Douglas Kennedy : « Le français, c’est ma deuxième peau »

Le plus français des écrivains américains vient de s’offrir un pied-à-terre à Montréal. Une ville qui figurera sans doute dans un prochain roman.

Photo : Juan Naharro Gimenez/Getty Images
Photo : Juan Naharro Gimenez/Getty Images

Douglas Kennedy n’est pas seulement tombé amoureux d’une Montréalaise: il s’est aussi épris de sa ville. Nouveau propriétaire d’un loft dans le Vieux-Montréal, l’écrivain américain n’aime rien tant que flâner dans la métropole québécoise… et observer ses habitants. Dans le bar montréalais où nous avons rendez-vous, il ne peut s’empêcher d’épier les clients et d’imaginer leur vie. «C’est ça, mon métier!» me glisse-t-il avant de laisser échapper l’un de ses éclats de rire contagieux. «J’ai toujours un roman en tête.»

Le jour de notre rencontre, Kennedy venait de terminer son 11e (Cinq jours, qui sera publié en anglais en avril et en français au Québec en octobre). Visage lisse, jeans et t-shirt noir, l’homme ne fait pas ses 57 ans. Et même s’il a appris le français sur le tard, il le parle très bien. Traduits en 22 langues, ses livres plaisent surtout aux francophones: sur six millions d’exemplaires vendus dans le monde, trois millions se sont écoulés en France.

En plus de la résidence que vous possédez dans le Maine et de vos pied-à-terre à Paris et à Berlin, vous venez d’acheter un condo dans le Vieux-Montréal. Pourquoi?

Parce que je suis tombé «en amour» avec une Montréalaise! [Rire] Et parce que nous avons trouvé un loft magnifique. Mais je connaissais Montréal avant de la rencontrer. Je me suis senti à l’aise ici dès mon premier séjour, en 2001. C’est vraiment l’une de mes villes préférées.

Qu’est-ce qui fait son charme, à vos yeux?

Au-delà du cliché — son côté mi-nord-américain, mi-européen —, Montréal a une identité originale, une personnalité forte. Ni trop branchée, ni trop bobo, plutôt grunge. La vie culturelle ici est extraordinaire… surtout depuis que vous avez une vraie salle de concert! Pour un passionné de musique classique comme moi, la Maison symphonique, c’est magnifique! Et comme amateur de cinéma, je suis aussi un fidèle d’Excentris et du Cinéma du Parc.

Est-ce que Montréal sera le décor d’un prochain roman?

Je peux imaginer un polar ici… mais quoi?? On verra?! J’ai toujours utilisé les villes comme des personnages. Ce que j’aime, c’est dénicher ce qui se cache sous leur vernis. Le Londres de Notting Hill, le film avec Hugh Grant et Julia Roberts, ce n’est pas pour moi. Dans Une relation dangereuse, j’ai plutôt montré un Londres très sombre, très glauque, et tous les critiques anglais ont dit que j’avais compris la ville. Même chose pour La femme du Ve, qui se déroule à Paris: j’ai décidé d’écrire un livre à l’antithèse de films comme Un Américain à Paris ou des cartes postales à la Woody Allen.

Quel genre de personnage est Montréal, selon vous?

Pour le moment, j’apprends à mieux connaître la ville… ou plutôt les villes, car il y en a beaucoup à Montréal. Westmount est complètement différent du Plateau, qui est très différent d’Outremont, qui est différent de Saint-Henri, d’Hochelaga-Maisonneuve ou du Vieux-Montréal. Je suis un grand flâneur, je marche beaucoup, je prends le métro. J’absorbe en permanence une foule de détails: le style des maisons, la vie quotidienne dans les dépanneurs…

Vivez-vous plutôt en français lorsque vous êtes ici?

Oui, la plupart du temps. Ma petite amie est anglophone, mais elle parle parfaitement le français. Le français, c’est ma deuxième peau. Je l’ai appris sur le tard, à 45 ans, mais je ne pouvais pas imaginer vivre à Paris sans parler cette langue. C’est tout aussi vrai pour Montréal: ceux qui ne connaissent pas le français ne peuvent comprendre l’âme de la ville.

 

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Les livres de Douglas Kennedy publiés chez Belfond (en traduction française)

Romans

Cul-de-sac (1997), nouvelle traduction sous le titre Piège nuptial (2008)

L’homme qui voulait vivre sa vie (1998)

Les désarrois de Ned Allen (1999)

La poursuite du bonheur (2001)

Rien ne va plus (2002)

Une relation dangereuse (2003)

Les charmes discrets de la vie conjugale (2005)

La femme du Ve (2007)

Quitter le monde (2009)

Cet instant-là (2011)

Cinq jours (à paraître en 2013)

Récits

Au-delà des pyramides (2010)

Au pays de Dieu (2004)

Combien? (2012)

 

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