Écrire pour survivre

Présentation de deux œuvres : Les soldats d’Allah à l’assaut de l’Occident, par Djemila Benhabib (VLB éditeur), et Wilfrid Laurier, par André Pratte (Boréal).

Écrire pour survivre

L’essayiste Djemila Benhabib n’est pas de ceux qui prennent la plume pour gagner des galons. « Je suis entrée dans l’écriture par la porte étroite de la survie », rappelle-t-elle.

Connue depuis la publication de son essai Ma vie à contre-Coran (VLB éditeur), en 2009, elle a vécu de l’intérieur l’islamisme politique qu’elle dénonce.

Au milieu des années 1990, elle a dû quitter l’Algérie. Le Groupe islamique armé (GIA) avait ordonné aux femmes le port du voile. De nombreuses résistantes ont été exécutées. Condamnée à mort parce que femme, féministe et laïque, Djemila Benhabib a choisi ce jour-là de se battre.

Farou­chement opposée au port du voile, elle profite de toutes les tribunes pour répéter ce message : l’islam politique est une idéologie d’extrême droite qui prône la fusion entre l’islam et l’État. L’islam devient religion et État à la fois, et la charia tient lieu de Constitution. Or, cette charia se fonde sur la supériorité du musulman sur le non-musulman et sur la supériorité de l’homme sur la femme.

Dix ans après les attentats du 11 septembre 2001, l’essayiste prend de nouveau la plume pour affirmer que l’Occident est en voie de perdre sa bataille contre l’islamisme politique. « Cette idéologie totalitaire est en train d’agir sur l’organisme planétaire comme un abcès qui, peu à peu, gangrène ses principaux membres ! » affirme-t-elle.

Dans la dernière partie de sa démonstration, Djemila Benhabib s’intéresse plus particulièrement au Québec. Elle revient sur l’empoignade au sujet du voile islamique. Elle dénonce avec vigueur la décision de la Fédération des femmes du Qué­bec (FFQ), en mai 2009, d’appuyer le port du voile islamique par les employées de la fonction publique québécoise, écorchant au passage Québec solidaire.

« J’étais à mille lieues d’imaginer le basculement de la FFQ, son extrême vulnérabilité face à des forces islamistes bien organisées et structurées, j’étais à mille lieues de soupçonner son déclin programmé ainsi que son instrumentalisation par Québec solidaire », écrit-elle. De la dynamite ! L’auteure s’en prend avec tout autant de véhémence à la ministre de la Condition féminine, Christine Saint-Pierre, qui s’est rangée à la position de la FFQ.

Voilà un livre qui suscitera bien des débats…

Redécouvrir Wilfrid Laurier

Que sait-on de Wilfrid Laurier, hormis qu’il fut le premier Québécois premier ministre du Canada (1896-1911) et qu’il déclara un jour que « le XXe siècle sera le siècle du Canada » ?

L’éditorialiste en chef de La Presse et essayiste André Pratte propose une biographie courte mais extrêmement dense de cet homme politique qui a fait du compromis la clé de toute sa carrière. Cet « art du juste milieu » lui a valu l’hostilité des radicaux de toutes tendances, note le biographe, mais lui a surtout permis de gouverner le pays avec succès toutes ces années.

L’ouvrage redonne à Lau­rier la place immense qu’il devrait occuper dans l’histoire. André Pratte rappelle les multiples tentatives de réconciliation entre les forces antagonistes de l’époque (protestants et catholiques, anglophones et francophones) entreprises par le premier ministre au nom de valeurs démocratiques universelles.

L’héritage de Laurier est d’autant plus précieux, estime André Pratte, que les grandes questions auxquelles il dut faire face sont encore au cœur des débats sur le présent et l’avenir du Canada.

 

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Wilfrid Laurier
par André Pratte
Boréal, 204 p., 17,95 $

Les soldats d’Allah à l’assaut de l’Occident
par Djemila Benhabib
VLB éditeur, 295 p., 27,95 $