DVD – Séances de rattrapage

C’est pas que je ne voulais pas aller voir ces films québécois au cinéma, mais le temps de me retourner, hop ils avaient quitté l’affiche. Donc, je m’installe : fauteuil à bascule, orteils en éventail et, parfois, sourcils froncés (posture critique).

• Jo pour Jonathan, de Maxime Giroux

Maxime Giroux, qui m’avait épaté avec son premier film, Demain, en fait tout autant avec Jo pour Jonathan – quel titre plat tout de même ! En quête d’identité, Jonathan veut marcher dans les traces de son frère aîné. Il participe à ses côtés à une course illégale de voitures, qui fait basculer leurs vies et poussera Jo à un choix éthique.

Malgré un budget que l’on devine riquiqui, le réalisateur tient son sujet : sobre, radical, avec des bouffées de poésie cabossée, distillant juste assez d’ennui comme la banlieue en verse sur la tête de la jeunesse. Sous les traits de Jonathan, Raphaël Lacaille est époustouflant de douleur et de désœuvrement. S’il n’est pas retenu parmi les finalistes dans la catégorie du meilleur acteur aux prochains Jutra, c’est que les votants ont des chaussettes sur les yeux. Le film dure 1 h 16. Giroux a compris qu’il vaut mieux laisser le spectateur en demande plutôt que de le saturer.

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• La vérité, de Marc Bisaillon

Saint-Hyacinthe durant le temps des fêtes. Deux amis d’enfance partent sur une brosse, qui finit –  sans témoins –  par la mort d’un homme qu’ils ont accidentellement provoquée. Les jeunes s’enfuient, se promettant de ne jamais révéler le secret qui hypothéquerait leur vie.

Le film voit monter le remords et la culpabilité chez Gabriel, bon fils d’une policière (solide Geneviève Rioux). Bien construit, justement écrit, et formidablement interprété par Pierre-Luc Lafontaine (sérieux concurrent de Raphaël Lacaille nommé plus haut dans la course aux Jutra). Il y a là un vrai cinéaste, un vrai point de vue (sur la psyché adolescente).

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• Jaloux, de Patrick Demers

Pour tenter de rabibocher leur couple, Thomas (Maxime Denommée) et Marianne (Sophie Cadieux), vont passer un week-end à la campagne dans le chalet de l’oncle de Thomas. Ben (Benoit Gouin) – celui que les protagonistes et le spectateur  prennent pour le voisin – ne met pas de temps à s’incruster, à tourner autour de Marianne et à susciter le suspense qui va monter en même temps que quelques invraisemblances.

Le principal défaut du film reste, à mon avis, les dialogues qui suent l’improvisation. Normal, ils sont improvisés. Au générique, on lit que le réalisateur et les trois comédiens signent la scénarisation. Comme quoi quatre têtes ne valent pas  toujours mieux qu’une. On perd beaucoup de temps à écouter des répliques, qui ne révèlent rien des personnages sommairement esquissés.

La principale qualité du film est sans contredit Benoit Gouin (un Jutra ! un Jutra !), qui construit son personnage jusqu’à le rendre véritablement effrayant. Le réalisateur n’est pas manchot avec la caméra, ni avec les éléments naturels d’ailleurs : le lac, la forêt, les fourmis et autres mouches noires participent du thriller. Demers aurait dû s’arrêter sur l’arrivée de l’oncle de Thomas et de sa compagne, car tout s’éclaire subitement. Mais non, il insiste, il veut expliquer. Cela dit, avec un budget de quelque 400 000 $, il a créé un film où la tension agit.

https://www.youtube.com/watch?v=99Nx3hASWsI

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• Bumrush, de Michel Jetté

Alors qu’un gang de rue tente d’infiltrer son bar de danseuses, le propriétaire recrute une équipe spéciale de portiers-videurs, constituée de quelques-uns de ses vieux compagnons d’armée, ex-tankistes en Bosnie et en Afghanistan (hum, on a un peu de mal à y croire).

Après Hochelaga (chez les motards criminalisés) et Histoire de pen (dans le monde carcéral), Jetté revient avec un film d’action (dont le manque de moyens handicape les effets) collé sur une « étude sociologique » d’un milieu criminalisé (comment se constituent, se hiérarchisent, fonctionnent les gangs de rues). Hélas, les deux genres se heurtent à un scénario mal vissé et pas assez ordonné. De plus, le réalisateur, pas trop doué pour la direction d’acteurs, laisse la plupart de ses interprètes en roue libre. S’ils ont le physique de l’emploi, Emmanuel Auger, Pat Lemaire, Paul Dion, etc., ont du mal à être crédibles quand ils ouvrent la bouche.  Le film est aussi gâché par le narrateur qui nous assène des phrases ronflantes comme « À créer le chaos, on peut y être entraîné. » Tu l’as dit, coco ! Plus agitation que récit efficace, mais avec d’étonnantes prises aériennes de Montréal.

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• Impasse du désir, de Michel Rodde

Découvrant que sa jeune femme le trompe, un psychiatre va manipuler un de ses patients pour lui faire commettre, à sa place, l’irréparable. « Ni vu, ni connu », pense-t-il.

Je n’aurais sans doute pas regardé ce film suisse s’il n’y avait eu au générique Rémy Girard, qu’il vaut la peine d’entendre dans un français dit international. On se demande au début s’il n’est pas doublé tant on ne reconnaît pas notre Stan des Boys. Cela prend un certain temps à s’habituer à son phrasé, à son élocution, voire à sa présence, qui semble un rien détachée, comme si Girard croyait moyennement au scénario. Après avoir joué un notaire dans Incendies, le voici en psychiatre démantibulé par la jalousie. Pourquoi pas ? Mais on ne sent pas beaucoup d’électricité entre lui et son épouse (Natacha Régnier). Merci de ne pas me faire remarquer que c’est normal puisqu’elle s’apprête à le quitter. Je parle d’une connivence entre comédiens, et non pas de logique entre personnages !

« Dans mon livre à moé », c’est Laurent Lucas qui emporte le morceau. Dans le rôle du patient dépressif et psychotique, on pourra trouver qu’il tartine parfois épais, mais c’est tout de même grâce à lui que le film se laisse regarder. Enveloppante musique de Nic Raine et sûrement le plus beau titre des cinq films sélectionnés.

 

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