Entrevue: Matt Damon et son passage sur Mars

Dans le nouveau film de Ridley Scott, Le Martien, un astronaute se retrouve seul, laissé pour mort par son équipage après une tempête sur la planète Mars. Matt Damon, qui tient ce rôle, a accepté de répondre à quelques questions.

Photo: Fred Duval/FlimMagic
Photo: Fred Duval/FlimMagic

Dans le nouveau film de Ridley Scott, Le Martien, un astronaute se retrouve seul, laissé pour mort par son équipage après une tempête sur la planète Mars. Matt Damon, qui tient ce rôle, a accepté de répondre à quelques questions.

Si vous étiez à la place du personnage, quel genre de musique seriez-vous à l’aise d’entendre sans fin?

Je serais à l’aise avec celle de U2: j’adore ces gars-là. J’aime les groupes qui existent là depuis longtemps, comme les Stones, et que j’ai vus en concert, comme U2, Bruce Springsteen et Pearl Jam.

Vous n’en viendriez pas à les haïr à force de les écouter?

Je ne sais pas… Ces groupes sont là depuis tellement longtemps que leur répertoire est très vaste.

Comment a été votre expérience de travail avec Ridley Scott? Vous avez été lié au projet dès le départ, n’est-ce pas? Puis il vous a fait passer une audition?

Non, pas du tout! Drew Goddard, qui a écrit le scénario, devait aussi réaliser le film. Mais on lui a proposé un projet qui l’intéressait beaucoup: Sinister Six, adaptation d’une bande dessinée au cinéma. C’était un travail de rêve pour lui. Il a alors dit: « Bon, je ne peux pas faire Le Martien. Ou je peux le faire, mais dans environ un an. » Je lui ai dit que c’était correct. Puis on m’a appris que Ridley avait reçu et bien aimé le scénario. Je me suis empressé de le rencontrer. Cette rencontre n’a duré cinq minutes. On s’est assis et il m’a dit: «Le scénario est génial. Je veux dire mauditement génial! Pourquoi ne ferait-on pas cet hostie de film?» Je lui ai répondu: «Je ne sais pas moi! »

Il parle comme ça? Il jure beaucoup?

Il jure souvent, oui. C’est quelqu’un d’assez rude, mais jamais d’une manière méchante. Il travaille toujours avec les mêmes personnes et son équipe ferait tout pour lui.

Ridley Scott est reconnu en science-fiction pour avoir construit d’incroyables univers. J’imagine qu’il y a toujours un risque à vouloir créer une esthétique à partir de rien: le gars est sur Mars! D’une certaine façon, on peut dire que le défi du réalisateur est le même que celui de votre personnage: construire quelque chose à partir de rien.

On a discuté de ça très tôt. Il faut beaucoup de rigueur lorsqu’on crée un monde. Même si la science-fiction est une fiction, il y a des règles à respecter et à maintenir, sinon ce monde s’écroule. Les détails viennent une fois que l’on est à l’aise avec ces règles et ces limites. Mais ce scénario a été écrit par un scientifique et l’idée qu’il propose est la suivante: est-ce que le type parfait, avec l’entraînement adéquat, peut survivre dans un environnement inhospitalier sur une longue période? Cette question trouve son point de départ dans la science qui, elle, a déjà des règles. Il ne nous restait qu’à valider le tout avec la NASA et nous assurer que notre film soit aussi rigoureux que le livre: on ne pouvait pas prendre de raccourcis.

Y a-t-il eu des moments, pendant le tournage, où vous vous êtes dit: «Je n’ai aucune idée de ce que je suis en train de dire»? Avez-vous dû faire des recherches pour comprendre les rudiments de la science, de la botanique et de l’astrophysique?

Quand même, oui. Bien que le livre aille un peu plus loin dans le domaine de la botanique, le film fait un bon travail pour rendre cet univers et son jargon accessibles au public. Mon personnage a besoin d’air, de nourriture et d’eau. S’il n’y avait pas eu de pommes de terre, il n’y n’aurait pas eu de film; le personnage serait mort de faim. Imaginez qu’il n’ait apporté que de la nourriture lyophilisée: il serait mort. Mon personnage se révèle en fait être très chanceux.

Vous avez perdu beaucoup de poids pour le film, n’est-ce pas ?

C’est le type de tournage qu’on voulait faire, un peu comme Seul au monde (film où Tom Hanks incarne un personnage qui se trouve coincé sur une île déserte pendant quelques années). J’étais sensé perdre beaucoup de poids pour la troisième partie du film et ensuite le reprendre, mais on a eu des problèmes d’horaire pour le tournage de certaines scènes. On a finalement utilisé une doublure dans quelques plans.

Je me souviens avoir lu que, pendant le tournage du film Le courage à l’épreuve, vous aviez perdu beaucoup de poids, au point de déstabiliser votre métabolisme.

C’est vrai, je l’ai fait et pas d’une manière très brillante, disons.

Manger une pomme et une boîte de thon par jour seulement, comme l’a fait l’acteur Christian Bale pour le tournage du Machiniste?

On a fait ça pas mal de la même façon!

On peut considérer, d’une certaine manière, que Le Martien est à l’opposé d’Interstellar, dans la mesure où vos personnages sont en contre-champ l’un et l’autre — le contexte de ses personnages est similaire —, et que votre dernier film se concentre sur une science difficile, tandis que le précédent était davantage axé sur le côté cérébral, même spirituel de la science-fiction.

Les deux films sont très différents. Quand Chris [Nolan] est venu me voir pour m’offrir ce petit rôle dans Interstellar, j’ai tout de suite embarqué. Je trouvais ma séquence vraiment belle et bien écrite, mais aussi très profonde, pas très loin des questions existentielles.

Vous jouez rarement des vilains au cinéma.

En effet, mais dans le cas d’Interstellar, il est seulement question de la volonté du personnage à ne pas appuyer sur un bouton: est-il capable de résister à la tentation d’être secouru pour le bien de sa mission? Il n’aurait qu’à presser le bouton pour que quelqu’un vienne le secourir… J’ai trouvé ça très intéressant! On retrouve une prémisse similaire dans Le Martien, mais c’est complètement différent. Le ton et mon personnage sont différents même s’il y a une similitude entre les deux histoires. Leur monde bizarre et étrange est un autre point commun entre les deux films.

C’est aussi comme une compilation de vos grands rôles. On retrouve le grand mathématicien du film Le Destin de Will Hunting, la solitude existentielle de Gerry dans Gerry.

[Rires] Je n’avais pas vu ça comme ça! Mais maintenant que vous en parlez, c’est très drôle. On peut même ajouter Il faut sauver le soldat Ryan, dans lequel les autres personnages risquent leur vie pour me sauver.

Le film me rappelle l’idée de l’astrophysicien Neil DeGrasse Tyson selon laquelle nous nous intéressons tous à l’espace et à la science. Cependant, on se demande aussi si l’exploration spatiale n’entraîne pas des dépenses considérables. Ça semble être un gaspillage de ressources, non?

Je crois qu’il est difficile de défendre l’idée d’explorer seulement pour explorer, même si les arguments en faveur de cette idée sont bons. J’ai le sentiment que notre espèce doit trouver une façon d’envoyer des personnes en dehors de notre planète. On n’est pas très loin de l’extinction de notre espèce, vous savez. On s’approche dangereusement du point où même un seul être humain est capable de causer de grands dommages. Bientôt, ce ne seront plus des malades armés de fusils qui entreront dans un cinéma ou dans un bureau de poste, mais bien plutôt des gens qui vont larguer, je ne sais pas…

… une arme biogénétique?

Exactement! Détruire l’humanité d’un coup! Je sais qu’on dirait que ça sort d’un film de superhéros, mais je crois qu’on s’en va dans c’est dans cette direction.

Vous êtes seul très longtemps dans le film. Quels ont été les défis à jouer seul et à ne donner la réplique à presque personne?

Au début, j’étais inquiet. Ça semblait être un gros risque, mais, évidemment, l’implication de Ridley a un peu atténué ce risque.

Je n’ai pas lu le roman; le sens de l’humour du personnage y est-il présent ou est-ce une touche que vous avez rajoutée pour le rôle?

Tout est dans le roman. L’auteur a fait un excellent travail en y mettant une petite dose d’humour. Et Ridley et moi en avons discuté dès le départ: comment conserver l’humour tout en maintenant l’enjeu? Il fallait garder cette tension, la certitude que le personnage est en péril.

Matt Damon, vous vous échouez sur la planète Mars et vous ne pouvez choisir qu’un type de nourriture pour subsister: que choisissez-vous?

Ooh…

Oubliez les valeurs nutritionnelles et les régimes. Qu’est-ce qui vous ferait…

… me ferait plaisir? Quelque chose que je peux manger indéfiniment?

Oui.

Humm… Je crois que j’irais avec… J’irais probablement avec, hum, de la pizza. Il y a plein de chose dans la pizza! (© Maclean’s)