Djemila, j’écris ton nom

« J’ai pensé un temps à intituler ce livre Les femmes arabes ont-elles un sexe ? », explique Djemila Benhabib pour présenter Des femmes au printemps, le récit touchant de son voyage en Tunisie et en Égypte un an après le printemps arabe.

Photo : Mathieu Rivard

C’est donc de condition féminine dans ces pays que cette émissaire de choix nous entretiendra et des femmes qui ont vécu la révolution, de près ou de loin. Le récit de voyage de Djemila Benhabib est admirablement servi par une plume alerte et véloce qui rend toute photographie superflue. De Tunis aux ruelles étroites du vieux Caire, l’auteure propose des clichés qui s’éloignent de la brochure touristique. Ce sont moins de momies et de pharaons qu’il sera question que de niqabs et de mutilations génitales, pratique dont 85 % des Égyptiennes seraient victimes. Rien d’étonnant donc à ce que la chirurgie de reconstruction de l’hymen vole au secours de ces femmes, dans un pays où la nécessité de la virginité devient une arme d’humiliation. Au gré des rencontres et des pérégrinations de Benhabib apparaissent des personnages dont l’image se grave dans la mémoire, comme la femme répudiée, ou Amira, la manucure romantique qui rêve au prince charmant.

L’ouvrage de Benhabib dépasse pourtant le simple portrait journalistique de quelques autochtones. Ainsi, elle explique de manière claire la résurgence du mouvement wahhabite en Égypte. Les tenants de cette branche de l’islam prônent une interprétation littérale du Coran, ce qui n’est jamais une bonne nouvelle pour la femme arabe qui rêve d’égalité. Dans un pays où il suffit, pour se débarrasser de son épouse, de lui dire?: «?Tu es répudiée?», le mot rêve est bien choisi.

Le printemps arabe aura apporté la démocratie aux Tunisiens et aux Égyptiens, cela est un fait. Pour les Tunisiennes et les Égyptiennes, il faudra encore attendre avant de savoir si elles ne se sont exposées aux balles que pour tomber de Charybde en Scylla.

Des femmes au printemps, par Djemila Benhabib, VLB, 163 p., 22,95 $.

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Pour la suite des choses


Sous la direction de Denis Monière, le deuxième tome d’Histoire intellectuelle de l’indépendantisme québécois propose un impressionnant florilège des plus grands penseurs de la souveraineté.
Les auteurs nous présentent
un portrait des figures marquantes du mouvement souverainiste depuis les années 1960, de René Lévesque à Joseph Facal en passant par Pierre Bourgault. (VLB, 373 p., 29,95 $)


Le doigt sur le bobo


Celui qu’on surnomme «?le père de l’assurance maladie au Québec?» a pour son rejeton une ordonnance vitale. Déçu du rendement du système, Claude Castonguay propose dans Santé?: L’heure des choix de replacer le patient au centre des préoccupations. Car jusqu’à maintenant, on a tout fait pour épargner les susceptibilités des médecins, infirmières, gestionnaires et contribuables, pendant que le patient, pour sa part, continue de patienter dans les salles d’attente de nos hôpitaux mal gérés. On retrouve notamment au banc des accusés certaines incohérences de la Loi canadienne sur la santé, qu’il faudrait selon lui modifier. L’ancien ministre se fait rassurant, la solution ne passe pas nécessairement par le privé. Cet ouvrage pourra servir à poursuivre la discussion ouverte par le DVadeboncœur dans Privé de soins, dont je vous ai parlé dans ma dernière chronique. (Boréal, 208 p. 20,50 $)