Dominique Scali : l’étoffe d’une légende

Dominique Scali entraîne ses personnages à la recherche de «la ville la plus dangereuse d’Amérique», dans une quête qui les ramène invariablement à eux-mêmes. 

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À la recherche de New Babylon, par Dominique Scali, La Peuplade, 460 p.

Dominique Scali n’avait jamais envisagé d’écrire un roman western avant de mettre les pieds au Mali, où elle faisait un stage en coopération internationale. Au milieu de ces vastes étendues désertiques, où la survie dépend de la solidarité collective, elle a vivement ressenti la solitude qu’engendre notre individualisme à l’américaine — héritage direct de la conquête de l’Ouest. « J’ai vu dans le western une métaphore du vide qui vient avec la liberté », explique l’auteure de 30 ans.

À la recherche de New Babylon détourne les archétypes du prédicateur, du hors-la-loi, du chasseur de primes et de la belle aventurière. Il en fait des exilés coupés de leurs origines, qui tentent non seulement de se rebâtir une vie, mais de se faire un surnom en créant leur propre légende. Ces multiples impostures évoquent le mythe du self-made man, mais se rapprochent aussi de l’esbroufe du star-system et des réseaux sociaux.

Sans jamais s’essouffler, Dominique Scali entraîne ses personnages à la recherche de « la ville la plus dangereuse d’Amérique », dans une quête qui les ramène invariablement à eux-mêmes. Sa version du western est donc, avant tout, existentielle. « New Babylon, c’est le mythe du mythe, dit-elle. On a beau changer de ville, on reste embourbé dans la même impasse. La transformation de soi est une illusion. »

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D’autres suggestions livres : 

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Bravo, par Régis Jauffret, Seuil, 288 p.

Aux funérailles des gens de la scène, la tradition veut que l’on crie bravo au cercueil. Régis Jauffret mérite, lui aussi, une salve d’applaudissements pour son nouveau livre, dûment intitulé Bravo — un hommage à tous les vieillards indignes qui n’ont pas l’intention de tirer leur révérence sans un dernier pied de nez à ceux qui voudraient déjà les enterrer. En 16 récits, il expose les ravages de l’âge, les conflits de générations entre les retraités et leurs enfants, les vacheries des couples sur le déclin. Jauffret, dont le roman précédent avait pour cible le peu recommandable DSK, continue surtout à ridiculiser l’obsession satyrique du mâle français pour les jeunes filles nubiles. C’est féroce, impitoyable… et drôle à mourir.

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Tous les démons sont ici, par Craig Johnson, Gallmeister, 320 p.

Les lecteurs de Craig Johnson sauront à quoi s’attendre en ouvrant le septième tome de sa série policière : aux paysages majestueux du Wyoming, à des échanges culturels avec la nation Crow, à la bouille amicale du shérif Walt Longmire. Cette fois, le shérif est à la poursuite du « plus dangereux sociopathe des États-Unis », qui s’est enfui dans les monts Bighorn, en plein blizzard, avec les ossements d’un enfant qu’il a assassiné. De grands lodges en cabanes isolées, de pistes de motoneige en sentiers escarpés, l’intrigue se resserre à mesure que l’action prend de l’altitude. Le suspense, lui, atteint des sommets.

 

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