Patrick Senécal: l’envie de lumière

« Je trouve la vie assez absurde, l’humain assez décevant dans bien des domaines. Je sors tout ce « méchant » dans mes romans, et ensuite, j’ai envie d’être heureux. »

Patrick Senécal

Il est prolifique et, fait extrêmement rare dans le monde de l’édition québécoise, il a franchi le cap du million de livres vendus. Le maître du roman noir, Patrick Senécal, revient cette saison avec Il y aura des morts, qui montre la fragilité de nos existences face à la fatalité.

Y a-t-il eu un événement qui vous a donné envie d’aborder ce thème de « fin du monde » ?

Ce n’est pas tant un thème de fin du monde qu’un thème qui parle du chaos, du fait qu’on ne maîtrise pas nos vies autant qu’on pourrait le croire. Et, non, il n’y a pas eu un événement particulier. Peut-être juste le fait que je vieillis et que, justement, je n’y peux rien…

De quoi avez-vous le plus peur en vieillissant ?

De mourir, carrément ! Perdre mes cheveux, ne plus pouvoir marcher, tout cela ne me dérange pas tant que ça. Le plus important, c’est de conserver ma tête le plus longtemps possible. Quand je ne pourrai plus lire, discuter ou regarder un film, alors, la mort sera préférable.

Vous avez la réputation d’être bouillant et enthousiaste, plus enclin à vivre dans la lumière que dans la noirceur, tel qu’on pourrait imaginer un auteur de votre genre. C’est vrai ?

Absolument. J’écris sur la noirceur, alors dans la vie, j’ai envie de lumière. Peut-être que si je n’écrivais pas sur la noirceur, je serais plus sombre au quotidien, car je suis de nature pessimiste. Je trouve la vie assez absurde, l’humain assez décevant dans bien des domaines. Je sors tout ce « méchant » dans mes romans, et ensuite, j’ai envie d’être heureux avec mes amis et ma famille.

Très peu d’auteurs d’ici jouissent de votre notoriété tout en pouvant vivre de leur plume. Êtes-vous angoissé à l’idée que tout cela s’arrête un jour ?

En aucun cas le succès n’indique la qualité d’une œuvre. Je ne dis pas que ce que j’écris est mauvais, je dis juste que je serais idiot de croire que je suis un meilleur écrivain que d’autres parce que mes romans se vendent beaucoup. Il y a plein d’auteurs québécois qui ont plus de talent que moi… Ce sont les lecteurs et lectrices qui décident. Le jour où ils n’aimeront plus mes livres, je n’y pourrai rien. Mais angoisser à ce sujet est aussi inutile que d’essayer d’écrire un roman à succès, on n’a aucun pouvoir là-dessus.

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4 commentaires
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Je trouve dommage que monsieur Sénécal trouve la vie « absurde ». Pourquoi alors la vivre cette vie-là ? Oui, nous êtres humains, sommes capables de comportements totalement absurdes. parfois pires que tout animal. Mais l’humanité, c’est aussi « ça ». Nous sommes faits de beau et de laid, de grand et de petit, de lumières et de noirceurs et combien plus !.
Nous sommes aussi dualité au coeur de laquelle, je dirais, réside cette grandeur qu’est celle de la dignité. Une dignité qui est loin d’être absurde. Merci monsieur Sénécal pour votre généreux partage de toutes ces beautés vous habitant.
Mes respects,
Gaston Bourdages,
Auteur.

Les petits bonheurs, comme vivre dans la lumière, peuvent nous rendre plus optimistes. Mais notre impuissance devant les évènements et les décisions importantes qui sont prises en notre nom peuvent peser très lourdement sur nos humeurs. Je lis et j’entends ce qui se dit autour de moi, et je ne crois pas que le yin et le yang soient aussi équilibrés que vous voulez le faire croire.

Nos angoisses existentielles tiennent essentiellement à notre nombrilisme. Je me regarde et je me désole. Je regarde l’univers et son infinie complexité à laquelle je ne comprends pas grand chose et qui pourtant m’enthousiasme.
Ces atomes avant d’être moi participaient de la chair des plantes et animaux dont je me nourris et après moi entreront dans d’autres cycles. J’imagine ma mort comme tous ces atomes qui constitue mon corps qui prendront le large pour participer encore au mouvement de l’univers sous d’autres formes et associations.