Étienne Dupuis : du marché Jean-Talon à l’Opéra de Montréal

On l’a vu, lors d’une opération publicitaire de l’Opéra de Montréal, émerger d’un étal de fruits et légumes du marché Jean-Talon et lancer au milieu de la foule les fameux « Couplets du toréador », de Carmen, invitant les clients à reprendre en chœur le refrain « Toréador, en ga-a-a-arde ». Son interprétation de Johnny Rockfort, dans la version opératique de Starmania, lui a attiré les compliments du public : « C’est beau quand vous chantez comme une fille ! » — allusion à la voix de falsetto qu’exigent certains passages de la chanson « S.O.S. d’un terrien en détresse ». En récital, il sert des lieder, des airs d’opéra, des mélodies françaises. Sur les scènes lyriques, il endosse les Figaro du Barbier de Séville, Marcello de La bohème, Zurga des Pêcheurs de perles, etc.

Né à Repentigny, « adopté de Montréal », le baryton Étienne Dupuis a 32 ans et des contrats jusqu’en 2015. « Je suis “destiniste”, même si le mot n’existe pas. Je vais où les portes s’ouvrent. » Elles s’ouvrent beaucoup depuis cinq ans ; les grandes maisons d’opéra lui font les yeux doux. Dans un monde lyrique plutôt gourmé, il sonne frais, franc du gosier. Avec le timbre qu’il a, il pourrait trouer le plafond. Pourtant, à l’opposé des chanteurs qui exhibent leurs amygdales, il recherche moins la pyrotechnie que l’expression des senti­ments. Acteur chantant au physique avantageux, il sait bouger comme peu sur scène.

Photo : Jocelyn Michel

On sent les muscles sous le pull, les abdos travaillés. « Je m’occupe de mon instrument comme le violoncelliste du sien. » Après 10 ans d’études de piano classique, il trouve sa voix, qu’il sculptera à l’Atelier lyrique de l’Opéra de Montréal. « Je me considère plus comme un interprète que comme un chanteur d’opéra. » Il s’entend aussi bien avec Mozart et Rossini qu’avec Brel et Berger. Et quand il embrase la très connue « Unchained Melody », même les brutes fondent.

Dupuis rêve de grands rôles verdiens, souhaite être dirigé par Robert Lepage, jouer un chanteur dans un film. Ce mois-ci, il personnifie Valentin, dans Faust, de Gounod. « Je suggère aux gens qui viennent à l’opéra de s’y préparer un peu. Au minimum, de lire l’argument et d’écouter des extraits qu’il leur fera plaisir de reconnaître. »

Et pour faire plaisir à celui qui confesse que « ma religion, c’est l’être humain », un conseil : allez le saluer après la représentation. « Il n’y a pas de portiers baraqués qui vont vous bloquer l’accès aux coulisses. S’il y en a un, tassez-le de ma part ! »

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« Toréador » au marché Jean-Talon :



Faust, nouvelle production de l’Opéra de Montréal, salle Wilfrid-Pelletier (Place des Arts) les 19, 22, 24 et 26 mai, 514 985-2222. www.operademontreal.com

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