Entre espoir et nostalgie

Extrait du roman Entre espoir et nostalgie, par Tecia Werbowski, publié avec l’aimable autorisation des éditions Les Allusifs.

2008

Chaque nuit, en rêve, j’entrouvre la porte de mon petit studio, rue Vratislavova. J’entre ; une odeur plaisante d’origine inconnue me caresse le nez, le plafond du hall d’entrée est haut, la fenêtre est grande et donne sur les toits rouges (fraîchement lavés par la pluie), sur l’église et ses deux clochers dorés encadrés de saules pleureurs. Eux aussi, ils portent le poids de bien des années, et même de siècles.

Cette fois-ci, dans mon rêve, c’est le printemps, et toute la ville est en fleur. J’ouvre la fenêtre : le blanc, mais aussi toute une palette qui va du rose au rouge vin dominent le paysage. C’est une fabrique naturelle de fins parfums mélangés aux fumées des pots d’échappement.

Je dépose ma valise, j’ouvre la porte et j’effleure avec tendresse tous les objets d’occasion que j’ai achetés chez un petit brocanteur du quartier ; je veux m’assurer qu’ils sont tous encore là. Il y a une nature morte, le vase aux fleurs d’automne séchées toujours intactes, couvertes de couches de poussière accumulée pendant mon absence. Les verres à bière que j’ai achetés dans des pubs ici et là (à moins que je ne les aie dérobés ?) commencent à danser, ma mère se dégage du cadre de la photo et d’une embrassade me souhaite la bienvenue. Mon chat, Minou, fait une sortie de sa tanière et s’installe dans un vieux et confortable fauteuil inclinable.

Je peux m’installer comme si rien ne s’était passé, comme si le temps n’existait pas et que je n’étais jamais partie. Cet endroit est ma chambre d’hôtel préférée, ma retraite, ma cachette, mon abri européen. Je suis au cœur de l’Europe, mais incognito : je suis d’ici et je n’en suis pas tout à la fois, les gens me saluent mais ne me connaissent pas, et je ne les connais pas, ou…

 

1990

Je me suis informée et j’ai pris contact avec quelques-unes des personnes qui se trouvaient dans mon agenda en 1968, quand j’ai quitté Prague. Généralement, les Européens ne déménagent pas autant que les Américains ; peut-être vais-je alors les retrouver. Et Prague m’appartiendra à nouveau. Est-ce vrai, est-ce un rêve ? C’est un rêve devenu réalité. Mais ma vraie vie, comment sera-t-elle affectée, ainsi replongée dans ce rêve ? Il y a sur ma table de nuit un livre, Prague magique. Il débute comme un conte de fées :

« Depuis toujours, tous les soirs, à cinq heures, Franz Kafka rentre à la maison, rue Celetná, portant son chapeau melon et son costume noir. » Tous ces fantômes ! Il n’est pas impossible que je rencontre l’un d’eux.

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