Espace Vidal au Quat’Sous

La comédienne et metteure en scène Catherine Vidal ne pèse peut-être pas encore lourd dans le milieu de la mise en scène, mais Éric Jean, directeur artistique du Théâtre de Quat’Sous, l’invite deux fois dans son théâtre cet automne.

La comédienne et metteure en scène Catherine Vidal ne pèse peut-être pas encore
Photo : Jocelyn Michel

Comédienne et metteure en scène née à Québec de parents ayant quitté le Chili après le coup d’État de 1973, Catherine Vidal – diplômée du Conservatoire d’art dramatique de Montréal – s’est fait connaître par le théâtre musical : L’homme de la Mancha, Frères de sang et Les parapluie­s de Cherbourg, trois succès siglé­s René Richard Cyr. « Heureusement, avec lui, on n’était pas dans l’athlétisme vocal ; disons que je n’ai pas l’organe pour ça. » Elle a une jolie voix, aussi, quand elle parle : « Je ne mange que du théâtre. »

Elle ne pèse peut-être pas encore lourd dans le milieu de la mise en scène, mais Éric Jean, directeur artistique du Théâtre de Quat’Sous, l’invite deux fois dans son théâtr­e cet automne. C’est qu’il a vu Le grand cahier, présenté dans la salle intime du Théâtre Prospero l’an dernier.

Le grand cahier, d’Agota Kristof. Un roma­n qui l’a bouleversée et qu’adolescent­e elle se voyait déjà adapter pour la scène. Elle attendra de posséder plus d’outils, d’affiner sa lecture, d’élargir sa culture. Quelques beaux essais plus tard (elle a monté du Javier Daulte, du Robert
Walser), elle en signe l’adaptation, la scénograp­hie et la mise en scène.

« J’aime bien les personnages dans la marge qui ont leur propre logique et un autre point de vue sur la société. » Elle est servie avec les jumeaux Klaus et Lukas, qui, pour ne pas souffrir, s’entraînent à se blinde­r contre les sentiments humains. À sa parution, en 1986, le roman avait dérangé les bonnes âmes ; les garçons y racontent, par exemple, avoir vu leur voisine faire l’amour avec leur chien. Mais ce que le livre, et par conséquent la pièce, examine, ce sont les ravages de la guerre sur les civils.

Un spectacle court, traversé d’éclairs d’humour noir, où le travail sur les sons est capital. « Je n’aime pas les spectacles contaminés par la télévision, où les acteurs adoptent un jeu de gros plan. » Admirables, Renaud Lacelle-Bourdon et Olivier Morin campent les frères et suscitent, juste avec la voix ou avec un objet, une palette de personnages secondaires ; ainsi, la détestabl­e grand-mère est figurée par une pomme de terre fatiguée plantée dans un barreau de chaise, et on y croit !

Beaucoup de pain sur les planches en ce début de saison : après la reprise du Grand cahier, elle revient au Quat’Sous en novembre­, avec son adaptation du roman du Chilien Roberto Bolaño, Amuleto, sur les massacres d’étudiants par l’armée, au Mexique, en 1968. Puis, en décembre, cette fois à l’Espace Libre, elle écrit, met en scène et joue l’une des cinq unités microthéâ­trales qui constituent le
spectacle Naissances.

Quand elle veut se dévisser la tête du théâtre, Catherine ouvre les portes d’à côté : musique, danse, expos. Toute aux arts : un besoin Vidal.

Le grand cahier, Théâtre de Quat’Sous, à Montréal, du 23 août au 4 sept. et du 14 au 18 sept., 514 845-7277.