Catherine Durand… longtemps

L’automne s’en vient et avec lui un disque de Catherine Durand pour célébrer la passation des pouvoirs entre le chaud et le froid. L’auteure-compositrice-interprète et guitariste (toute une?!) fait paraître — après Cœurs migratoires, en 2008, consacré aux charivaris amoureux — son cinquième album, qui creuse le thème de la solitude, voire de l’abandon. Pas précisément hop la joie, mais créant une dépendance.

Avec Les murs blancs du nord, Durand élargit le périmètre de ses goûts, s’éloigne du folk-country pour aller vers un folk contemporain puissamment aérien. Onze chansons pour fins de nuit, avec voix qui masse les oreilles et mélodies charnelles. La chanteuse déploie un monde sonore comme peu en façonnent au Québec. Pourtant, on la connaît moins qu’elle le mérite.

Catherine Durand
Photo : Jocelyn Michel

Comment se fait-il que le monde entier ne ­succombe pas à votre talent ?

J’ai une base fidèle d’admi­rateurs qui grandit d’album en album. Je mentirais si je disais que je ne souhaiterais pas avoir une plus grande reconnaissance, un disque d’or et un Félix dans mon salon. Le succès procure de meilleures conditions de travail?; d’un autre côté, il augmente la pression.

À quoi avez-vous oc­­cupé les quatre années passées entre Cœurs migratoires et Les murs blancs du nord ?

J’ai fait la tournée de Cœurs migratoires et du collectif de scène Toutes les filles. Puis, je me suis retirée de l’agitation pour me demander ce que je voulais dire par la suite. Pour apprendre des autres, développer de nouvelles manières de penser, voyager, vivre.

Vous sentez-vous la grande sœur de la nouvelle génération d’auteures-compositrices-interprètes ?

Quand j’ai commencé, en 1998, il existait peu de modèles féminins québécois?: France D’Amour, Francine Raymond, Diane Tell, déjà installée en France. Si j’ai contribué au mouvement pour donner plus de confiance aux filles, qui longtemps ne se sont vues que comme interprètes, je suis ravie.

Vous poussent-elles dans le dos ?

Toute la belle «gang» des Salomé Leclerc, Marie-Pierre Arthur, Lisa LeBlanc, etc., qui décomplexent la chanson et proposent des disques originaux, m’obligent à m’améliorer, à demeurer la plus exigeante des critiques envers moi. Moins insouciante, plus structurée qu’à mes débuts, je comprends mieux le business de la musique depuis que je produis mes disques. Je sais qu’il n’y a pas de formule magique pour faire vendre 50 000 albums.

Qu’est-ce qui est le plus important dans une ­chanson : les paroles, la musique ou celui qui l’écoute ?

L’auditeur est capital à l’heure où l’on a de moins en moins de portes de diffusion à la radio. J’espère que Harper ne mettra pas la hache dans Espace Musique, de Radio-Canada, car c’est la seule vitrine qu’il nous reste, avec les radios communautaires. En ce qui concerne mon travail, la musique me vient plus aisément que les paroles. Agencer des mots sur des notes, faire s’accorder langue et cœur m’est difficile. J’essaie d’être imagée, impressionniste, tout en restant concrète. Car à quoi bon écrire la plus belle chanson si elle ne touche personne??

« L’aube t’attendra »

Y a-t-il une pièce de l’album qui vous révèle tout entière ?

Non, et je ne le veux pas. Je ne mets jamais tous mes œufs dans le même panier, je «dispatche». Une chanson brosse un autoportrait fragmentaire, nous exprime par ricochet, par métaphore. Je ne suis ni sombre ni déprimée, j’aime rire, mais il est vrai que mon univers poétique se nourrit plus du gris que des couleurs de l’arc-en-ciel.

Croyez-vous qu’une chanson puisse être utile ?

Une femme m’a écrit que les chansons de Cœurs migratoires avaient accompagné les derniers jours de son frère à l’hôpital. Il voulait mourir en m’écoutant?!

Les murs blancs du nord paraît le 4 sept.

 

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