Écrire la vie… et la mort

Dans La chambre Neptune, Bertrand Laverdure se penche sur les questions qui ponctuent et définissent la vie.

(Illustration: Mathilde Cinq-Mars pour L'actualité)
(Illustration: Mathilde Cinq-Mars pour L’actualité)

Il y a une seule maison de soins palliatifs pédiatriques au Québec : située sur l’avenue du Mont-Royal, à Montréal, et dirigée par l’organisme Le Phare, la Maison André-Gratton peut accueillir jusqu’à 12 enfants atteints d’un cancer ou d’une maladie génétique dégénérative à issue fatale, tant pour des séjours de répit que pour des soins de fin de vie.

C’est pour rendre hommage à «cette œuvre humaniste qui célèbre la vie des enfants, tout en la respectant jusqu’à la fin», que Bertrand Laverdure a écrit un roman dont on pourrait dire exactement la même chose. Un livre grave, délicat, généreux, où la mort entre et sort sur la pointe des pieds — et qui fait suite, en quelque sorte, à Comment enseigner la mort à un robot ?, l’essai hors norme que l’auteur (nommé récemment Poète de la Cité de Montréal) avait publié l’an dernier.


À lire aussi:

Les gens intègres, une denrée rare


Chambre Neptune Bertrand Laverdure
La chambre Neptune, par Bertrand Laverdure, La Peuplade, 234 p.

La chambre Neptune, c’est le cocon chaleureux et feutré qui «fait office de dernière chry­salide» à Sandrine, une fillette de 11 ans. C’est aussi, pour Bertrand Laverdure, l’environnement propice pour méditer sur notre fragile existence, et pour se poser les grandes questions. Qu’est-ce que la cons­cience ? Où est-elle localisée ? Est-elle indépendante de notre cerveau ? À quel moment précis advient la mort ? À quoi correspond une vie complète ?

La petite Sandrine est soignée par le docteur Tirésias, qui, comme son homonyme, le devin de la mythologie, est transformé en femme, puis en homme, par «clignotements sexuels». Ce qui donne lieu à des réflexions audacieuses et nourrissantes sur les origines de la vie, «les niaiseries identitaires», les inégalités sociales, la pensée unique du «grand récit commun», les rapports entre nos intentions et nos actions, entre nos désirs et la manière de les satisfaire.

Le texte est émaillé de résumés de films et de livres, d’analyses de poèmes, de références à l’art flamand et à la musique — la sérieuse (Couperin) et la légère (Barry Manilow !). Autant de pistes qui peuvent nous aider à apprivoiser notre souffle ultime, et qui font de ce roman une rareté : un livre qu’on commence à relire avant même de l’avoir refermé.

Dans la même catégorie
Boutique Voir & L'actualité

Obtenez jusqu’à 40% de plus pour votre prochaine sortie