Émile Gaudreault : Monsieur Comédie

Il écrit et réalise du cinéma populaire qui se savoure un seau de maïs sur les genoux. De père en flic, record historique de recettes — au Canada — pour un film en français, ne lui a pas enflé les chevilles, l’a simplement rassuré sur son instinct et ses intuitions. Émile Gaudreault a 47 ans, une pointe d’adolescence accrochée au visage. Il n’en revient pas d’avoir déjà pu tourner cinq films. Le sens de l’humour prend l’affiche le 6 juillet.

Photo : Jocelyn Michel

Comme pour De père en flic, vous avez demandé des projections-tests de votre nouveau film. À quoi ça sert, sinon à mettre à l’épreuve son orgueil ?

— Il est vrai que cette démarche terrifie certains réalisateurs. En cours de montage du film, établir un dialogue avec le public permet de faire des modifications. Les commentaires qu’il émet, il vaut mieux les entendre à cette étape qu’à la sortie en salles. Et puis, je me sens une responsabilité, car on m’accorde des budgets importants [huit millions de dollars pour Le sens de l’humour]. Je tiens à livrer ce que j’ai promis à Téléfilm et à la SODEC, par exemple.

Sur le papier, l’histoire du Sens de l’humour n’est pas gagnée d’avance : pour sauver leur peau, deux humoristes enseignent la comédie au tueur qui les a enlevés. C’est drôle, ça ?

— Des amis m’ont dit après la lecture du scénario : « Tu viens de faire un gros succès. Pourquoi tu veux te suicider ? » Un télédiffuseur s’est retiré, car il ne croyait pas qu’on allait réussir à faire rire. Même Michel Côté a hésité avant de s’engager. Il craignait que les gens n’aiment pas son per­sonnage — le tueur ! Pour le convaincre, je lui ai dit que Roger Gendron allait être la prestation de sa vie, l’obligeant à puiser dans toutes ses ressources. Il y a eu 30 versions du scénario ; on a tourné 55 heures de scènes pour une heure et 45 minutes de film. Le défi était de trouver le bon dosage entre le comique et la crédibilité de la situation. D’après ce que j’ai pu constater lors des prévisionnements devant public, ça marche !

Le sens de l’humour va être jugé à l’aune de De père en flic. C’est agaçant ?

— C’est le jeu. Mon film précédent, Surviving my mother, n’a pas atteint le public, De père… l’a touché de façon inespérée. J’ai fait 14 ans de thérapie pour apprendre à mieux vivre. Quand le succès est arrivé, j’étais conscient que le piège aurait été de m’approprier tout seul la bonne fortune du film. Les résultats m’ont soulagé d’un tournage pénible.

Les acteurs étaient capri­cieux ?

— Au contraire, ils me renvoyaient une image positive de mon travail, tandis que le directeur photo et le premier assistant — deux postes clés — annonçaient à tout le monde que j’étais pourri et que le film allait être un flop.

En avez-vous marre de voir la comédie considérée comme un genre mineur ?

— Le mépris n’est pas plaisant. On vous écorche dans les éditoriaux et les médias sociaux, parfois les autres cinéastes vous toisent. Je comprends que les réalisateurs qui se font refuser des projets dans lesquels ils ont mis beaucoup d’eux-mêmes ressentent de la frustration et disent : « Pourquoi on lui donne de l’argent à lui, qui fait une comédie, plutôt qu’à moi ? »

Vous étiez membre du Groupe sanguin. La scène vous manque-t-elle ?

— Pas du tout, car j’éprouvais un peu de douleur à faire moins bien que Marie-Lise Pilote et Dany Turcotte, de vraies bêtes de scène, eux. Après les spectacles, le public passait devant moi pour aller les féliciter.

Mais vous étiez le plus beau…

— J’étais niaiseux, je n’en ai même pas profité !

Le sens de l’humour, avec Michel Côté, Louis-José Houde, Benoît Brière, Anne Dorval. À l’affiche le 6 juillet.

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