Éloge des petites salles de spectacle

Alors qu’on ne cesse de vanter la richesse de la scène musicale québécoise, il faudrait soutenir davantage les lieux de diffusion parallèles, véritables pépinières de l’écosystème culturel.

DEME au Verre Bouteille. (Photo: Jean-François Leblanc / Agence Stock Photo)
DEME au Verre Bouteille. (Photo: Jean-François Leblanc / Agence Stock Photo)

Avant de savoir courir, il faut apprendre à marcher. Et avant de jouer sur les grandes scènes du Québec ou d’ailleurs, il faut très souvent avoir appris son métier de musicien sur les planches des petites salles de spectacle, qui sont un maillon essentiel, mais souvent fragile, de l’écosystème culturel.

Les salles montréalaises d’envergure, comme le Métropolis, l’Olympia ou le Centre Bell, font régulièrement parler d’elles dans les grands médias. Québec a l’Impérial, le Grand Théâtre et le Centre Vidéotron. Sher­brooke a son Granada, Laval aura sa Place Bell, et on en passe. Mais avant d’être assez connus pour attirer un vaste public, la plupart des artistes doivent convaincre leurs admirateurs un par un au Cercle, au Zaricot, au Café Cambio, à la Casa del Popolo, au Quai des Brumes, au Verre Bouteille ou au Divan Orange, pour ne nommer que quelques-uns des dizaines de lieux de diffusion parallèles de la province.

Les petites salles de spectacle, «ce sont les endroits où les artistes peuvent se produire pour la première fois, et dans un contexte d’une certaine qualité», explique Nathalie Rouleau, propriétaire du Verre Bouteille. «C’est important que des salles comme la nôtre existent», affirme celle qui mène cette institution de l’avenue du Mont-Royal, à Montréal. L’adresse, qui appartenait dès 1942 à son grand-père, fête depuis septembre ses 20 ans sous cette appellation. Le bar de 100 places offre une centaine de concerts par année.

Pour Lionel Furonnet, du Divan Orange, son établissement de 160 places et toutes les salles de petit format font partie du terreau nécessaire à l’émergence de la relève musicale. «Ce sont des pépinières, les artistes de demain vont y naître.» L’endroit, situé sur le boulevard Saint-Laurent, a eu son lot de soucis dans les dernières années en raison des plaintes pour bruit excessif faites par un voisin quérulent. Mais le Divan Orange n’a pas baissé les bras, et a continué à présenter près d’un millier de spectacles par an.

Pour pouvoir accomplir son mandat de diffusion avec plus de force, et payer convenablement les professionnels de la musique qui travaillent avec lui, Furonnet aimerait bien obtenir un peu d’aide de la part de l’État et de la Ville de Montréal. Et être considéré non pas comme un simple bar, mais comme une salle de spectacle. «Au Divan, après 12 ans, c’est encore extrêmement difficile. Nos projets de développement, on n’est pas capables de les réaliser, on n’a pas les reins assez solides.»

Alors que les observateurs culturels vantent la richesse de la scène musicale québécoise, il ne faudrait pas oublier dans l’équation ceux qui acceptent de diriger leurs projecteurs sur les créateurs qui entament leur carrière.

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Le commentaire de Lionel Furonnet me laisse tout à fait perplexe. Le Divan Orange a reçu 50K$ de soutien financier de la Ville de Montréal et a obtenu son permis de salle de spectacles. Cet établissement a donc déjà reçu énormément d’aide de la Ville de Montréal, non seulement en argent mais aussi en assistance et en ressources. Pourquoi est-il incapable de le reconnaître? – Christine Gosselin, conseillère municipale au Plateau-Mont-Royal, responsable de la culture