Émilie Bibeau en cinq temps

La comédienne jouera dans Albertine, en cinq temps, texte phare de Michel Tremblay où se côtoient des incarnations du même personnage à des périodes différentes de sa vie.

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Photo : Jean-François Lemire

Au moment de cet entretien, elle s’apprêtait à jouer dans Albertine, en cinq temps, texte phare de Michel Tremblay où se côtoient des incarnations du même personnage à des périodes différentes de sa vie. « Son » Albertine, celle de 30 ans, elle dit s’en sentir à la fois très loin et très proche. Portrait d’Émilie Bibeau selon cinq angles de caméra.

Femme de théâtre

Le petit écran lui fait des ponts d’or, mais tout l’or du monde ne suffirait pas à l’éloigner longtemps des planches. Il faut dire qu’en une douzaine d’années — elle est sortie du conservatoire en 2002 — Émilie Bibeau a été choyée, endossant au théâtre plusieurs des rôles dont rêve toute jeune comédienne : la Caddy du Bruit et la fureur, l’Ophélie de Hamlet et la Polly de L’opéra de quat’sous, pour ne nommer que ceux-là.

Voilà qu’elle prête ses traits à la benjamine des Albertine, dans la mise en scène que signe Lorraine Pintal d’Albertine, en cinq temps. « Avant de la jouer, explique-t-elle, je n’avais pas réalisé qu’à 30 ans, Albertine est déjà profondément tourmentée. Cette pression sociale que connaissaient les femmes des années 1930-1940, ça l’enrage, elle étouffe. Et autant je ne sais pas ce que c’est, moi, l’obligation de se marier et de faire des bébés, autant je me reconnais en elle. C’est la force de Tremblay, ça, de nous ramener toujours à nos propres insatisfactions, nos propres violences. »

À propos du travail de comédienne, elle dira : « Le meilleur endroit pour apprendre son texte, c’est le théâtre lui-même, ou encore les loges, avant que ça grouille de monde. Ces lieux-là sont habités, inspirants. »

Femme de télé

On soupçonne souvent les comédiens, pas toujours à tort, d’enfiler les contrats télé pour payer les factures et de faire en parallèle ce qui les branche vraiment. Difficile d’accoler l’étiquette à Émilie Bibeau. Celle qui interprète la Lucie Lamontagne d’Unité 9, rôle qui l’a révélée pour de bon au grand public, se livre autant à l’écran que dans une tragédie shakespearienne. « Si le théâtre est un marathon, la télévision est un sprint. On apprend les textes rapidement, on les livre rapidement. Et j’aime ce côté sportif : on doit être très préparé, mais on y a aussi une belle liberté. Tout n’y est pas aussi chorégraphié qu’au théâtre. »

Elle aime par-dessus tout quand l’aventure se prolonge et lui donne la chance de développer le rôle dans la durée. Le téléroman Annie et ses hommes, par exemple, qui lui a permis de jouer pendant quatre ans Rosalie, une jeune femme ayant une déficience intellectuelle.

Aventurière du multimédia

L’an dernier, la comédienne explorait un nouveau registre en s’embarquant dans l’aventure Émilie, une « comédie transmédia romantique », dixit les producteurs, diffusée à partir de radio-canada.ca mais exploitant tous les supports possibles : téléphonie, messagerie, réseaux sociaux… Celle qui en a inspiré le personnage principal explique les visées du concept : « Ce n’était pas une façon de dire : “Voici comment, dorénavant, la fiction doit être racontée”, mais plutôt : “Voici tous les outils dont nous disposons aujourd’hui pour raconter une histoire ; éclatons-la et voyons ce que ça donne !” »

Une expérience parmi d’autres dans un CV qui couvre large, à côté de ses faits d’armes dans la Ligue nationale d’improvisation (2005-2009) et de ses nombreux mandats de doublage, surtout pour des films et émissions jeunesse. « On n’a pas idée comme c’est formateur pour une actrice de faire la voix d’un monstre ! »

Littéraire avant tout

Bien avant d’être une matière à se mettre en bouche, les textes ont été pour Émilie Bibeau une vive expérience intérieure. Une passion transmise par son père, professeur de littérature au cégep Limoilou. « Quand j’étais petite, il me lisait du Proust ! »

Pas étonnant que cette passionnée de poésie — en particulier celle d’Hélène Dorion et de Marie Uguay —, qui au collège voyait dans l’analyse textuelle une fête, soit aujourd’hui comme un poisson dans l’eau en tant que lectrice-comédienne à Plus on est de fous, plus on lit, émission littéraire de la Première Chaîne. « Dans une telle expérience, on est complètement libérés de notre image, il n’y a que nous et les mots. J’adore. »

Les copains d’abord

Où Émilie trouve-t-elle son équilibre, dans le tourbillon qu’on devine être son emploi du temps ? Un peu dans le jogging, qu’elle pratique assidûment, et beaucoup dans les amitiés. « Je pense pouvoir dire que j’entretiens mes amitiés, c’est pour moi un ancrage. J’aime recevoir, faire à manger. Ma mère est italienne, après tout… »

Et avis à ceux qui s’assoient à sa table : la comédienne ne se nourrit pas que de ce qu’il y a dans l’assiette. « J’exerce un métier où la matière première, c’est soi-même. Nécessairement, ce que je vis sur le plan personnel et ceux que je côtoie m’inspirent ! »

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Albertine en cinq temps, du 11 mars au 5 avril, au Théâtre du Nouveau Monde.

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