Dorice Simon : Folle alliée

L’humoriste saguenéenne Dorice Simon a des yeux de nuages d’été, une voix fluette, un visage à moues. Elle possède un bac en musique et un diplôme de l’École nationale de l’humour. Celle qui dit avoir eu « plus de thérapies que de chums » avoue un parcours en dents de scie : « J’ai eu peur quand ça a commencé à marcher, j’ai reculé. » Et comme la vie n’écrit pas toujours des choses drôles, avec ses frères et sœurs, elle a accompagné jusqu’au bout sa mère atteinte d’alzheimer. Au centre de soins prolongés, Dorice amusait les pensionnaires, concevait des chorégraphies de déambulateurs. « J’ai longtemps voulu devenir comédienne pour jouer du drame. Charlotte Boisjoli, auprès de qui j’ai suivi des cours de théâtre, m’a encouragée à faire de l’humour. Au fond, la comédie, c’est du drame qui se cache. »

Comment définiriez-vous votre humour ?

On m’a comparée — tenez-vous bien — à Woody Allen, André Sauvé, Clémence, Yvon Deschamps, Coluche même ! Je ne pratique pas l’humour « une ligne, un punch ». Je n’ai pas fait mes débuts dans les bars : je n’avais pas la voix pour ça ni le string qui dépasse. Je dis souvent que je ne suis pas une humoriste, mais une Dorice !

Photo : Jocelyn Michel

Sur le papier, vos thèmes ne sont pas folichons : l’insomnie, les REER, les funérailles de votre mère…

C’est sûr, quand je commence avec : « Ma mère est morte le 13 juillet 2010 à 4 h moins 21 », ça rigole pas fort dans la salle. Mais ça se déride vite. On a incinéré ma mère avec le « toutou » qu’elle gardait toujours contre elle à l’hôpital. Pour conserver un peu de maman, je me suis acheté une petite urne, mais à voir le peu de poussière qu’elle pouvait contenir, je me suis demandé si c’était bien une partie de ma mère ou un bout de toutou que je traînais.

On dit que le rire a une fonction thérapeutique. Que soignez-vous ?

Ma folie, mon anxiété. Je me projette tout le temps dans l’avenir. Je suis avec vous et je m’inquiète de ce que vous allez retenir de moi. Est-ce que j’ai bien répondu à vos questions ? Je suis anxieuse, mais très bonne pour dédramatiser. Et je suis drôle, même si ça ne paraît pas, là.

Êtes-vous susceptible, comme la plupart des humoristes ?

Ce n’est pas mon pire défaut. J’ai longtemps pensé que je n’avais pas un assez gros égo pour faire de la scène. Ce n’est pas vrai, c’est seulement que je ne mise pas sur le spectaculaire, mais sur la simplicité. Je ne cherche ni la gloire ni l’argent, je veux être « ben ».

Dans votre spectacle, on vous retrouve en 2026, dernier être humain à parler français au Québec. C’est votre numéro engagé ?

Il s’agit d’un sketch absurde, mais les gens y voient une prise de position politique. Je suis au bureau, je regarde l’horloge : au lieu de marquer trois heures trente, c’est three thirty. Je rentre à la maison : mon mari, anglophone, veut faire l’amour, mais je ne sais pas comment ça se fait en anglais ; mon enfant me parle et je ne le comprends pas ; il y a même Whoopi Goldberg qui apparaît à un moment donné !

Sur scène, vous dites : « Le burn­out, c’est valorisant, parce que tu as travaillé pour. » Avez-vous souffert d’épuisement professionnel ?

Non, mais je me suis mis trop de pression. Cette obsession de la performance — « Moi, j’ai vendu 300 shows cette année » —, plus capable ! Ça ne me tente pas de faire 10 spectacles par semaine, de devenir folle, déjà que… On peut-tu respirer, boire du café, avoir du plaisir ? Est-ce qu’on peut juste vivre ?

Dorice Simon… c’est des choses qui arrivent, en tournée au Québec. Dates et salles de spectacle : doricesimon.com.