Et si le disque des Trois accords était secrètement un opéra-rock?

On parle des rigolos Trois accords, bien sûr, mais je suis sérieux tout de même : je crois que J’aime ta grand-mère est un opéra-rock, un disque concept avec une histoire et des personnages.

La graine a été semée dans mon esprit il y a quelques semaines par Benoit Poirier, de Bande à part. En entrevue avec le groupe, il a testé sa théorie d’une trame narrative qui traverserait le disque.

J’aimais bien cette idée, et ça ne m’étonnait pas du tout venant des Trois accords. Puis, ce matin, j’ai vu leur nouveau vidéoclip et ce fut le grand déclic : Benoit Poirier n’est pas allé assez loin dans son analyse. Ce n’est pas seulement une trame narrative vague qui traverse l’album, mais plutôt une histoire bien précise.

Commençons par le vidéoclip.

Que découvre-t-on ici ? Principalement que  la grand-mère n’est pas dans un hospice, elle est dans un hôpital psychiatrique. Détail important.

Toutes les chansons du disque ne font pas partie de l’histoire, mais voici ce que je propose comme interprétation :

Personne préférée : la rencontre. Évidemment.

Les amoureux qui s’aiment :

Je te prendrai pour emporter
Nous passerons la sécurité
Quand minuit viendra
Sauter la barrière
(…)
Mais moi je ne te laisserai pas derrière
Nous irons jusqu’à la frontière
Je te ferai passer les lignes
Avec moi

Ça m’avait toujours intrigué. Oui, les 3A aiment les choses absurdes, mais pourquoi entrer une histoire d’amoureux séparés par une frontière à traverser dans une chanson sur des amoureux qui s’aiment ? Bien voilà : parce que l’amoureuse en question est une vieille dame prise dans un institut psychiatrique.

J’aime ta grand-mère : comme on le voit dans le clip, c’est le moment où il avoue, il le dit haut et fort. Simon Proulx, le chanteur, est alors accompagné par Alexandre Parr, le guitariste. Retenez ce nom, on va y revenir.

Bamboula, comme Exercice et Son visage était parfait, n’entre pas vraiment dans le concept. En bon adepte de la théorie du complot, je dirai que les 3A ont voulu brouiller les pistes. Néanmoins, on peut facilement imaginer que son besoin soudain de ne plus rien remettre à demain, dans Bamboula, indique qu’il a fait s’évader la grand-mère.

Sur le bord du lac raconte leur « escapade en amoureux », leur aventure hors des murs de l’institut.

C’était magique est la suite d’une chanson du précédent album, mais on peut facilement l’interpréter comme le « lendemain de veille » de ce moment grisant après l’évasion et l’escapade sur le bord du lac.

Je me touche dans le parc, c’est la clé de voûte pour décoder le reste. Au deux-tiers de la chanson, on nous balance cette phrase incongrue :

Je saurai alors que…
Je m’en retourne à l’institut avec Alexandre

Alexandre ? Retourner à l’institut ? Comme dans retourner à l’institut qu’on voit dans le vidéoclip, avec Alexandre Parr ?

On comprend du reste de la chanson que l’amoureuse est retournée à l’hôpital déjà et que l’amoureux n’a « plus qu’un moyen de revenir [la] chercher » : passer pour un fou.

Et son plan fonctionne si bien que, finalement, il est de Retour à l’institut, préférant la joie qu’elle lui procure à l’éclat du grand jour.

C’est complètement farfelu comme proposition ? Peut-être, mais ne venez pas me dire que ce l’est plus que d’appeler son disque J’aime ta grand-mère. Souvenons-nous aussi que sur Grand champion international de course, les chansons « St-Cyrille-de-Wendover » et « Youri » formaient un improbable diptyque liant le bobsleigh et l’exploration spatiale.

Alors, les Trois Accords, c’est pour quand la version scénique avec décors et effets spéciaux ?

Laisser un commentaire

Je trouve ce band excellent. En plus, selon votre article, ils sont en train de se forger une aura de mystère. Du bon marketing à coup sûr. Mais de là à évoquer un complot? C’est ici que je débarque.