Elkahna Talbi, flamme du slam

Son énergie envahissante et volubile réveillerait un mort. Née à Montréal de parents tunisiens, Elkahna Talbi, 31 ans, parle trois langues, danse le baladi et a longtemps joué à la ringuette.

Elkahna Talbi, flamme du slam
Photo : Jocelyn Michel

D’ailleurs, si elle n’avait pas senti l’appel du théâtre – à 12 ans, dans une troupe de théâtre amateur de Montréal-Nord -, elle serait devenue gardienne de but au hockey. Aujourd’hui, elle compte sur la scène slam (« poésie déclamée »), où, rebaptisée Queen Ka, elle a déboulé en 2005.

La formule emprunte aux joutes oratoires : quiconque monte sur scène a trois minutes pour lâcher son essence ; après quoi un jury, choisi au hasard dans le public, l’acclame ou le recale. Le slam, ce n’est pas fait pour les moumounes. Il est arrivé à Queen Ka de participer à des séances improvisées dans des lieux publics et de se faire lancer « Ta gueule ! » par des badauds.

Les slameurs n’ont pas tous la plume affûtée, les clichés roulent souvent en bouche. Le style de Queen Ka hésite encore, mais pour incarner ses textes sur scène, elle n’a pas sa pareille. Dans son répertoire : de l’humour acide, des commentaires sociaux, des désirs de jeune femme. « Je suis observatrice et râleuse. Quand on n’assume pas pleinement qui on est et ce qu’on veut, on s’en fait passer sous le nez, comme cette possibilité que nos terres agricoles soient vendues aux Asiatiques ! » La revendication, elle sait faire. Comédienne dont le talent s’exprime, faute de mieux, dans les réclames publicitaires, Elkahna sait bien que son nom freine certaines ardeurs. « Jusqu’ici, on ne m’a convoquée aux auditions que pour des rôles d’Arabe, à part une fois, et c’était en anglais, pour un personnage de Turque. » La diversité, pourtant avérée dans la société, se porte pâle à la télé. « Mes amies sont haïtiennes, italiennes, allemandes, elles parlent le français, l’anglais et le joual, mais la télé, du moins au Québec, a du mal à témoigner de cette pluralité. » Parfois, elle rêve de partir pour New York ou Los Angeles, mais Montréal est si confortable !

Avec sa sœur Inès, chanteuse, et sa cousine Leila Thibeault-Louchem, comédienne et metteure en scène, elle a créé Les berbères mémères, compagnie née sur un coup de tête et sur une chanson folle : « T’as du tajine sur tes jeans ». Le spectacle solo de Queen Ka constitue la troisième production du trio.

Coiffé de divers signes « pour donner l’illusion d’une autre langue », Délîrïüm est un faisceau de textes écrits depuis ses débuts dans le slam. Cela donne, par exemple : « Je vis dans un quartier roman à l’eau de névrose / Des histoires de prose barricadées par la peine et l’argent / Entourée d’artistes du moment dont l’avenir n’annonce rien de palpitant. »

Dans le blogue de la slameuse, on peut lire la majorité de ses textes, ainsi que les nombreuses fautes qui les dévalorisent un peu.

 

Délîrïüm, avec la participation du compositeur et multi-instrumentiste Blaise Borboën-Léonard, théâtre Aux Écuries, à Montréal, les 25, 26, 30 et 31 mai ainsi que les 6 et 7 juin, 514 328-7437.