non de vétérans qui dans ce cas est un anglicisme) qui ont combattu pour une certaine idée de la liberté.

Merci de nous avoir présenté ce reportage sur le Projet Mémoire.
Comme le titre le dit, il ne faut jamais oublié d’où nous venons, car ceci nous permet d’aller vers l’avant et surtout, d’avoir l’heure juste sur l’histoire vécue par des personnes et non une interprétation de celle-ci, par des historiens, pour le moins approximative…

Beaucoup d’émotions me viennent quand j’écoute les témoignages; ayant visité les plages de Normandie et de voir par la suite le cimetière canadien de Bény-sur-Mer est poignant; l’âge moyen des 5 500 soldats enterrés était de 19-20 ans. D’entendre ces témoignages nous rappellent pourquoi ils sont morts.

Ceci nous rapelle qu’il y a eu beaucoup de soldats qui sont morts pour que nous tous vivons dans la paix et la liberté. Il est important que tous se souviennent à jamais.

J’ai eu l’occasion de visiter cet été les plages de débarquement : Juno Beach, Aromanche, les villes de Caen, de Falaise et beaucoup d’autres ainsi que des cimetières canadiens. Après ces visites, on comprend mieux l’expression : Jamais plus la guerre…Merci à ceux qui se sont battus pour la paix.

Le frère cadet de mon père a servi dans le Régiment de la Chaudière du 6 juin 1944 jusqu’au 8 février 1945. LE sujet de conversation dans la famille était bien sur la guerre. J’a vais sept ans lorsque l’armisticea été signée donc je m’en souviens très bien. L’oncle Joachim s’en est sorti vivant mais très marqué. Il n’a jamais voulu en parler.

J’ai rencontré Émile Turcot aujourd’hui. Il m’a montré sa photo dans la revue, il était très fier et moi très émue.

Mon père Marcel Boivin a participé au débarquement sur Kiska en août 1943. J’aimerais communiqué avec un soldat qui y était présent. les japonais avaient été avertis avant leur arrivée et heureudement avaient quittés l’île.

J’aimerais communique avec un veterant qui aurais connu les cousins de ma mere (Qu’ils venais du Nouveau-Brunswick)Jean-Louis et Real Berube du Regiment
de la Chaudiere.Real a ete tue le 17 septembre 1944 a Boulogne France et il
est inume au cemetiere canadien de Calais.

Léo Gariépy ,Artilleur durand la 2e guerre mondiale,témoignages qu’il a pu nous raconter meme si cela la marquer et parmit les heureux qui ont réussi à survivre.