«Dissidences» : un passionnant roman d’espionnage

Hannah Michell s’intéresse à la discrimination des transfuges coréens dans son premier roman, Dissidences.

Ils sont plus de 25 000 à avoir bravé la surveillance armée aux frontières pour échapper au régime de Pyongyang et goûter à la liberté. Leur histoire, cependant, ne s’arrête pas là et leur rêve, souvent, se brise sur les récifs de la réalité qui les attend en Corée du Sud. Hannah Michell, qui a grandi à Séoul et enseigne la culture coréenne à l’Université de Californie à Berkeley, s’est intéressée au cas de ces transfuges et elle dévoile la discrimination dont ils sont victimes dans son premier roman, Dissidences.

Dissidences, par Hannah Michell, Les Escales, 368 p.
Dissidences, par Hannah Michell, Les Escales, 368 p.

Pour Hyun-min, étudiant récemment arrivé dans la capitale sud-coréenne, ce n’est pas tant l’adaptation au « chaos de néons et de voitures » ni à la compétition féroce d’un capitalisme débridé qui rend l’intégration difficile. « Pour moi, Séoul, c’était un paradis, dit-il. Je croyais que parce que nous parlions la même langue, je me sentirais chez moi. » Or, la langue, justement, a changé en 60 ans de partition. Elle s’est tellement métissée de mots anglais, de termes technologiques et de références américaines que Hyun-min peine à la comprendre. L’étudiant doit aussi subir les regards méprisants ou méfiants qui accueillent son accent du Nord, ainsi que les préjugés voulant que les transfuges soient paresseux et incapables de gérer leur argent.

Dissidences devient un passionnant roman d’espionnage quand le destin de Hyun-min croise celui de Mia, une Sud-Coréenne elle-même rejetée par sa communauté parce qu’issue d’une mère anglaise et d’un père emprisonné pour ses sympathies communistes. « C’était la première chose que tout enfant coréen apprenait : il ne fallait pas être différent », commente l’auteure.

Mia travaille comme interprète à l’ambassade britannique, où elle entretient une liaison avec un diplomate alcoolique plutôt minable. Son amitié pour Hyun-min attirera sur elle l’attention des services secrets et de passeurs véreux, qui aimeraient bien connaître l’emplacement du tunnel secret que le transfuge a emprunté pour traverser la zone démilitarisée. Ses déboires sont une édifiante leçon de tolérance pour « ceux qui croient encore aux frontières, à ces lignes étranges dessinées sur des cartes par des hommes ».

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