Être étranger chez soi

Voilà tout pour mettre en appétit les lecteurs d’essais littéraires : une nouvelle collection nommée « Liberté grande », en hommage à Julien Gracq, et dirigée de surcroît par le redoutable et redouté Robert Lévesque.

Chronique de Pierre Cayouette : Être étranger chez soi

L’historienne, sociologue et romancière Régine Robin signe l’un des trois premiers titres de cette nouvelle collection des Éditions du Boréal – Wajdi Mouawad et Jean-François Chassay y figureront aussi. L’auteure du célèbre roman La Québécoite, paru en 1983, propose une réflexion percutante autour de l’identité, thème qui agite depuis toujours les milieux intellectuels québécois.

Née en France de parents juifs polonais, Régine Robin a immigré à Montréal en 1977. Professeure de sociologie à l’Uni­versité du Québec à Montréal (UQAM), elle a incarné mieux que quiconque le phénomène de l’écriture migrante.

Dans cet essai de haute voltige, elle fait un aveu troublant au lecteur. « Après 35 ans, je ne me sens toujours pas chez moi ici. » Bien qu’elle souligne à quel point les intellectuels antinationalistes ont été largués, elle réaffirme haut et fort que, pour elle, le nationalisme réveille des démons et rime avec danger. Il lui fut infiniment plus facile de se sentir cana­dienne que québécoise, précise-t-elle, tout en ajoutant qu’elle juge « exécrable » le présent gouvernement conservateur.

Elle se livre à une analyse particulièrement cinglante du nationalisme québécois, en rappelant des épisodes troublants de l’histoire récente – comme la déclaration de Jac­ques Parizeau sur l’argent et le vote ethnique après la défaite référendaire de 1995 ou encore les attaques au vitriol de Victor-Lévy Beaulieu contre Michaëlle Jean – et en écorchant le « nous » que proposent Éric Bédard, Mathieu Bock-Côté, Jean-François Lisée et autres penseurs nationalistes.

Ne pas marcher au pas du régiment nationaliste, pour une écrivaine et universitaire, demande bien du courage, rappelle-t-elle. Ceux qui s’aventurent en dehors de ce paradigme en paient le prix. Voilà pourquoi, croit-elle, son essai risque de se heurter à un « rejet global ».

Qu’à cela ne tienne, Régine Robin continue de rêver d’un « nous » véritablement habitable pour les Québécois qui ne sont pas « de souche ». Si elle ne se sent toujours pas chez elle au Québec, elle a tout de même trouvé, dans ces rues de Montréal peuplées d’immigrants de tous les horizons, un lieu d’espoir qui lui permettra un jour de dire : « Je suis devenue d’ici. »

Nous autres, les autres, par Régine Robin, Éditions du Boréal, coll. « Liberté grande », 352 p., 27,95 $.

 

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Apprendre à mourir

Grand humaniste, le Dr Serge Daneault alimente avec intelligence et sensibilité la réflexion sur la mort. Coauteur avec le Dr Marcel Boisvert de l’essai Être ou ne plus être, ce médecin spécialiste en soins palliatifs, chercheur et professeur à la Faculté de médecine de l’Université de Montréal, travaille depuis une vingtaine d’années auprès de personnes en phase terminale et de leurs proches. Dans ce nouvel ouvrage, il raconte quelques histoires de fin de vie, certaines heureuses, d’autres moins, toutes puisées à même son expérience de témoin privilégié. (Et si mourir s’apprivoisait… : Réflexions sur la fin de vie, par Serge Daneault, Éditions La Presse, 160 p., 24,95 $)

 


Contre la hausse des droits de scolarité

Les étudiants du Québec verront leurs droits de scolarité augmenter de 75 % sur cinq ans. Maxime Ouellet, professeur au collège Lionel-Groulx, et Éric Martin, chercheur à l’Institut de recherche et d’informations socio-économiques (IRIS), cosignent un pamphlet visant à montrer les véritables effets de cette décision du gouvernement du Québec. Ils s’appliquent à déconstruire les arguments de l’élite politique en faveur de la majoration des droits de scolarité, pour qui une hausse de la contribution des étudiants sauvera les universités de la faillite. « Nous assistons à un détournement pur et simple de l’université vers des fins mercantiles », soutiennent-ils. (Université inc. : Des mythes sur la hausse des frais de scolarité et l’économie du savoir, par Éric Martin et Maxime Ouellet, Lux Éditeur, 152 p., 14,95 $)


Plus qu’une ex-médaillée

Oui, Sylvie Fréchette est une ex-championne olympique de nage synchronisée. Mais elle est plus que ça ! Dans ce qui se veut à la fois une biographie et un ouvrage de développement personnel, elle raconte sa vie, tout en formulant quelques conseils à ceux qui, peu importe l’environnement dans lequel ils baignent, cherchent à aller au bout de leurs rêves, à atteindre leur « podium » à eux, à se dépasser. Le livre se termine par une rencontre émouvante entre l’ex-championne et cette tristement célèbre juge brésilienne qui l’avait privée de sa médaille d’or aux Jeux olympiques de Barcelone, en 1992, en appuyant sur le mauvais bouton… (À chacun son podium, par Sylvie Fréchette, Éditions de l’Homme, 198 p., 26,95 $)

 

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